한국일보
Pour beaucoup cette affaire est inconnue ou oubliée, mais elle suscita une vive émotion et est considérée en Corée comme une des plus grandes tragédies du pays et de son histoire contemporaine, avec le naufrage du Sewol en 2014 et la bousculade d’Itaewon en 2022. L’incendie du métro de Daegu, en 2003, causa la mort de 192 victimes, et résulta de nombreuses erreurs humaines.

Le protagoniste principal se nomme KIM DAE HAN. Né le 8 février 1947 au nord de Busan, il s’installa rapidement à Daegu, troisième plus grande ville du pays, où il travailla en tant que chauffeur de camion, de taxi, puis comme travailleur ambulant. Il se maria et eut deux enfants, mais en 1999 on lui diagnostique un trouble dépressif sévère, le conduisant à deux ans de traitement lourd. En avril 2001, à la suite d’un AVC, il devint hémiplégique sur la partie droite de son corps et perdit son travail. Les premières pensées suicidaires commencent à émerger.
Deux ans plus tard, le 18 février 2003, KIM DAE HAN est résolu : c’est aujourd’hui qu’il se suicidera, mais pas seul. Triste de sa condition, il se dit alors qu’il est préférable d’emporter d’autres personnes dans la mort, et pourquoi pas, par le feu ? C’est munit d’une bouteille de lait vide de 4L qu’il se rend dans une station essence et en achète, avant de prendre la ligne de métro n° 1 à 9h52, montant dans la première rame du train 1079. Assis sur les sièges réservés aux personnes âgées et aux handicapés, tenant sa bouteille de lait et jouant avec un briquet dans son autre main, il attise rapidement la curiosité, mais aussi la crainte des autres passagers. Une dispute finit par éclater, puis le drame. KIM DAE HAN lâche sa bouteille et le briquet, l’essence s’enflammant instantanément à 9h53.

Alors que le métro entre en gare, les passagers se précipitent à l’extérieur, craignant pour leur vie, mais les premières erreurs arrivent. La procédure en cas d’incendie est d’avertir la tour d’aiguillage de la présence et de l’ampleur d’un incendie, puis de s’occuper du feu. Lorsque l’alarme incendie résonne, le chauffeur ne réagit pas sur le coup, car le mois dernier, 96 cas d’alarmes incendie dysfonctionnelles ont été recensés. Mais face à l’agitation, il comprend le danger et essaie d’éteindre le feu. Lorsqu’il constate son échec, il prévient la tour d’aiguillage et s’enfuit.
A 9h56, un autre train, n° 1080, entre en gare. En voyant la fumée dans le tunnel, le conducteur de ce train contact la tour d’aiguillage qui, n’étant pas consciente de la gravité du feu, lui autorise à s’arrêter en gare avant de repartir pour sa prochaine station. Quelques secondes après avoir ouvert les portes de son métro, et réalisant l’importance de l’incendie, il referme les portes et c’est à 9h57 que les pompiers sont appelés, quatre minutes après le début de ce qui rapidement causera des centaines de morts.

Dans le premier train, le n° 1079, se trouve alors 250 passagers, et 200 dans le deuxième, le n° 1080. Bien que la plupart des passagers ont réussi à s’enfuir durant la brève ouverture des portes, le conducteur du 1080 décide de verrouiller les portes de son train, et de quitter la gare avec la master key, celle permettant de déverrouiller les portes. Les 79 passagers restant dans le métro sont alors condamnés. Incapable d’ouvrir les portes, la mort vient à leur rencontre. C’est afin d’éviter une propagation du feu par le réseau électrique que le chauffeur a décidé de verrouiller les portes, car un feu existe si un triangle de facteurs se réunit, lui permettant d’exister : un comburant (l’oxygène), un combustible (l’essence dans ce cas, ou le réseau électrique), et la chaleur. Sans un de ces éléments, le feu meurt.
70 personnes décéderont dans le n° 1079, et 79 donc dans le n° 1080, principalement à la suite d’inhalation de fumée toxique. En effet, la fumée était plus dangereuse même que le feu, à cause des combustibles. Les trains étaient fabriqués à l’aide de matériaux bas de gamme, hautement inflammables, et très toxiques, comme le revêtement des sièges, les panneaux, ou même le métal. Devenue une véritable chaudière, le feu atteint les 1000 °C dans les deux trains, au cœur de l’incendie. Ce qui frappa le plus les proches des victimes à ce moment était les nombreux messages d’adieux qu’ils reçurent, certains allant jusqu’à rompre afin de déculpabiliser leur conjoint pour qu’ils puissent avancer après leur mort.

