Brothers Home Welfare Center Incident Countermeasures Committee
Pénétrez dans la maison de l’effroi, où personne n’en sort indemne.

Des gouttes de condensation perlent du plafond, s’écrasant sur l’épaule d’un pensionnaire. Derrière les barreaux de ses fenêtres, il ne perçoit qu’un faible fragment du ciel, la liberté promise lui étant à la fois si proche, mais si loin. Il se voit encore, quelques mois auparavant, arpentant les rues animées de Busan, longeant le bord de mer et savourant quelques crustacés avec ses amis. Une période aujourd’hui bien lointaine, car son quotidien est maintenant entre quatre murs gris et froid, dans la terrible Brother’s Home.
- Un lieu d’où l’on ne ressort pas indemne
C’est en 1960 que les portes de l’orphelinat Brother’s Home (형제복지원) s’ouvrent, alors appelées Brother’s Orphanage, ou encore Brothers Welfare Center. Pendant une décennie, tout s’est déroulé sans accrocs. L’orphelinat accueille de jeunes enfants et nouveau-nés se retrouvant sans famille, cherchant à tisser des liens avec des personnes de l’extérieur pour un jour devenir parents de ses pauvres âmes. Grâce aux efforts du centre, 31 enfants ont pu être adoptés à l’étranger.
En 1970, le bâtiment décide de s’élargir pour prendre en charge les délinquants sociaux, attribués par la municipalité. Les individus qualifiés de délinquants entrent dans une vaste catégorie de personnes représentant une gêne pour le gouvernement et l’administration au sens large. Ainsi, on trouvait non seulement des orphelins et quelques cas sociaux, mais aussi des sans-abri, des handicapés et parfois même des dissidents politiques. Toute personne susceptible de gêner la société coréenne pouvait en être écartée en un claquement de doigts.
La Brother’s Home s’agrandit et devint un centre spécialisé en cas sensibles, où l’on trouva notamment des usines et ateliers où les « patients » devaient travailler chaque jour afin d’apporter de l’argent à l’établissement. Petit à petit, cet endroit qui avait ouvert dans un but tout à fait louable se transforme en prison à ciel ouvert, à un endroit sinistre que l’on apparentera à des camps de concentration quand l’affaire éclatera.
Suite aux différentes périodes de travaux, la Brother’s Home finit par former un bloc de vingt-trois bâtiments, comportant douze salles de bains, un réfectoire, un hôpital, un bureau, un local de stockage et sept centres de redressement, les travaux ayant été réalisés par les tristes résidents de ce camp maudit. Parfois, il était nécessaire de raser un bâtiment afin de le reconstruire plus grand encore, proportionnellement au nombre de personnes qui y étaient envoyées injustement.
En 1975, à la suite d’un nouveau développement, les méfaits débutent, et ce, jusqu’en 1988 jusqu’à la fermeture de l’orphelinat. À sa tête, PARK INGEUN, président du cercle des fondateurs de l’établissement, un ancien militaire. La Corée était dans une période délicate, sortant de l’occupation, puis de la guerre et de dictatures militaires. La politique du gouvernement était alors d’observer une « purification » sociale de sa société, afin d’améliorer l’image du pays en vue de son ouverture sur le monde. Cette politique s’est notamment renforcée avec les Jeux asiatiques de 1986 et les Jeux olympiques de 1988. Une vraie répression est mise en place.

