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Ne vous êtes-vous jamais demandé, ce que ça ferait de vivre sans votre jumeau, si vous le tuiez ?

Nées le 4 avril 1974 en Corée, les deux sœurs jumelles SUNNY et GINA (également appelée JEEN(A)) HAN ont grandi au cœur d’une famille qui s’agrandit au fil des ans pour compter pas moins de six enfants. SUNNY est celle qui est né la première, cinq minutes exactement avant sa sœur GINA, ce qui lui octroya immédiatement la préférence de sa mère, qui jugeait plus important de se focaliser sur la jumelle aînée. Mais à trois ans, les parents des deux fillettes divorcent et alors que SUNNY reste vivre avec sa mère, GINA est envoyée vivre chez son père quelque temps. Celui-ci finit par se remarier, et délaissa l’enfant, qui repartit chez sa mère. Toutefois, la vie n’était pas plus rose du côté maternelle, car leur mère tomba rapidement dans une forte addiction aux jeux d’argent.
Cette addiction fut-elle, que lorsque les jumelles eurent onze ans, la mère les emmena vivre à Seattle afin que cette dernière puisse travailler dans un casino en tant que croupière. Mais cela ne calma pas son trouble, qui en s’aggravant, fit que la mère décida de confier SUNNY et GINA à leur tante. Avant ce placement douloureux, GINA avait déjà pu constater que sa mère mettait en avant sa sœur SUNNY, étant l’aînée, ne cachant pas sa préférence. En grandissant, et ce, chez leur tante, la jalousie et une rivalité certaine s’installèrent entre les sœurs HAN, à la personnalité pourtant éloignée.
SUNNY était décrite comme étant une adolescente lumineuse, populaire, amicale et surtout, la plus jolie des jumelles. GINA, elle, était davantage renfermée et timide, plus sérieuse que sa sœur, et qui devait faire plus d’effort pour avoir les mêmes résultats scolaires qu’elle. En plus d’être l’aînée, SUNNY accéda la première à certaines choses, comme le fait d’avoir un petit-ami, ou encore un travail, et la rivalité s’intensifia, GINA ne comprenant pas pourquoi elle ne méritait pas la même vie que sa jumelle. La jalousie devint physique, les bagarres régulières, et SUNNY s’en prit même à GINA en lui plantant un stylo dans le corps.

À 17 ans, les choses dérapèrent lorsque leur tante a découvert que SUNNY, contre son interdiction, échangeait des lettres avec sa mère. La tante leur avait déconseillé d’entretenir toute relation avec elle, après les avoir abandonnés suite à son addiction. En retour, la tante expulsa SUNNY qui dut alors vivre un an chez un voisin, mais contre toute attente, les jumelles purent passer leur examen de fin de lycée avec brio, obtenant leur diplôme avec mention très bien. Elles qui avaient vécu toute leur vie ensemble, en faisant les mêmes choix, tout en étant constamment comparées, décidèrent de prendre des chemins différents pour la première fois.
SUNNY rejoint les bancs de la fac, après avoir obtenu une bourse couvrant la totalité de ses études supérieures. Mais rapidement, elle se focalisa sur les fêtes entre étudiants, et les garçons, ses notes chutant drastiquement jusqu’à ce qu’elle perde sa bourse. En parallèle, elle avait commencé à mener une vie de luxe, achetant des articles de créateurs pour faire croire à son entourage qu’elle réussissait sa vie, et était riche. Mais la réalité étant toute autre, elle dû arrêter l’université par manque d’argent pour payer les cours. Elle commença alors à travailler en tant que réceptionniste.
GINA, de son côté, préféra abandonner l’école, ayant toujours dû travailler deux fois plus que sa sœur pour garder son niveau scolaire. Elle décida de rejoindre les US Air Force, mais quitta l’armée un mois plus tard, ne supportant pas d’obéir aux ordres des supérieurs. Elle alla donc travailler dans un casino comme croupière, suivant les pas de leur mère, et développa la même addiction, perdant toutes ses économies, se créant des dettes, et volant plus de 4.000$ à ses amis. Une de leur amie en commun dira, quelques années plus tard, en parlant des jumelles :
« Elles semblaient manquer de bon sens pratique… Elles ne savaient pas comment gérer les choses ».

À force de mener une vie de vol pour se procurer de l’argent, GINA se laissa dépérir et finit par commettre une tentative de suicide. Après son rétablissement, elle fut arrêtée pour le vol des cartes bancaires de ses amis, et passa dix jours en prison et reçu trois ans de sursit. À mesure que son addiction s’intensifiait, sa personnalité évoluait pour devenir menteuse et manipulatrice. Après des années de galères, c’est à vingt-deux ans que les jumelles décidèrent de vivre ensemble en colocation, GINA partant s’installer chez SUNNY. Mais depuis l’obtention de leur diplôme au lycée, les sœurs n’avaient que très peu entretenu de contact, s’étant rarement parlé. En découvrant la vie de « luxe » de SUNNY, GINA se prit de jalousie pour sa sœur qui vivait dans un bel appartement, possédait des articles de créateurs et même une BMW, alors que GINA, elle, avait 1.000$ de dette.
En réalité, SUNNY était elle aussi couverte de dettes. La vie luxueuse qu’elle vivait était bien trop chère pour ses revenus, et ses achats n’étaient possibles que parce qu’elle volait les cartes de crédit de ses amis. Tout n’était que façade, et dès que les jumelles aménagèrent ensemble, les conflits recommencèrent, plus violemment que lorsqu’elles étaient enfants. Plus jeunes, leur mère les comparait au quotidien, mettant en avant ô combien SUNNY était meilleure, car était l’aînée des deux. GINA s’était souvent sentie de trop, pas assez bien pour qu’on la remarque, pas assez intelligente ni jolie par rapport à sa sœur.
Un soir, alors qu’elles étaient en train de se disputer à leur habitude, un voisin appela la police pour faire taire les cris. En arrivant sur les lieux, ils découvrirent GINA au nez brisé, après que SUNNY lui ait lancé son téléphone au visage. SUNNY fut arrêté, non pas pour violence, mais parce qu’elle avait encore volé l’argent d’une de ses amies qui avaient fini par aussi porter plainte. Lors de sa déposition, la jumelle dit aux autorités : « Je ne pensais pas que mon amie s’en soucierait, elle est riche ». Elle reçut la même condamnation que GINA. Cette dernière profita de l’absence de sa sœur pour voler sa BMW, porter ses vêtements, utiliser sa carte bancaire afin de parier de l’argent, vivant ainsi la vie de SUNNY. En l’espace de quelques jours, c’est une dette d’un millier de dollars que GINA contracta sur le compte de sa sœur, s’était fait passer pour elle à chaque fois lorsqu’elle pariait.

