Theodore de Bry
Aux sources du cannibalisme médical, le seul serial killer connu de Corée du Nord.
/!\ Aucune photo connue du public n’existe dans cette affaire criminelle.

Le cannibalisme est considéré dans notre ère moderne comme une dérive du comportement humain, s’adonnant à des pratiques des plus choquantes pour son propre intérêt personnel. Nombre de tueurs connus sont rentrés dans le folklore populaire, des films, séries, documentaires ne cessant de sortir à leur sujet comme par exemple « DAHMER » sur Netflix en 2022 qui traite de l’histoire de JEFFREY DAHMER considéré comme un des meurtriers les plus notoires des États-Unis. La Corée ayant mis plusieurs décennies à passer d’un pays pauvre à une des plus grandes puissances mondiales, il semble normal qu’aucun meurtrier n’ait réussi à entrer dans le panthéon des pires criminels de l’humanité. Pourtant, dans le Nord, au-delà de la frontière, une histoire sans précédent a eu un impact retentissant dans toute la Corée. Découvrez aujourd’hui PARK MYUNGSIK, le collecteur de foie de Corée du Nord.
PARK MYUNGSIK. Ce nom vous est sans doute inconnu, mais il représente celui du seul tueur en série de Corée du Nord connu à ce jour. Considérant le fort contrôle des médias dans ce pays singulier, peu d’informations sont disponibles à ce sujet, faisant écho à l’article KSIS du mois dernier. Encore une fois, on découvre à quel point un individu est prêt à tout pour se sauver de situations lui paraissant désespérées, ici, la maladie. Notre protagoniste, PARK MYUNGSIK est né en 1951, lorsque la Guerre de Corée retentissait sur la péninsule (1950-1953). Vivant dans la ville portuaire de Sinpo dans le Nord, sur les berges de la mer du Japon, il assista à l’effondrement de l’URSS en 1990, juste un an avant sa dissolution.
Le soutien économique principal de la Corée du Nord se retire et le pays qui était déjà dans une situation de famine extrême se retrouve des plus désemparé. Âgé de 39 ans au moment des faits, PARK est travailleur dans une usine, et tente par tous les moyens d’obtenir un remède à la maladie l’affaiblissant depuis plusieurs années, la cirrhose. Cette maladie se caractérise par des lésions hépatiques diffuses et irréversibles sur le foie, résultant souvent d’une consommation d’alcool trop élevée. Bien que les causes de la maladie chez PARK soient inconnues, elle lui causerait une insuffisance hépatocellulaire, de l’hypertension et une forte fatigue.

Il décide donc de se rendre chez un médecin réputé dans la ville d’Hamhung, deuxième plus grande du Nord. Conscient de sa courte espérance de vie, entre 15 et 20 ans si le malade ne se stabilise pas, il suit religieusement le traitement de son médecin, jusqu’à ce que ce dernier lui annonce qu’il n’avait aucun effet sur lui. Sombrant dans la dépression, c’est avec espoir qu’il entend un jour un de ses proches collègues de travail parler d’un shaman et de ses capacités extraordinaires. Il saisit alors cette opportunité pour lui demander plus de détails, jusqu’à obtenir un rendez-vous avec la diseuse de bonnes aventures.
En Corée du Nord, toutes formes de pratiques religieuses sont expressément interdites, il est donc important que le rendez-vous se déroule de manière secrète, dans un lieu tenu à l’abri des regards indiscrets. PARK se serait alors jeté à genoux devant le shaman, la suppliant de trouver un moyen de sauver sa vie. Se sachant condamné sans son aide, il serait prêt à tout pour guérir, tout. Après lui avoir demandé quelques jours de réflexion, c’est lors de leur deuxième rencontre qu’elle lui donna pour instruction de trouver un foie frais, d’un jeune humain…
« Je ne sais pas quand je vais mourir, mais s’il vous plaît, dites-moi comment vivre ! » – PARK MYUNGSIK
Après cette rencontre l’ayant chamboulée, il ne réfléchit que quelques jours avant de se mettre en action. Il commença à planifier méticuleusement son premier meurtre, visant des collégiens et des lycéens. Pour contrer la famine dans le Nord, les élèves étaient régulièrement envoyés dans des fermes pour aider aux travaux manuels, et dormaient sur place dans des dortoirs qui bien souvent n’étaient pas surveillés. Attendant l’occasion rêvée, PARK se mit en quête de sa première victime en avril 1990, son choix s’arrêtant sur une jeune fille de 15 ans. Entrant dans un des dortoirs une nuit, il se hissa sur le lit de l’adolescente, plaça sa main sur sa bouche pour étouffer ses cris, et lui assena un coup de couteau qui toucha ses organes vitaux. Perdant connaissance, elle ne put se débattre et fut tirée du dortoir par PARK qui se rendit dans la cour de la ferme.
Surpris par un chien qui se mit à aboyer, le tout jeune assassin pris fuite, lorsqu’il vit des lumières au loin venant dans sa direction. Déçu de ne pas avoir eu le temps de prélever le foie de l’élève, il décida de réitérer quelques jours plus tard, également dans une ferme, et parvint à récupérer l’organe tant convoité qu’il consomma directement se pensant sur la voie de la guérison. Le lendemain de ce deuxième meurtre, un fermier découvrant le corps s’évanouit, reflétant la violence de la dissection sur l’abdomen de la jeune fille. PARK songea alors au fait que la sécurité des dortoirs allait être renforcée, choisi de changer de lieu pour commettre son prochain meurtre.