Beaucoup de personnes étaient arrêtées sans raison ni mandat valables, mais surtout sans savoir quand est-ce qu’ils en sortiraient. Au maximum de sa capacité, 4000 personnes étaient détenues entre ses murs. Brother’s Home n’était pourtant pas le seul centre de ce type dans le pays, puisque près de 16.000 personnes auraient été recensées dans le milieu des années 1980, mais c’est celui qui gagna la plus sombre réputation quand des patients se mirent à perdre la vie.
« De tels actes illégaux ont été engendrés par l’exercice injuste du pouvoir public par l’État. » – TRC
Un rapport de la Truth and Reconciliation Commission (TRC) de 2022 détermina qu’entre 1975 et 1988, 657 personnes perdirent la vie, et rapidement, les médias se mirent à appeler le centre « Korea’s Auschwitz ». Il est dur de se prononcer sur le nombre réel des victimes, car certains corps auraient été enterrés dans des lieux secrets, ou encore donnés à des institutions médicales pour les utiliser dans le cadre de recherches. Le même rapport permet également de mettre en lumière en plus des morts mystérieuses, des violations des droits humains, une détention arbitraire, de mauvais traitements et des abus sexuels.
Les enquêtes s’ouvrent à l’époque, mais il est compliqué d’obtenir des preuves, car la municipalité ferme les yeux sur le centre. En réalité, les autorités publiques tolèrent les pratiques de la Brother’s Home et lui accordent même des financements en fonction du nombre de patients — ou détenus. Le terme utilisé par le centre pour qualifier les patients était « vagabond ». Plus rien n’empêchait alors l’emprisonnement dans ce centre aux allures d’asile de personnes tout à fait saines mentalement.
Le TRC fait exploser l’affaire au public, qui découvre tout l’envers du décor sur l’affaire. Malgré les tentatives d’étouffer l’affaire de la part du gouvernement, c’est médusé que la Corée ternit sa réputation. Des patients ont été appelés pour témoigner des sévices subis, forçant le gouvernement à présenter ses excuses pour les manquements humains de l’époque. Ainsi, en décembre 2003, une indemnité allant jusqu’à 80 millions de wons (environ 50 000 euros) est versée par année de captivité, permettant de reconnaître la responsabilité et l’inaction de l’État.
Afin de ne pas oublier les crimes du passé, le rapport d’enquête de la TRC est toujours disponible en ligne sur son site officiel. La première enquête remonte à 1987, un an avant la fermeture du centre, mais il faut attendre quinze ans pour que justice soit rendue. Cette affaire marqua un tournant dans le pays, puisque c’est la première fois que l’on reconnaît la responsabilité gouvernementale dans une affaire judiciaire collective d’aussi grande échelle.

- Une main tachée de sang tendue vers l’Occident
La politique de « purification » de pays répond à une croissance impressionnante de ses grandes villes, qui n’arrivent pas à contenir et encadrer cet exode post-guerre. En 1945, la population de Busan passe de 0,28 millions de personnes, à 1,05 millions seulement une décennie plus tard, atteignant les 3.5 millions en 1985. Les familles riches demandèrent au gouvernement de faire disparaître les « vagabonds » des rues de la ville, eux qui parfois vivaient sans domiciles fixes, ou avec des emplois des plus précaires.
Les sévices corporels et sexuels n’étaient pas les seules formes d’injustices présentes à la Brother’s Home. En effet, concernant le cas des adoptions à l’étranger, des investigations plus poussées du TRC entre 2022 et 2025, bien après le procès d’indemnisation aux victimes, soulevèrent le potentiel lien entre le centre et un trafic d’enfant international, notamment après la découverte de dossier d’adoption falsifier.
Après la guerre, la Corée se place comme un des pays proposant le plus d’adoptions à l’étranger. On considère qu’entre 1953 et 2000, environ 200.000 enfants auraient trouvé une place dans une famille internationale, majoritairement entre l’Europe, les États-Unis et l’Australie. Aujourd’hui encore, on retrouve une très grande communauté coréenne dans ces régions du monde, notamment l’Australie qui propose en réponse beaucoup d’échanges universitaires avec la Corée.

