ANDREW & CATHERINE SUH
L’honneur est une valeur qui est précieuse aux yeux de n’importe quelle personne, mais peut-elle vous pousser au plus fou des actes ?

ANDREW SUH est un garçon sans histoire, au passé compliqué. Issue d’une famille coréenne, c’est en 1976, à tout juste 2 ans, qu’il quitte la péninsule pour aller vivre aux États-Unis avec son père RONALD, sa mère ELIZABETH et sa sœur CATHERINE qui est elle âgée de 7 ans. Une nouvelle vie commence pour les SUH, une vie qui rapidement sera synonyme de chaos et de déchéance, privant un enfant d’une vie ordinaire.
« C’est l’histoire d’une famille immigrée qui avait tout devant elle, mais ça s’est terminé en tragédie. » —ALICA HAWLEY, avocat.
La piété filiale, le respect aux aînés, et avant tout aux parents, est clef de l’enseignement des familles coréennes. Les espoirs d’un père se portent rapidement sur un fils, et ANDREW est alors placé au cœur de la famille qui attend beaucoup de choses de ce petit garçon. Excellent rapidement à l’école, c’est tout naturellement qu’il obtient une bourse d’études en grandissant pour se rendre dans un établissement privé, et a même eu le privilège d’avoir été élu pour travailler dans le bureau des élèves de son école. Jouant également dans l’équipe de foot de l’école, la vie lui souriait, et son avenir semblait radieux, si une personne ne lui avait pas fait de l’ombre toute sa vie : sa sœur.

CATHERINE a grandi dans un climat de violence. Dès son plus jeune âge, elle entre en confrontation avec son père qui lui reproche d’être moins bonne que son petit frère en tout, et notamment, d’être une fille. Dans une famille aussi traditionnelle que celle des SUH, le fils aîné est l’enfant le plus important d’une famille, car c’est lui qui, à la mort du père, deviendra chef de famille et apportera un salaire dans le foyer. CATHERINE, souvent dans la rébellion, commence à se disputer avec son père, s’écartant un peu plus chaque jour de l’image parfaite qu’il attendait de sa fille.
Un jour, tout dégénère. À la suite d’un nouveau conflit, RONALD gifle CATHERINE. Cette dernière se débat, le griffe à sang sur le torse. Fou de rage, l’homme prend un bidon d’essence et asperge l’enfant, la menaçant de lui mettre le feu avant d’être stoppé à temps par la mère. ANDREW assistant à la scène, il en restera profondément choqué. Puis coup du sort en 1985, seulement neuf ans après leur expatriation, le père décède d’un cancer généralisé. ANDREW restera à son chevet à l’hôpital jusqu’à son dernier souffle, faisant même la une de magazines en Corée en tant qu’exemple parfait de piété filiale. ANDREW est « un bon fils ».

CATHERINE pourtant tenait en estime son père. Ancien général dans l’armée lorsqu’il vivait en Corée, il était respecté par ses proches et amis, et avait immigré aux États-Unis pour tenter l’« American Dream » à Chicago. Ne parlant pas bien anglais, contrairement aux enfants qui étaient scolarisés, il leur demandait régulièrement de l’aider dans le magasin qu’il tenait pour traduire aux clients. Avec les crises répétées de leur fille, RONALD avait même laissé entendre ô combien il avait hâte de se débarrasser d’elle en la mariant avec le premier venu s’il le fallait à sa majorité, si bien qu’ANDREW devient rapidement le seul à venir l’aider à traduire.

ELIZABETH développa rapidement l’habitude de regarder en boucle la vidéo des obsèques de son époux, et travaillant pour deux pour pallier à sa perte afin que ses enfants ne manquent de rien. Toutefois, CATHERINE commença à en profiter, demandant fréquemment de l’argent malgré ses mauvais résultats scolaires, et continuant à se rebeller, menant la vie dure à sa mère. Apparu alors dans la vie de CATHERINE, ROBERT O’DUBAINE, un jeune américain plus âgé de sept ans qu’elle, qui deviendra rapidement son petit-ami. Toujours mineure, elle n’avait d’autre choix que de rester vivre chez sa mère plutôt que chez son conjoint, n’hésitant pas à « fuguer » chez lui de temps en temps pour défier l’autorité parentale.
« CATHERINE profita de ma mère pendant si longtemps… » – ANDREW
Le 6 octobre 1987, le monde des deux adolescents bascule. ANDREW a alors 13 ans lorsque sa mère se fait assassiner. 37 coups de couteau, et la gorge tranchée, retrouvée dans une mare de sang dans son magasin, la caisse ouverte et le portefeuille vidé. CATHERINE devient alors la tutrice d’ANDREW, et contre toute attente, les deux adolescents vont se rapprocher et devenir très soudés dans cette épreuve. Tous deux orphelins, c’est en réalité une troisième mort qu’ils subissent, du moins CATHERINE. En effet, le tout premier enfant de la famille SUH est un fils nommé BYUNGCHUL. Alors que CATHERINE est encore une toute jeune petite fille, BYUNGCHUL fait une grave chute et atterrit sur sa tête, le plongeant dans un état végétatif. Mis sous respirateur artificiel, ses parents finissent par le débrancher et le laissent partir. RONALD impose alors un ultimatum à ELIZABETH : donne-moi un fils, où je divorce. Et ANDREW allait naitre, avec une tache de naissance sur le flanc, au même endroit que son frère qu’il n’a jamais connu… Immédiatement, les deux garçons sont comparés.