L’homme entra un soir par effraction dans la maison d’une femme de 20 ans, et après l’avoir elle aussi poignardé, préleva son foie encore bien chaud qu’il mangea. Ainsi, entre avril et septembre, soit en l’espace de seulement six mois, il tua dix personnes qui à l’exception de cette victime, avaient toutes entre 13 et 17 ans. À cette époque, en Corée du Nord, n’existait pas de fichier national d’empreintes digitales, ni de technologies pour comparer les ADN. Trouver le tueur s’avérait donc une mission des plus compliquées, d’autant plus que les différentes régions du pays ne communiquaient pas entres-elles pour connaître les avancements de l’affaire. C’est à l’issue du dixième meurtre que les radios locales commencèrent à parler de ce mystérieux tueur en série d’une violence inouïe. Pourtant, à cause de la famine dans le pays, il n’était pas rare d’entendre parler d’affaires de meurtres.
Alertés des dangers, les villageois commencèrent à faire preuve de vigilance, interdisant à leur enfant de sortir la nuit sans surveillance. Malgré ça, PARK parvint à tuer deux autres personnes, et c’est lorsqu’il attaque une treizième jeune fille que les villageois, entendant ses cris, accoururent pour l’aider et arrêter le malfrat. Grâce à l’entraide entre villageois, PARK fut livré à la police en octobre 1990, où il avoua immédiatement ses crimes. Espérant minimiser sa peine, il dénonça même le shaman et conduisit la police à sa rencontre, la femme se faisant elle aussi arrêter pour pratique religieuse illégale. Lors du procès, un an plus tard en octobre 1991, PARK fut reconnu coupable de douze meurtres, et d’une tentative de meurtre.

Condamné à mort, il fut envoyé au peloton d’exécution, mourant devant le regard du public. Quant au shaman, elle fut condamnée à 15 ans de prison dans un camp de travail, et fut libérée en 2006 où elle fut déportée dans une autre région de Corée du Nord, non sans avoir reçu coups et blessures au cours de son incarcération. C’est à ce moment que cette affaire commence à refaire surface, malgré le fait que des radios sud-coréennes à la frontière aient capté les annonces sur les radios locales parlant du procès en 1991. De plus, le média nord-coréen Daily NK a publié un article en 2006 pour se remémorer les faits ayant choqué le pays auparavant.
Selon un groupe antigouvernemental dans le Nord répondant au nom de New Joseon, parmi 564 condamnées à mort entre 2011 et 2013, 53 d’entre eux, soit 9,4 %, l’auraient été pour acte de cannibalisme. Toutefois, le gouvernement nie les fondements du document déclarant ces chiffres. Il n’est pas rare en Corée, du Nord comme du Sud, d’assister à des cas de consommation de foie, car dans le chamanisme, le foie est considéré comme un organe permettant de guérir grand nombre de maladies. Une affaire criminelle sud-coréenne appelée « frog boys » relatant la disparition d’enfants entre 9 et 13 ans en 1991 a même exploré cette piste de trafic d’organes ou de rituels chamaniques. Cette affaire fera d’ailleurs l’objet du prochain KSIS donc restez à l’affût !

⊗ Zoom sur le cannibalisme médical ⊗
Le cannibalisme à vertu médicale n’est pas une pratique rare. En effet, en Europe, il était très populaire pour soigner certaines maladies, en consommant tout particulièrement la graisse, les muscles et le sang d’individus jeunes et beaux. Le roi Charles II recevait soi-disant des gouttes extraites de crâne humain en guise de traitement dans les années 1680. Dans un article de la BBC datant de 2021, RICHARD SUGG écrit :
« L’idée que le sang pourrait guérir l’épilepsie a été soutenue par les plus hautes autorités médicales d’Europe. »
À la même époque, l’auteur THOMAS FULLER qualifia les corps humains momifiés de « bon remède, mais mauvaise nourriture ». Dans le même article, il est rapporté que jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle, les médecins anglais recommandaient de boire du sang chaud pour guérir de l’épilepsie, que ce soit du sang humain ou d’oiseaux. Dans l’imaginaire collectif des médecins de l’époque, afin d’obtenir les conditions optimales de consommation d’un cadavre, celui-ci devait être mort soit de noyade, d’étouffement ou par étranglement, afin que le sang ne sorte pas du corps et ne soit pas contaminé à l’air libre. De plus, consommer le corps d’une vierge aurait des effets plus significatifs, ce qui expliquerait pourquoi les shamans recommanderaient de prélever des organes d’enfants.
Il n’est pas rare que le corps soit utilisé encore aujourd’hui pour la consommation personnelle ou le business, avec la multiplication de nombreux cas de trafics humains, que ce soit sexuel ou pour les organes. La marchandisation des corps ne cesse de croître sur le marché noir, des pays devenant notoires dans ce domaine, particulièrement en Asie comme la Thaïlande, l’Inde, le Népal ou encore la Chine. On observe également certaines tribus pratiquant des rites funéraires anthropophages où il est reconnu que la consommation de parties de cadavres soit plus ou moins dangereuse. Ainsi, le cerveau et les viscères seraient plus nocifs que les muscles. Pour d’autres tueurs cannibales célèbres, l’acte de manger un humain aurait un aspect sexuel, comme l’a démontré le choquant cas LUKA MAGNOTTA qui après un rapport sexuel, tua, découpa et consomma sa victime, le tout en streaming live en 2012.

Cette affaire criminelle représentée par PARK MYUNGSIK démontre encore une fois jusqu’où les dérives de l’être humain, et son jusqu’au-boutisme dans des situations qui peuvent sembler pour certains désespérées, peuvent aller.
Journaliste : Pillet Anaïs
Photos : Sous photos
Sources : KSTATION TV