Dans les années 1980, le pic d’adoption est atteint avec près de 8.000 enfants envoyés à l’étranger par an, grâce à des agences subventionnées par l’État comme la Holt, Eastern, SWS ou encore la KSS pour citer les plus connues. Le gouvernement octroyait une forme d’allocation aux associations en fonction du taux d’adoptions qu’ils atteignaient, conduisant notamment la Brother’s Home à falsifier ses documents, la création de faux certificats de naissance ou un changement de nom de l’enfant. La TRC mit surtout en lumière le fait que certains de ces enfants n’étaient tout simplement pas orphelins.
« Il a été confirmé que lorsqu’une femme entrait dans un établissement alors qu’elle était enceinte et y accouchait, son nouveau-né était transféré à une agence d’adoption pour une adoption à l’étranger dans un délai d’un jour. » — JACK GREENBERG, journaliste de “The Korea Times” .
Pour aider certaines familles pauvres ou dans le besoin, certaines institutions proposaient de garder temporairement des enfants, alors que de l’autre côté du comptoir ils cherchaient déjà de riches parents acquéreurs. Un trafic institutionnalisé s’est mis en place petit à petit, aidé par la honte ressentie majoritairement par les mères célibataires qui préféraient parfois se détacher de leur enfant plutôt que de perdre la face en société et être renié de leur famille. C’est donc en 2022 que la TRC ouvre son enquête sur les pratiques illégales d’adoptions à l’étranger, majoritairement entre les années 1960 et 1990.
Cette enquête permit de faire progresser grandement la justice. En juillet 2025, le gouvernement fait passer une loi pour fermer toutes les agences privées d’adoptions. Dès lors, le processus d’adoption revient à l’État et au gouvernement. Avec cette interdiction, il n’est donc plus possible de falsifier des rapports ou de vendre illégalement des enfants par un trafic bien rodé et dissimulé aux yeux du public. Une enquête nationale a également été ouverte pour remonter les cas d’adoptions des années 70 et 80 afin d’attester de leur caractère légal et non frauduleux.

Pour le moment, sur 367 cas d’adoptions, 56 ont pu être reconnus comme illégaux. C’est un très faible pourcentage si l’on prend en compte les 140.000 adoptions en moyenne entre 1955 et 1999, mais une première pierre à l’édifice pour tous ces enfants qui ont été envoyés à l’étranger à un jeune âge. Les adoptions à l’étranger ont commencé aussi tôt afin d’écarter de la population les enfants mixtes, descendants de mères coréennes et de pères américains. Mais, parmi les adoptions dissimulées aux autorités, certaines concernaient aussi des enfants nés directement dans la Brother’s Home.
- En quête de vérité
Entre le procès et l’ouverture de la commission d’enquête, on chercha à retrouver PARK INGEUN, l’ancien directeur de la Brother’s Home, mais il avait avec sa famille immigré en Australie où il décéda en 2016. Après la fermeture du centre, il aurait rejoint le mouvement presque sectaire de la Siloam House, réutilisant les terrains et bâtiments de la Brother’s Home pour perdurer certains sévices. On y retrouva entre autres des documents concernant la Brother’s Home longtemps après sa fermeture, donnant le surnom de « successeur de la maison des horreurs » à la Siloam House.
Rien ne permet donc d’affirmer que la Brother’s Home a fermé véritablement ses portes en 1988. Parmi les preuves retrouvées à la Siloam House, on trouve des documents d’admission des patients, des transferts de pensionnaires, des adoptions et des rapports de décès. Remontant le temps, en février 1987, une enquête indépendante du New Korean Democratic Party interpelle le tribunal du district d’Ulsan, non loin de Busan, qui condamne en juin PARK INGEUN à dix ans de prison, ainsi qu’à une amende de 681 millions de wons pour enfermement illégal et enlèvements, ainsi que détournement de fonds.

