스모킹건
« Ce crime ébranle les fondements de la société, et ne peut être toléré ! »
Le tribunal pénal de la ville de Suwon rend son verdict : peine de mort. Jamais un crime au XXI° siècle ne bouleversa autant cette grande ville en périphérie de Séoul, dans la région du Gyeonggi. Pendant six longues heures, le prénommé WU YUANCHUN découpa méthodiquement le corps d’une jeune femme de 28 ans, en 280 morceaux… Dernier KSIS de l’année, prenez place pour ce rendez-vous mensuel à vous donner des frissons.

Le 1er avril 2012, à 22h50 en Corée du Sud, un commissariat de la région reçoit un coup de fil paniqué, d’une femme dont l’identité cachée se fait appeler « G ». La voix étranglée, essayant de se faire le plus discrète possible, et en pleure, elle appelle :
« C’est le poste de police 112. Je vous écoute. »
« Je suis dans la maison devant le terrain de jeu Montgol. Je suis agressée sexuellement en ce moment. Je ne connais pas l’emplacement exact ».
« Jidong? »
« Oui, juste après l’école primaire de Jidong, sur la route du terrain de jeu Montgol. »
« Laissez-moi vérifier votre position à l’aide de votre téléphone. Vous dîtes que vous êtes agressé en ce moment ? »
«Oui, oui. »
[…]
« Vous ne connaissez pas l’emplacement exact ? Pouvez-vous me redire l’adresse ? »
Et en un cri, l’appel se coupa. Pendant près de sept minutes, la police la questionna encore et encore sur l’adresse exacte où elle se trouvait, alors qu’elle avait spécifié avoir été kidnappée alors qu’elle rentrait chez elle après avoir dîné dehors. Elle qui était issue d’une famille aux revenus modeste, elle préféra marcher pendant un kilomètre plutôt que de prendre un taxi, une décision qui lui coûtera la vie. L’absence de réaction de la police aussi, qui sembla se focaliser sur les détails plutôt qu’envoyer une patrouille qui était à sept minutes de la scène de crime, fut remise en cause dans cette affaire.

Vingt policiers étaient présents dans le poste ce soir-là, à entendre l’appel, mais ils considèrent que c’était sans doute un couple marié qui se disputait. Malgré leur proximité évidente avec la victime, ils mirent pourtant treize heures à la retrouver, mais il était déjà bien trop tard. Quand la police arriva sur les lieux, ils trouvèrent WU en train de terminer sa découpe, ne restant plus rien de reconnaissable de la dépouille de G.
Lors de son procès, se tenant un mois plus tard, WU raconta qu’en rentrant chez lui, il fut bousculé malencontreusement par G, et que dans un accès de rage, il souhaita la violer pour la punir. Il parvint à la traîner jusqu’à chez lui, et tenta par deux fois de l’agresser. Elle réussit à se débattre, jusqu’à ce qu’agacé, il sorte brièvement de l’appartement où elle en profita pour appeler la police. Lorsqu’il revint, muni d’une clef à molette, il lui asséna deux coups violents à la tête, avant de l’étrangler jusqu’à ce qu’elle rende son dernier souffle.
Six heures après les faits, WU acheta des sacs poubelles, quatorze exactement, afin de disposer les morceaux du corps de la jeune femme. Une telle violence étonna plus d’une personne, l’homme alors âgé de 42 ans étant connu pour être discret et silencieux. D’origine chinoise, il était né en 1970 dans le village de Xianguang, dans une région mongole autonome de la Chine rurale. Marié, et ayant un fils, il décide en 2007 de se rendre en Corée du Sud via un visa de travail afin de subvenir à distance aux besoins de sa famille en leur envoyant tous les mois de l’argent. Lui qui ne gagnait pas plus de 1.300€ par mois (2 millions de wons), travaillait sur des chantiers de construction aux quatre coins du pays.

