Cinq garçons disparaissent en quelques heures, et des années plus tard leur corps sont retrouvés. Le cold case le plus connu de Corée !

L’homme s’avança dans le sous-bois, dégageant quelques feuilles au sol afin de chercher des glands à récolter. Alerté par le cri de son ami, il partit à sa rencontre et découvrit des bouts de tissus çà et là dispersés au sol, enfoui sous la terre. Ce n’est pas commun de retrouver autant de guenilles, s’apparentant à de vieux vêtements usés, dans ce coin de la forêt. Celle-ci n’était qu’à une centaine de mètres d’un camp militaire.
Écartant un peu plus de feuilles sur son passage, l’homme se heurte à un long bâton de bois, et c’est après l’avoir saisi de ses doigts que la stupeur frappe les deux marcheurs. Un os, humain. Le 26 septembre 2002, onze ans après leur disparition mystérieuse, les ossements de cinq garçons surnommés les « Frog Boys » sont retrouvés.

JO HOYEON, WOO CHULWON, KIM JONGSIK, KIM YOUNGGYU, et PARK CHANIN étaient de jeunes enfants âgés entre 10 et 14 ans, tous voisins dans un petit village non loin de la ville de Daegu. Meilleurs amis depuis leur plus tendre enfance, les habitants avaient pour habitude de les surnommer les « cinq mousquetaires », ne passant pas une journée sans se voir ni jouer ensemble. Toujours fourrés tous les cinq, c’est naturellement que leurs parents les laissent sortir s’amuser le matin du 26 mars 1991, vers neuf heures du matin.
C’est une journée spéciale pour tout le pays, car c’est la première fois en trente ans que se tiennent des élections présidentielles démocratiques, mettant un terme à la longue période de dictature militaire ayant suivi la libération de la Corée de la présence japonaise.

À 13h, un des pères reçoit un coup de fil de l’école de taekwondo de son fils pour l’informer qu’il ne s’est pas présenté en cours aujourd’hui, ainsi que les quatre autres enfants. Quatre heures se sont écoulées depuis qu’il a vu son fils ce matin, mais l’angoisse monte en lui, et il ne perd pas une minute pour contacter les autres parents et leur demander s’ils savent où sont les enfants.
Eux qui sont décrits comme gentils, serviables, honnêtes et sociables, semblent avoir disparu des radars et ne pas avoir donné signe de vie depuis le début de la matinée. Un voisin affirmera alors aux parents paniqués avoir entendu les garçons il y a plusieurs heures partir chercher des œufs de lézard dans la montagne, une première piste se dessine.

À l’orée du bois, une ferme avec des chiens connus pour être agressifs aurait pu effrayer les enfants, ou pire, les attaquer, mais les bêtes demeuraient sagement chez leurs maîtres. Les parents, ainsi que leurs voisins, passèrent la journée à fouiller la forêt, ainsi que les rizières avoisinantes, car les enfants étaient connus pour s’y rendre.
Après avoir signalé la disparition des garçons aux autorités, l’hypothèse d’une fugue fut celle principalement avancée par la police, prétextant qu’après tout, les parents n’avaient qu’à mieux surveiller leur enfant. Ne s’intéressant donc pas à cette affaire, la police fut qualifiée des plus inutiles pour cette première journée d’enquête, et de celles qui suivront.

Le 29 mars, trois jours après leur disparition, une rançon est demandée, mais personne n’est venu au lieu de rendez-vous fixé pour donner l’argent. Plusieurs canulars téléphoniques ont poussé les parents à investir dans des téléphones permettant d’enregistrer les appels afin d’étudier toutes les pistes possibles. Deux jours plus tard, apparaît aux informations télévisées l’en-tête « Disparition des Frog Boys à Daegu », première fois que ce surnom est attribué aux garçons qui ont été décrits comme ayant fugué pour chercher des grenouilles.
Les pères s’insurgent, et décident d’apparaître à la télévision dans l’émission « The square of public opinion » afin de protester et rétablir la vérité : les garçons ne se sont pas enfuis, mais quelque chose de grave est arrivé.

Alors que l’émission était diffusée en direct, des personnes s’amusèrent à téléphoner aux parents, les réactions des mères étant filmées pour le côté sensationnaliste de l’affaire. La détresse des parents est diffusée dans le pays entier, mais les choses ne commencent qu’à bouger véritablement le 24 octobre, lorsque des milliers de personnes se sont mobilisés pour rechercher les enfants dans la forêt, n’hésitant pas à retourner la terre et à sonder les bois via hélicoptères.
Pas la moindre preuve n’a été trouvée, mais un enfant pris la parole, disant avoir entendu un coup de feu puis un cri le jour des élections. C’est alors qu’une nouvelle piste émerge, celle d’un accident en lien avec le camp militaire à proximité de la montagne.