La Cour d’appel de la ville de Daegu supprime le chef d’accusation de détention, cinq mois après la décision d’Ulsan. En mars 1988, la Cour Suprême de Corée statue sur l’absence de culpabilité et l’année suivante, acquitte PARK INGEUN des sévices et enfermements. Il purgera finalement deux ans et demi en prison pour détournement de fonds. La TRC est ensuite fondée en 2005 afin de protéger les droits de l’Homme concernant les affaires où l’État était impliqué sur la période d’après-guerre jusqu’à sa création.
« Établir la vérité sur les violences d’État commises dans ces établissements est une priorité pour la Commission. » —JUNG KEUNSIK, Président de la TRC
Le cas de la Brother’s Home n’était pas unique. Dès le début des années 1960, plusieurs villes telles que Daegu, Daejeon et Gwangju ont ouvert des centres pour « vagabonds », mais celui de Busan reste incontestablement le plus sévère. À l’issue de l’enquête de la TRC, le cercle des personnes jugées « vagabondes » fut élargi, car on découvrit que ça n’avait pas concerné que des orphelins, personnes sans domiciles fixes, handicapés ou autres petits délinquants, mais aussi des personnes des plus ordinaires, mais qui « gênaient » le paysage.
Ainsi, parmi les victimes, on recensa des alcooliques, des enfants qui prenaient des transports seuls, des gens s’étant simplement endormis dans la rue. Les violences étaient gratuites, afin de redresser les patients et faire en sorte que leurs agissements rentrent dans les règles socio sociétales. En 1953, une loi est passée, l’Act of Execution of Duties by Police Officers, qui autorisait la police à arrêter des civils pour les emmener dans des hôpitaux ou des centres correctionnels, selon des procédures encadrées qui n’étaient généralement pas suivies. Le champ était libre pour commettre des atrocités.

Concernant les dédommagements du gouvernement aux victimes reconnues de la Brother’s Home, seules 26 personnes ont pu en bénéficier sur les milliers de victimes, beaucoup ayant préféré rester dans le silence des abus qu’ils ont subi. Pendant ses années d’activité, la Brother’s Home a toujours tenu à signaler l’importance pour le centre d’augmenter l’autonomie de tous ses patients, quel qu’en soit le prix au final.
- Des témoignages poignants
Les témoignages qui ont été publiés dans les médias ont pour la plupart rendu anonyme les victimes, afin de les aider à reprendre le cours normal de leur vie. Un jeune garçon, à l’époque, qui s’est fait appeler OH SEUNGOH raconta avoir été emmené de force à la Brother’s Home pour avoir porté des vêtements jugés inapproprié en sortant de l’école, et a été accusé de vol pour avoir de la nourriture dans son sac, bien qu’il réfuta les accusations. Le policier qui l’interrogea à ce moment le fit se déshabiller, et brûla à l’aide d’un briquet ses parties génitales afin qu’il avoue son crime, puis il fût enfermé dans le centre.
La Corée était plongée dans un état chaotique et totalitaire lors de l’apogée de la Brother’s Home. Le pays, après s’être relevé avec difficulté de son occupation et d’une guerre terrible, a vu une succession de dictatures militaires être mises en place au fil des années. En octobre 1981, CHUN DOOHWAN est à la tête de la péninsule, qu’il tient d’une main ferme après un coup d’État réussi. Il ordonna que d’ici les Jeux olympiques de Séoul en 1988, la ville n’ait plus aucun mendiant ou SDF dans ses rues. Le reste du pays fit de même.