L’incendie dura vingt minutes, et en plus des 149 victimes directes dans les deux trains, il y eut au total 192 victimes, 151 blessés, et plus de 60 disparus dans l’agitation. Les 19 hôpitaux du quartier ont tous été rapidement débordés, 84 camions de pompiers ont été appelés, et 1300 personnes sont venues en aide pour évacuer la station et éteindre le feu. En effet, dans la gare, 43 personnes sont également décédées à la suite d’inhalation des fumées. Il aura fallu attendre pas loin de trois heures toutefois pour reprendre le contrôle de la situation, le matériel des pompiers n’étant pas adapté non plus.
La plupart des victimes ce jour-là étaient des étudiants, et on recensa 71 hommes décédés, 115 femmes, et six personnes dont le sexe n’a pas pu être identifié, car leur corps était trop dégradé suite à l’incendie. Il ne restait déjà plus que des os. Pour les survivants, nombreux sont ceux qui ont développé du stress post-traumatique, telle une femme qui confia aux journalistes dans un reportage « dix ans après », qu’elle n’avait pu prendre le métro que deux fois en dix ans. Quant à KIM DAE HAN, à l’instant où sa bouteille a pris feu et qu’il s’est lui-même enflammé, il s’est enfui et s’est précipité dans un hôpital où il a rapidement été interpellé.

Après l’incident, la ville de Daegu observa une minute de silence, à 9h53 pour rendre hommage au moment où l’incendie s’est déclenché, et une fois le métro rénové, mis en place des vestiges comme une cabine téléphonique brûlée, une frise chronologique, un mémoriel et un mur pour que les proches des victimes puissent leur laisser des messages. MaisKIM DAE HAN n’a pas été le seul à être inquiété par la justice, les deux conducteurs 1079 et 1080, ainsi que sept employés de la tour d’aiguillage ont été interpellés pour fautes graves ayant entraîné la mort.
Le premier conducteur n’a pas appelé à la seconde où il a constaté le feu, contrairement à la procédure en cas d’incendie. Ensuite, il n’a pas averti de l’importance du feu, entraînant l’entrée en gare du deuxième train. Le deuxième conducteur a été condamné pour être parti du métro en le verrouillant et en gardant la master key sur lui lorsqu’il s’est enfui. Pendant ses onze heures de cavales, il appela ses responsables pour qu’ils essaient de le couvrir, et des documents de l’équivalent de la RATP coréenne ont été falsifiés avant d’être remis à la police, conduisant au licenciement du directeur de la RATP. Ce dernier fut considéré également responsable de l’absence de mesures de sécurité plus efficaces et de la mauvaise réaction de ses employés.

Le deuxième conducteur essaya de se défendre pendant le procès, déclarant que lorsqu’il avait appelé la tour d’aiguillage pour demander quoi faire vis-à-vis de l’incendie, sept employés différents — ceux inculpés — lui ont dit de couper le courant dans le métro afin de préserver l’intégrité du train, ce qui conduisit à la mort de 79 personnes, le conducteur ayant compris qu’il fallait qu’il parte avec la master key pour éviter que quelqu’un ne remette le courant et déclenche un feu électrique. L’état du métro a donc été privilégié par rapport à la vie des passagers.
Concernant les condamnations, KIM DAE HAN a tout d’abord reçu une peine de mort en août 2003, qui fut reconsidéré en emprisonnement à vie en janvier 2004 à la suite d’une évaluation psychologique où on lui détecta un léger retard mental. Il fut donc reconnu irresponsable partiellement de ses actes, car n’ayant pas conscience que le feu tuerait autant de personnes. Toutefois, il ne purgera qu’à peine sa condamnation, car il décéda mystérieusement des suites d’un « essouflement » dans un hôpital le 31 août 2004, après avoir exprimé ses remords. Les employés ont été condamnés entre deux et quatre ans de prison, dont certains avec sursis, et les deux conducteurs à quatre et cinq ans de prison ferme.

La Corée apprenant de ses erreurs, de nombreuses mesures ont été mises en place par la ville de Daegu. Par exemple, des extincteurs ont été mis dans chaque rame de métro, ainsi que des masques à gaz dans les stations. Des consignes lumineuses et des marquages au sol ont été réalisés, et des systèmes d’arrosage automatique sur les quais inaugurés. Enfin, des consignes claires et précises concernant l’ouverture manuelle des portes ont été placées dans chaque rame, et des spots télévisés ont été diffusés afin d’informer la population sur les mesures à prendre en cas d’incendie. Ces mesures ont tout d’abord été appliquées à Daegu, avant de s’étendre sur le plan national.
Le président de l’époque, Roh Moo Hyun, a mis en place une unité spéciale capable de gérer les gestions de crises liées à ce genre d’incident, et un centre culturel a ouvert dans la ville, une sorte de parc à thème sur la prévention des risques, comme lors d’incendie, le cas du métro de Daegu étant l’exemple utilisé, ou pour apprendre aux enfants quoi faire pendant tremblement de terre. Aujourd’hui, l’incendie de Daegu reste un des évènements ayant le plus marqués le 21° siècle coréen, et il n’est dû qu’à une seule erreur qui en entraîna une multitude d’autre : la vente d’essence.

En effet, en Corée il est interdit de vendre de l’essence dans une bouteille domestique, comme celle du lait, ou d’eau, de jus de fruits par exemple. Si ce jour-là quelqu’un avait interdit à KIM DAE HAN d’acheter de l’essence, 192 personnes seraient peut-être encore en vie.
Journaliste : Pillet Anaïs
Source : KSTATION TV, Voir sous photos