ANDREW grandit, vivant avec sa sœur, et ROBERT qui aménagea chez eux. Au lycée, il devint populaire, se faisant surnommer « Suh Man » par ses amis. CATHERINE était associée à JACKIE COLLINS, actrice et romancière britanno américaine. Toujours tirée à quatre épingles, et bien apprêtée, elle finit par ouvrir une boîte de nuit avec ROBERT, et leur business prit rapidement de l’ampleur. Mais petit à petit, leur relation s’effrita, devenant plus une relation d’affaires que d’amour. Pourtant, les deux se fiancent, mais vivent une relation libre en se permettant d’avoir des relations extra-conjugales. Malgré cet accord implicite, ROBERT finit par reprocher à CATHERINE ses multiples tromperies.
Désormais adulte, CATHERINE est une femme autoritaire, qui sait ce qu’elle veut. Elle indique à son compagnon quelle université fréquenter, quel métier faire, quel homme devenir, etc. Elle a créé en lui l’homme parfait pour elle afin de gravir les strates de la société pour d’atteindre un but précis : être riche. ROBERT, qui était devenu comme un grand frère pour ANDREW devint lui violent. Il commença à casser des portes et des fenêtres, et acquit une arme à feu qu’il gardait sur lui régulièrement au domicile. Lorsqu’il leva la main sur CATHERINE, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.
ANDREW tua ROBERT.
66 appels reçus en deux semaines. Avant d’assassiner ROBERT, c’est le nombre de fois que CATHERINE appela son frère pour le supplier de tuer son petit-ami, devenu trop violent. On est alors en septembre 1993, et ANDREW a 19 ans. Comment un jeune garçon, malmené par la vie, pouvait prétendre tuer quelqu’un ? Mais si sa sœur, la seule famille qui lui restait, était en danger, il devait intervenir. Alors, il prit un avion pour Chicago le 25 septembre, habitant alors à Rode Island pour ses études. CATHERINE appela ROBERT, lui demanda de se rendre dans le garage pour vérifier un problème sur sa voiture, et quand il entra, ANDREW le tua de deux balles, une dans la nuque, une dans le visage.
« Je n’ai pas pensé aux ramifications que mes actions auraient créées. » – ANDREW
ANDREW vola le portefeuille de l’homme qu’il venait d’abattre afin de faire croire à un cambriolage qui avait mal tourné. ROBERT fut enterré dans le même cimetière que les parents SUH, et CATHERINE adopta rapidement un comportement hystérique, se cramponnant à sa belle-famille et notamment au frère de ROBERT en disant vivre un énième deuil épouvantable. Bien que les deux frères et sœurs furent écartés de la liste des suspects au premier abord, ANDREW fut arrêté pour suspicion de possession de drogue, et lorsque l’on retrouva le portefeuille de ROBERT dans ses affaires, il craqua et avoua tout.
Dans sa déposition prise le 11 novembre, il raconta les faits, les appels à l’aide de sa sœur, tout en faisant de son mieux pour la préserver et la faire passer pour une victime, ce qu’il pensait être vrai. CATHERINE se rendit au parloir, rassurant son frère et lui promettant qu’elle ferait tout pour le sortir de prison où il était en attente de jugement, mais quand un témoignage émergea, l’accusant, elle disparut sans laisser de trace de Chicago. ROBERT était au téléphone avec sa maîtresse au moment du meurtre, et elle a entendu tout ce qu’il s’était passé, et notamment la discussion entre CATHERINE et ANDREW après les faits.

CATHERINE ne s’étant pas présentée au procès, l’émission « America’s Most Wanted » commença à afficher son portrait comme étant une suspecte recherchée dans une affaire de meurtre. On lui découvrit plusieurs identités : CATHERINE SUH, KASHA KANE et surtout TIFFANI ESCADA, qui est l’identité qu’elle utilisait lorsqu’elle fut retrouvée six mois plus tard à Hawaii. Lors du procès, bien que l’influence et la manipulation de CATHERINE sur ANDREW furent reconnues (notamment avec les nombreux coups de fil pour l’inciter au meurtre), on reconnut également le consentement d’ANDREW, car il avait eu l’opportunité à plusieurs reprises de dire non, et de surtout ne pas monter dans un avion dans l’unique but d’abattre l’homme. En Corée aussi cette affaire a fait beaucoup de bruit, car elle fut présentée comme étant l’histoire d’une sœur ayant poussé son petit frère au meurtre.