La police de Busan, où se trouvait donc la Brother’s Home, mit en place un système de récompense pour les policiers qui arrêteraient et mettraient en détention des « vagabonds ». Ces récompenses pouvaient varier entre primes et jours de repos. Ainsi, alors que le centre a été construit pour accueillir initialement 500 patients, rapidement on atteint les 3000. Pourtant, une loi interdisait que plus de huit personnes partagent la même chambre dans un centre d’hébergement ou un centre médical, mais avec une telle capacité, on rapportait près de 90 personnes par chambre.
Des témoignages mirent en lumière les conditions d’enfermement vétustes, parlant de chambre sans ventilation ou chauffage. La Corée est un pays où l’amplitude de température est très importante, allant de 40 en été à -20 en hiver, voire plus dans les régions montagneuses. Ces températures peuvent être une des raisons ayant conduit à la mort d’autant de personnes. De plus, la Brother’s Home était un lieu d’où il était presque impossible de s’échapper une fois enfermé entre ses quatre murs. Protégés par des murs faisant office de remparts, des gardes surveillaient étroitement quiconque essaierait de s’enfuir. Toutefois, 35 réussirent à s’échapper.
« Les internés du Brother’s Home, dont beaucoup étaient des enfants, étaient battus presque quotidiennement, presque pas nourris et vivaient une existence infernale en tant qu’esclaves. » – MOON MOOIL, Procureur général
Les victimes décrivent le centre comme étant divisé en un camp militaire. En haut de la pyramide se trouvait le commandant, puis le directeur, et ensuite les « vagabonds » fragmentés en sections qui avaient chacune un leader et un secrétaire. Ces sections étaient elles-mêmes redivisées, et là encore, chacune avait un chef. Dans ces sections, tous ceux qui étaient à la tête des opérations étaient des patients. Parmi les cours de réinsertion qu’ils devaient tous suivre, les témoins citèrent le catholicisme, devant apprendre les versets de la Bible, mais aussi des cours où des vidéos à la gloire de PARK INGEUN étaient diffusées.
Quant aux sévices physiques, il était courant que pour la faute d’un patient, sa section entière soit battue et torturée. Les noms donnés aux formes de punitions étaient alors « Electric Lines », « Wonsan Bombing », « Hiroshima », « Backwards desk », « Han River Railway Bridge », « Ferry », « Riding posture » et « Chili Powder ». Plus que la température, la torture était ce qui a conduit le plus de victimes à la mort, selon les témoignages, ainsi que le meurtre.
Les violences sexuelles étaient aussi quotidiennes. Des anonymes parlèrent des viols qu’ils ont dû subir de la part de leurs leaders, souvent du même sexe. La plupart des témoins étaient des hommes, et dirent les avoir subis ou vus sur d’autres patients alors qu’ils n’étaient encore que des enfants ou adolescents. Quelques femmes ont aussi été victimes, mais peu ont eu le courage de parler à ce sujet.

Enfin, les « vagabonds » servaient principalement de main-d’œuvre à la Brother’s Home. Ils travaillent dans des usines de fabrications de matériaux, incluant le cuir, le bois, le coton et des filets de pêche, dont la plupart étaient exportés au Japon. La majorité des travailleurs étaient des enfants, leurs doigts fins rendant le travail plus délicat, et ils pouvaient parfois recevoir un salaire pour leurs efforts. Quelle que soit la forme de service, personne n’était épargné.
La violence psychologique était également de mise. Plusieurs patients étaient internés dans des unités de soins psychiatriques, car refusant de suivre les règles du centre. Bien que certains étaient réellement malades (la plupart des concernés ayant des crises d’épilepsie par exemple), d’autres ne présentaient aucun trouble psychiatrique et devaient quand même suivre un traitement médicamenteux. Des témoins parlent de prise de « red pills » et de « wacko pills ».
Les pilules rouges étaient faites de chlorpromazine, un antipsychotique qui équilibre la dopamine dans le cerveau. Ce traitement s’accompagne parfois d’effets secondaires, que les patients ont pu rapporter, notamment des étourdissements, de la somnolence et des tremblements. Rien qu’en 1986, la Brother’s Home acheta 250.000 tablettes de chlorpromazine, pour un nombre de 395 patients internés. L’usage répété et à haute dose d’antipsychotique tel que la chlorpromazine peut cependant laisser des effets indésirables sur le long terme, soulignant la quête de justice des « vagabonds » du centre.
- Quelle avancée pour l’avenir ?
Des excuses publiques ont été faites aux victimes en 2018, soulignant notamment l’implication du gouvernement après que plusieurs ex-patients ont cherché à faire éclater toute la vérité sur cette période sombre. 36 centres similaires à la Brother’s Home furent cités. Malgré tout, pendant les différentes enquêtes et les multiples procès, très peu de noms ont été rendus publics afin de protéger également certains prétendus coupables dont on n’a pas pu prouver la culpabilité.
Les transcriptions de témoignages, les décisions judiciaires, les documents de police, correspondances administratives et les registres de décès n’ont également pas été dévoilés. Il reste pourtant un espoir concernant les dossiers d’adoptions qui sont en cours de révision. Les procédures sont toutefois en suspens depuis que le président YOON SUKYEOL a été destitué.
« Le gouvernement doit reconnaître d’urgence toutes les violations des droits humains qu’il a permises, encouragées et auxquelles il a participé de manière systématique, et commencer, dès que possible, les réparations. » — LISA WOOLRIM SJOBLOM, adoptée coréenne
Récemment la Brother’s Home s’est fait connaître aussi en Occident suite à une rumeur qui indiquait que la série populaire « Squid Game » s’était inspirée du centre pour ses jeux mortels. Sur les réseaux sociaux, notamment Tiktok, on décrivit des jeux mortels que les patients devaient subir, dans un bâtiment aux couleurs vertes et roses. On découvrit que les images appartenaient à un artiste digital turc qui utilise l’IA pour réaliser ses œuvres, souvent marquées par ces teintes rosées.