C’est en octobre 2020 qu’il s’installe à Suwon. La police n’ayant pas réussi à trouver via le téléphone de G son emplacement, elle dut demander de l’aide au Centre de management des feux et accidents qui avait la possibilité d’accéder aux localisations GPS des maisons environnantes. On apprit également à l’aide des caméras de surveillance de la ville que la police avait patrouillé autour du poteau téléphonique ayant borné l’appel, plutôt qu’aux alentours de l’air de jeu Montgol et de l’école Jidong. Au fil des KSIS vous avez pu découvrir ô combien l’absence de réactivité ou de logique de la police coréenne dans certaines affaires a conduit à de nombreux drames, et ce fait divers en est encore l’exemple.
Lorsqu’elle pénétra enfin dans le domicile de WU, la police découvrit un nombre important de scies et couteaux, les quatorze sacs poubelles remplis des restes de G, ainsi que de plusieurs photos et magazines de femmes nues. On décrit alors l’homme comme étant un potentiel frustré sexuel, vivant séparé de sa femme depuis déjà cinq ans. Une pierre à aiguiser fut également retrouvée à proximité de la scène de crime, WU ayant dû à plusieurs reprises faire affûter son couteau à force de découper le corps de la pauvre jeune femme. Quand on lui demanda alors ce qu’il avait bien pu se passer pour en arriver à cette agression et ce crime monstrueux, il dit aux juges :
« J’étais ivre et de mauvaise humeur. Je l’ai accidentellement tué » — WU YUANCHUN
Quatorze médecins légistes furent réquisitionnés pour l’autopsie, afin de reconstituer le corps. Le carnage était tel que plusieurs d’entre eux n’ont pas réussi à manger quoi que ce soit pendant quelques jours, traumatisés par ce qu’ils avaient vu. Ils parvinrent à estimer une mort entre trois et six heures après le coup de fil, laissant sous-entendre que G aurait été en vie alors qu’elle était en train de se faire découper, WU ayant manifestement échoué à l’étrangler. On constata également que son estomac n’a pas eu le temps de digérer le repas qu’elle avait consommé vers 20h30 ce soir-là, sans doute à cause du haut niveau de stress provoqué par l’agression.
Toutefois, l’état du corps ne permit pas de savoir si oui ou non il y a eu agression sexuelle. Toutefois, étant la première chose qu’il chercha à faire en kidnappant sa victime, il y a de fortes chances qu’il soit parvenu à ses fins. C’est le 15 juin 2012 que WU fut condamné à mort, et dans l’hypothèse d’une libération conditionnelle un jour, il devrait porter pendant trente ans un bracelet électronique. Alors que la peine de mort est suspendue depuis 1988, elle n’est pas officiellement abolie, la dernière exécution datant de 1997.

Une peine si lourde fut prononcée en raison du caractère particulièrement horrible et méthodique dont a fait preuve WU pour tuer sa victime. De plus, une théorie émergea lors du procès qui fut retenu pour alourdir sa peine, celle de sa participation à un prétendu trafic humain. En effet, entre avril 2011 et avril 2012, les douanes coréennes ont intercepté 35.000 capsules de chair humaine en provenance de Chine. Certaines mêmes ont été trouvé en vente sur des marchés traditionnels, vendus par des Coréens d’origine chinoise, prétextant que les capsules avaient de grandes valeurs nutritives permettant d’être en meilleure santé et d’avoir une meilleure peau.
Cette théorie est mise en avant de par le nombre d’armes blanches retrouvées chez WU, et aussi par la découpe de 280 morceaux coupés de manière quasiment uniforme. Si le meurtre de G était réellement un accident, il n’aurait sans doute pas pris six heures à la découper en autant de petits morceaux pour la mettre dans des sacs, mais aurait plutôt cherché à se débarrasser du corps rapidement. De plus, on découvrit qu’il possédait quatre téléphones portables, dont chacun avait son historique d’appels supprimé entre décembre 2011 et février 2012, comme pour dissimuler des traces.
Sur les capsules qui ont été perquisitionnées par les douanes, donc n’ayant pas de lien direct avec WU, on trouva des traces d’hépatite B ainsi que de nombreuses autres bactéries. Autre que sur le plan éthique, la consommation de ces capsules était donc hautement dangereuse pour la santé, et il est possible qu’encore aujourd’hui qu’il en circule dans le monde. Quant à WU, il a fait appel de sa peine de mort le 18 octobre 2012, et sa sentence fut reconsidéré en peine d’emprisonnement à vie, la cour reconnaissant l’absence de preuves fondamentales pour le lier à un trafic de la sorte.

Deux ans après le second procès, la famille de G attaqua cette fois-ci la police en justice, prétextant qu’elle avait manqué à son devoir initial de protéger et aider les citoyens. On pointa donc du doigt la lenteur de la réactivité des forces de l’ordre, mais aussi le fait de ne pas avoir pris au sérieux plus tôt l’appel, en ayant essayé de minimiser les faits. En effet, la police se défendit que le coup de fil n’eût duré qu’une minute trente, trop peu pour identifier la localisation, alors que les historiques d’appels prouvent bien qu’il a dépassé les six minutes.
Une compensation initiale de 360 millions de wons fut demandée (environ $280.000), et la famille gagna après deux appels, un en 2016 et un en 2017. La somme versée ne fut pas dévoilée au public, mais à ce jour, la famille de G reste convaincue que WU n’en était pas à son premier coup d’essai, mais aurait sans doute tué d’autres personnes compte tenu de son mode opératoire et du démembrement méticuleux.
Pensez-vous que la famille a raison ? Auriez-vous vous aussi porté plainte contre la police ? On se retrouve l’année prochaine pour de toutes nouvelles histoires avec KSTATION Investigation Service (KSIS) !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources: KSTATION TV, Sous les photos