“KPOP DEMONS HUNTERS” de Netflix et Sony Pictures Animation est la nouvelle sensation du moment, et ce non seulement pour ses visuels dynamiques, mais aussi pour sa représentation nuancée et en grande partie authentique de la culture coréenne, à la fois historique et contemporaine.

Le film d’animation a réussi là où beaucoup d’autres projets ont échoué : présenter la tradition dans un contexte moderne sans la dénaturer. D’une certaine manière, “KPOP DEMONS HUNTERS” s’inscrit dans la lignée de nombreux idoles et créateurs de K-pop qui, depuis longtemps, expérimentent avec l’intégration de motifs traditionnels coréens dans des éléments contemporains, réinterprétant leurs racines culturelles à travers un prisme résolument K-pop.
Parmi les exemples les plus cités récemment figure le titre « Shangri-La » du groupe VIXX (2017), célèbre pour ses costumes inspirés du hanbok (habit traditionnel coréen), son esthétique typiquement coréenne, et l’utilisation distinctive du gayageum (cithare à 12 cordes) dans la musique.

Dans “KPOP DEMONS HUNTERS”, les membres des Saja Boys, les principaux antagonistes, montent sur scène pour interpréter « Your idol » vêtus de hanbok modernisés et de gat (chapeau traditionnel masculin), évoquant chez de nombreux fans la performance iconique de VIXX dans « Shangri-La », qui incluait des éventails traditionnels dans sa chorégraphie.
Plusieurs groupes d’idoles réels cités par la réalisatrice Maggie Kang comme sources d’inspiration pour les groupes fictifs HUNTR/X et Saja Boys, ont eux aussi exploré ce terrain.
BTS, BLACKPINK, STRAY KIDS et ATEEZ ont, à différents moments de leur carrière, puisé dans les traditions coréennes, que ce soit à travers des clips, des costumes de scène, des chorégraphies ou les chansons elles-mêmes.
Le membre de BTS, SUGA, avec son single solo « DAECHWITA » (2020), a samplé un morceau de « daechwita », une marche militaire traditionnelle coréenne, interprétée par le Centre national Gugak.

STRAY KIDS, avec « Thunderous » (2021) — Sorikkun en coréen, un terme désignant un chanteur dans la musique traditionnelle coréenne —, a intégré des sonorités traditionnelles dans le refrain, et le clip a été tourné dans un décor rappelant l’architecture d’un palais royal.
Blackpink, dans « How You Like That » (2020), portait des hanboks modernisés, et dans « Pink venom » (2022), on retrouve le son du geomungo, une cithare à six cordes, dès l’introduction.
Mais ces réinterprétations contemporaines soulèvent aussi la question de la fidélité historique, et risquent de déformer la culture coréenne si elles sont mal réalisées.
Par exemple, BLACKPINK a fait face à une vague de critiques pour les tenues inspirées du hanbok dans « How you like that ». Certains ont estimé que la version modernisée déformait le hanbok et le faisait ressembler à un kimono japonais, malgré le fait que les motifs et silhouettes soient bel et bien inspirés du hanbok classique.

Cependant, face à la scrutinisation constante de l’usage de ces motifs dans l’industrie du divertissement, certains estiment que des critiques excessives pourraient freiner l’évolution de la culture coréenne.
« On risque d’entrer dans un débat sans fin sur l’authenticité du hanbok si l’on reste obsédé par la précision historique », écrivait un utilisateur sur X (anciennement Twitter), le 22 juin, à propos de “KPOP DEMONS HUNTERS”.
« La culture coréenne a besoin d’être d’abord connue. Les gens en demandent trop. »
Ce message a été partagé plus de 10 000 fois et a reçu 12 800 likes à l’heure de la publication.

Des experts, de leur côté, estiment que “KPOP DEMONS HUNTERS” a su trouver un équilibre juste, en intégrant la culture coréenne de façon respectueuse tout en faisant preuve de créativité.
« Ce qui importe le plus, ce n’est pas si les éléments culturels ont été recréés avec une exactitude historique stricte, mais plutôt s’ils ont été intégrés avec compréhension et sensibilité », affirme le critique culturel Jung Duk-hyun.
Lee Gyu-tag, professeur associé en études culturelles à l’université George Mason, souligne lui aussi l’importance de réinterprétations audacieuses pour renforcer la portée internationale de la culture coréenne.
« Les consommateurs étrangers sont attirés par la culture coréenne pour son originalité, qui la distingue de la culture pop dominante américaine ou mondiale. Mais en Corée, cet attrait est encore souvent réduit aux seuls aspects traditionnels du patrimoine. », explique Lee Gyu-tag.

Il met en avant le concept de « coréanité contemporaine », qui mélange éléments traditionnels et recréations modernes, comme étant la forme la plus efficace pour toucher un public mondial.
« Critiquer à outrance une réinterprétation moderne de la culture coréenne sous prétexte qu’elle s’éloigne de la tradition passe à côté de l’essentiel :cette réinterprétation a sa propre valeur et son propre charme. »
Journaliste : Shawn
Source : Netflix Capture