Consternés, les pères décident d’un commun accord de quitter leur emploi afin de se consacrer jour comme nuit à la recherche de leur enfant. Ils louèrent un camion, et traversèrent plusieurs villes munies de flyers pour sensibiliser sur cette étrange disparition, car après tout, comment cinq enfants ont pu se volatiliser sans laisser de trace en l’espace de quelques heures seulement ? Au fil du temps, la plupart des parents sombrèrent dans l’alcoolisme et dans les somnifères et envisagèrent même le suicide pour rejoindre leur fils.
Cette sensibilisation porta ses fruits, et la police finit par fouiller toute la région, même les îles au large de la côte ainsi que des sectes religieuses. Mais pour le peuple, la piste du camp militaire était à explorer impérativement, ce que la police refusait de faire, sans avancer de raison précise.
Les semaines, puis les mois passent, jusqu’à atteindre le premier anniversaire de la disparition des « Frog Boys ». La CIA coréenne décide d’envoyer des détectives privés pour enquêter sur les parents, en vain, un film fut réalisé, un livre publié, et une chanson diffusée à la télé pour continuer d’alerter le peuple sur la disparition, mais, quelles que soient les stratégies mises en place pour récolter témoignages et financement, tous étaient voués à l’échec.
Puis trois ans passent, les familles sont lourdement endettées et l’affaire tombe peu à peu dans le passé, car si les enfants avaient été en vie, ils auraient probablement été retrouvés depuis tout ce temps. Un jour, coup de théâtre, l’armée prend contact avec les parents, leur demandant de se rendre de toute urgence au camp.
« Les soldats nous ont dit qu’ils nous donneraient des pouvoirs surnaturels. Que celui qui en serait doté serait capable de localiser les enfants » — WOO JUNGWU, père de CHULWON.
Les soldats, au bout du compte, guidèrent les familles dans la forêt, attendant que quelque chose se passe sans succès, comme s’ils s’étaient moqués des parents. Le président de l’époque se rendit alors à Daegu, afin de rencontrer les parents pour prendre des photos avec et leur remettre à chacun un million de won en compensation, pour qu’ils puissent continuer les recherches.
Le temps continue de s’écouler, et lors du cinquième anniversaire, un psychologue du nom de KIM GAWON rencontre des familles, pour leur dire que le père de JONGSIK avait enterré les enfants dans sa maison. La raison est due à son alibi bancal, ne se souvenant plus de ce qu’ils faisaient pendant les trois heures ayant suivi la disparition des enfants. Le psychologue se trouva être si convaincant qu’on envoya la télé et la presse pour couvrir les fouilles qui mirent sens dessus dessous la maison.

Après avoir détruit des murs, et creusés de part et d’autre des trous dans le sol, on ne trouva rien d’autre qu’une chaussure appartenant à JONGSIK dans les toilettes. Il fut donc innocenté, mais après avoir mené pendant cinq ans sans relâche des fouilles et manifestations, il finit par décéder de stress et de fatigue, alors qu’il venait à peine d’entrer dans la quarantaine. Six ans passent, jusqu’à ce que deux marcheurs en forêt tombent sur des corps, en étant partis collecter des glands.
C’est à seulement 3,5 km de leur maison que les « Frog Boys » sont enfin trouvés, entremêlés, certains ayant même une disposition laissant penser que leurs jambes avaient été remontées au-dessus de leur tête, comme pour les peser sur leurs épaules. Leurs vêtements aussi étaient entortillés et attachés, tels des bâillons.

Fait plus étrange, ils ont été retrouvés à une centaine de mètres du camp militaire, une zone qui a été à de nombreuses reprises fouillée sans que l’on ne découvre jamais le moindre indice. Les garçons ne portaient plus sur leur vêtement leur badge scolaire à leur nom, et dans les poches du YOUNGGYU, on retrouva même quelques cartouches de balles, ainsi qu’à proximité des corps. La police se chargea de récupérer tous les ossements possibles, les étalant sur un linge blanc en direct à la télévision et mélangeant par la même occasion les ossements.
Les parents trouvèrent cette méthode honteuse, s’indignant du non-respect apporté aux dépouilles de leur enfant dont on ne voyait plus que des os classés par taille et par type. Le lendemain, la police s’empressa de déclarer les enfants morts de froid par hypothermie, les corps étant tous rassemblés comme pour se tenir chaud, sachant que la température la nuit à cette époque avait avoisiné les 5 degrés.