Lors de l’enquête du TRC, la lumière fut mise sur un autre de ces centres appelé Seongam Academy, reconnaissant des actes inhumains de kidnapping et détention similaires à la Brother’s Home. Avec une affaire d’aussi grande ampleur qui a éclaté, et des groupes d’activistes qui se sont formés, la Corée progresse dans la recherche de la vérité et la réparation des dommages causés à tant de gens. Concernant l’académie, ses actes remonteraient jusque sous l’occupation japonaise qui a frappé la péninsule de 1910 à 1945.
En 2013, un groupe de survivants de la Brother’s Home s’est formé, après qu’un homme nommé HAN JONGSEON est protesté devant l’Assemblée nationale l’année précédente. En 2015, un plus grand nombre de survivants ont fait de même et ont milité en se rasant la tête en public, afin que le gouvernement entende leur voix. Ils réclamèrent le passage d’une loi nommée « Brother’s Home Special Act » pour reconnaître les torts et manquements aux droits humains, et pour protéger les citoyens afin qu’une situation similaire ne se reproduise pas sous un gouvernement démocratique. On peut donc espérer que jamais de tels centres, de tels camps, n’ouvrent à nouveau.
Toute cette affaire a profondément bouleversé la Corée, et même le monde. Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a soumis un rapport d’enquête sur la Brother’s Home en août 2023, afin de promouvoir « la vérité, la justice, la réparation, et la non-récurrence » d’un tel acte. D’autres organismes se sont intéressés au centre, comme le Peterson Institute for International Economics qui est un institut à but non lucratif cherchant à renforcer les droits de l’Homme dans l’économie mondiale. Nul doute que la Brother’s Home, bien que fermée, reste ouverte dans les esprits comme une plaie difficile à cicatriser.
Personne n’est ressorti indemne de la Brother’s Home, que ce soit malade, traumatisé, ou même handicapé. Une fois libéré, des ex-patients ont développé le syndrome du survivant, poussant quelqu’un à culpabiliser d’être en vie tandis que d’autres non. Certains ont donc fini par se suicider, n’arrivant plus à reprendre le cours de leur vie après avoir été enfermés injustement dans le centre, ou un autre similaire. Près de quarante ans après la fermeture du terrible « Korea’s Auschwitz », il ne faut pas oublier. Ne pas oublier, pour apprendre du passé et améliorer le futur. Afin que personne un jour ne devienne « vagabond ».

Si vous voulez en apprendre davantage, Netflix a sorti cette année un documentaire sur la Brother’s Home, dans la minisérie d’enquêtes judiciaires « The Echos of Survivors ».
Avez-vous déjà entendu parler de la Brother’s Home, ou d’autres cas similaires ? Nous pouvons rapprocher cette affaire des camps se trouvant en Corée du Nord, ou bien en Chine, montrant que malgré des mesures prises dans un pays, il reste tant à faire dans un autre voisin. Laissez-nous votre avis sur ce centre de réinsertion en commentaire, et on se retrouve en janvier pour le lancement de la troisième saison du KSIS !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos, en hyperlien