Le motif qui émergea fut l’argent. ROBERT possédait une assurance vie à hauteur de $250.000, et avait pour réputation d’utiliser à outrance l’argent du business qu’il possédait avec CATHERINE. C’est alors qu’une autre théorie vit le jour, celle comme quoi le meurtre d’ELIZABETH avait été commandité par ROBERT et CATHERINE afin de toucher sa fortune qui s’élevait à $800.000. Dans le testament laissé par le père, la fortune familiale devait revenir en intégralité au fils aîné vivant de la famille, soit ANDREW. Bien que CATHERINE ne pût toucher cet argent, en devenant tutrice de son petit frère mineur elle avait un droit de regard sur ses comptes, et surtout l’opportunité au fil des années de le manipuler afin qu’il lui reverse cet argent.
CATHERINE finit par raconter à son frère, avant le meurtre de ROBERT, que celui-ci avait tué leur mère pour l’argent, et qu’il devait lui aussi mourir pour la violence qu’elle subissait et laver l’honneur familial. Après tout, on n’assène pas 37 coups de couteau à quelqu’un pour un simple braquage dans une petite boutique de quartier. Depuis la mort de sa mère, ANDREW ressentait beaucoup de culpabilité de ne pas avoir pu la protéger, alors qu’il avait promis à son père de le faire sur son lit de mort à l’hôpital. Il s’est donc dit « obligé » de tuer ROBERT, en mémoire pour ses parents, et pour sa sœur :
« J’ai voulu partir, mais la voix de ma sœur m’a retenu. La vision de ma mère couchée dans une flaque de son propre sang m’y a maintenu. Ma responsabilité en tant que fils envers mon père m’y a maintenu aussi. » – ANDREW

ROBERT avait 31 ans au moment de sa mort. Dans sa déclaration, ANDREW dit que le tuer allait rendre sa sœur heureuse, car elle serait débarrassée d’un homme violent et d’un meurtrier. Le meurtre d’ELIZABETH SUH ne fut toutefois jamais élucidé, et est désormais un cold case. Dans le prolongement de la théorie comme quoi CATHERINE et ROBERT auraient commandité son meurtre, les deux auraient pu se faire du chantage l’un à l’autre afin qu’ils ne se quittent pas, conduisant à leurs fiançailles pour sauver les apparences. Le 14 décembre 1995, deux ans après le meurtre, la fratrie fut jugée.
En tant que cerveau derrière le meurtre de ROBERT, pour avoir incité au meurtre, et avoir été complice, CATHERINE écopa d’une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. ANDREW, mineur au moment des faits, et dont le casier judiciaire était vierge, reçut 100 ans de prison, réduite en appel à 80 avec possibilité de libération à partir de 2034. La famille de ROBERT s’est dite satisfaite de la sentence, le frère déclarant être d’accord avec l’idée que CATHERINE a incité son frère au meurtre. Il reconnut aussi le passé difficile d’ANDREW, et qu’il était un jeune garçon sans histoire, toujours gentil et serviable. Il n’aurait pas mérité une peine de mort pour cet acte.
En 2010, ANDREW fut interviewé au cours du feuilleton « The House of Suh » qui retrace cette affaire criminelle. Il y affirma être convaincu de la culpabilité de ROBERT dans le meurtre de sa mère. Il essaya de prendre contact avec sa sœur qui lui répondit simplement par « Ne me contacte plus jamais. Je ne sais pas qui tu es, je n’ai pas de frère, alors laisse-moi tranquille ». Le 25 septembre 1993 est la dernière fois qu’il a donc pu voir et parler à sa sœur. ANDREW vit pourtant son monde être bouleversé lorsqu’un amendement fut passé dans l’état de l’Illinois, où il était incarcéré : une personne emprisonnée lorsqu’elle a moins de 21 ans doit être éligible à la libération conditionnelle dès lors qu’elle a purgé 20 ans ou plus de sa peine [Public Act 100-1182, 2019]. ANDREW venait de passer 26 ans derrière les barreaux, alors il tenta le tout pour le tout.

27 janvier 2024, après 29 ans de prison, ANDREW sort en homme libre. Lors de la promulgation de cette nouvelle loi, il demanda à trois reprises sa libération, les deux premières demandes ayant été refusées. Avec l’appui d’une pétition qui récolta des milliers de signatures, aussi bien d’Américains touchés par son histoire que de Coréens vivant aussi aux États-Unis. Le 23 février 2024, il prit la parole sur Facebook, annonçant cette nouvelle liberté et partageant depuis tous ses moments de vie où il apprend à connaître le monde moderne, entre Chicago et Séoul.
« Je suis désolé pour ce que j’ai fait, et je suis un homme réhabilité. La société ne sera pas mieux servie si je continue à être incarcéré. Le détenu B72067 n’est pas moi. Je ne suis pas une mauvaise personne. Je suis une bonne personne qui a fait une terrible erreur. » – ANDREW
Désormais, il travaille périodiquement en tant que traducteur, et a notamment assuré la traduction du concert du groupe ONF le 22 août 2024 à Chicago.

Pensez-vous qu’une deuxième chance soit possible ? Il y a-t-il de « bonnes » raisons de donner la mort, lorsqu’un enfant croit venir en aide à la seule famille qui lui reste ? N’hésitez pas à partager votre avis sur cette histoire, et les autres KSIS !
Journaliste : Pillet Anaïs
Photos : Fawesome TV, The House of Suh
Sources : KSTATION TV