Pourtant, même s’ils étaient à 3,5 km de chez eux, les enfants n’avaient que deux cents mètres à faire pour atteindre la route les emmenant au village, alors s’ils avaient eu vraiment aussi froid, pourquoi seraient-ils restés toute la nuit dans la forêt ? Le peuple et surtout les parents trouvèrent toute cette situation ridicule, que ce soit les fouilles ou les déclarations donnant un sentiment très bâclé à toute cette affaire depuis plusieurs années.
À aucun moment lors des déclarations suivant la découverte des corps la police ne mentionna les balles retrouvées et de la potentielle piste d’un meurtre, et le chef de police finit par avouer qu’il avait sorti pour excuse l’hypothermie, car il se sentait oppressé par la presse à cette époque.

En récapitulant les faits, les corps furent retrouvés à proximité d’une base militaire non loin de leur zone d’entraînement de tir, mettant en avant un accident éventuel d’une ou de plusieurs balles qui auraient pu toucher à distance les enfants lorsqu’ils se promenaient en forêt.
L’armée entama des recherches qui se stoppèrent rapidement, affirmant que le 26 mars 1991 étant un jour férié pour eux avec les élections, personne n’était dans la zone de tir avec une arme. Pourtant, un rapport de cette journée prouva qu’un officier — dont l’identité ne fut jamais dévoilée par l’armée — avait tiré ce jour-là pour vider quelques chargeurs. L’armée nia farouchement les accusations et ne fut plus jamais réinterrogée par la suite.

Les autopsies permirent de dévoiler quelques traces et trous étranges sur le crâne des enfants, ne correspond pas à celle qu’aurait pu causer une balle. Mais curieusement, on en retrouva même dans les sous-vêtements de YOUNGGYU, ne permettant toutefois pas de déterminer si elles étaient là depuis le début, ou si la méthode de récupération des corps n’en avait pas fait tomber sur les ossements par mégarde.
On privilégia davantage la piste d’un outil agricole ayant conduit à la mort des garçons compte tenu des traces sur leur crâne, après que la police scientifique coréenne aient envoyé les ossements à la police américaine qui possédait de meilleurs équipements et qui déclara que les garçons sont morts de blessures à la tête causée par un objet contondant

CHULWON était celui portant le plus de traces sur le crâne, et la piste du meurtre fut enfin prise au sérieux, mais la police finit également par déterminer que les « Frog Boys » ont été tués à l’emplacement où leur dépouille ont été retrouvés, remettant en question les nombreuses fouilles de la forêt qui ont été faites pendant plusieurs mois en 1991. Néanmoins, onze ans s’étant écoulés depuis leur disparition, et le délai de prescription approchant, la police abandonna les recherches et l’affaire reste encore jusqu’à aujourd’hui considérée comme un cold case, une affaire non résolue.
Au fil des ans, plus de 500 pistes ont été explorées et le 26 mars 2014, deux ans après la découverte des corps, les garçons ont eu droit à des funérailles, où on leur rendit hommage avant que leurs cendres ne soient dispersées dans la rivière Nakdong afin qu’elles rejoignent l’océan Pacifique.

Parmi les parents toujours en vie, et d’autres du peuple, certains se constituèrent partis civils et portèrent plainte contre la police pour ne pas avoir correctement mené l’enquête. Malgré trois procès, la police fut à chaque fois déclarée innocente et ce qui fut remis en cause fut l’absence totale de fouille ou d’interrogatoire dans le camp militaire.
La théorie la plus probable à ce jour pour certains, dont les parents, est que lorsque l’officier vida les chargeurs dans la zone d’entraînement de tir, il tua accidentellement un enfant, et que pour ne pas laisser de trace ou être accusé de meurtre, tua les quatre autres témoins afin de dissimuler son crime avec une arme blanche. Pourtant, il aurait été plus logique de disposer des corps dans l’incinérateur du camp, pour que jamais leur corps ne soit retrouvé.

33 ans après la disparition mystérieuse des « Frog Boys », aucun suspect n’a été arrêté, et aucune piste concrète explorée. La police a changé le délai de prescription pour que si un jour un indice est retrouvé, il soit désormais possible de rouvrir l’affaire, pour les meurtres au premier degré. L’espoir est donc toujours présent qu’un jour le meurtrier des garçons soit retrouvé, bien que les chances soient infimes trois décennies plus tard.
Journaliste : Pillet Anaïs
Photos : Sous les photos
Sources : KSTATION TV