En sortant de prison, SUNNY constata les méfaits de sa sœur, et porta plainte, GINA étant alors condamnée à dix mois de prison, et devant verser un dédommagement de 10.000$ à sa sœur pour le vol de sa voiture. Arrivé au point où les deux jumelles se volèrent entre elles, elles finirent par prendre la décision de ne plus vivre ensemble, mais les choses n’allèrent pas se passer comme prévu. GINA téléphona depuis la prison à sa sœur afin de convenir d’un moment où, à sa sortie de derrière les barreaux, elle pourrait venir récupérer ses affaires pour déménager dans un autre appartement. GINA, rancunière, et stressée depuis que ses amis réalisèrent qu’elle n’était pas riche, mais qu’elle volait leur argent, se braqua et refusa que sa sœur récupère ses affaires, lui demandant de ne plus jamais la rappeler. GINA eu alors la sensation que le dernier membre de sa famille venait de l’abandonner, n’ayant plus de contact avec sa tante depuis longtemps.
C’est à ce moment que GINA en eut assez. Ne supportant plus les années de conflits avec sa sœur, et ce soudain abandon, elle commença à exprimer toute sa colère envers SUNNY, disant aux autres détenus à quel point elle souhaitait la tuer. En sortant de prison, elle fit la connaissance de deux jeunes garçons ; ARCHIE BRYANT, seize ans, et JOHN ADAM SAYARATH, quinze ans. Elle leur fit croire que s’ils l’aidaient à récupérer ses affaires chez SUNNY, elle leur donnerait à chacun 100$. Les garçons intéressés par un peu d’argent, acceptèrent, et c’est en se rendant chez SUNNY que GINA s’arrêta dans un supermarché pour acheter du matériel incluant sacs poubelles, gants, détergeant, scotch, puis elle acheta également une arme qu’elle confia à ARCHIE.
« À un certain point, oui, je voulais tuer ma sœur. Je la haïssais. Au plus je pensais à ma sœur qui montait notre mère contre moi au plus… Je me suis sentie injustement trahie par elle. Et avec la rage montant en moi, je voulais que ma sœur meure. » – GINA

Le 6 novembre 1996, âgée alors de 22 ans, GINA se mit en route avec ARCHIE et JOHN, pour aller tuer SUNNY. Le plan était simple : les garçons se ferraient passer pour des vendeurs de magazines, et iraient toquer à l’appartement pour pouvoir y entrer par effraction. C’est la locataire de SUNNY qui ouvrit la porte, HELEN KIM, qui se retrouva avec un revolver braqué sur sa tempe. Rapidement, elle fut ligotée et bâillonnée, tandis que SUNNY s’était réfugié dans la salle de bain pour appeler la police. Dans l’appel aux autorités rendu public, elle dit qu’elle pensait que sa colocataire était en train de se faire violer, et qu’elle n’avait pas pu voir les cambrioleurs. Mais ARCHIE défonça la porte de la salle de bain, et finit par ligoter à son tour SUNNY en attendant que GINA arrive pour la tuer.
Cependant, ce moment n’arriva jamais. Après avoir appelé la police, une brigade à proximité arriva, si bien que GINA et JOHN s’enfuir tandis qu’ARCHIE se retrouva pris au piège. Il libéra les deux jeunes femmes en leur disant de dire que ce n’était qu’une blague, et qu’il ne comptait rien leur faire, mais il fut arrêté ainsi que GINA et JOHN qui furent retrouvés rapidement après. Initialement, GINA essaya de se faire passer pour SUNNY pour se faire libérer, mais sans succès, et elle expliqua qu’elle souhaitait juste récupérer ses affaires, en faisait peur à sa sœur, et que la dernière fois qu’elles s’étaient vues, SUNNY lui ayant cassé le nez, elle avait préféré venir accompagnée au cas où ça se passerait mal.
Le procès rendu public, la tentative de meurtre de GINA sur sa propre jumelle fit énormément de bruit à la télé américaine, et coréenne également, des dizaines de journalistes se déplaçant aux États-Unis pour y assister. Rapidement, GINA fut surnommée « l’evil sister », alors que SUNNY était la « good sister ». Après tout, qui essaierait de tuer son frère ou sa sœur pour une histoire d’argent et de jalousie maladive ? Le troisième jour du procès, la balance s’inversa. SUNNY fit son apparition au tribunal sans maquillage, pas coiffée, et à l’allure négligée. Fébrile, elle raconte avoir avalé une boîte de médicaments la veille après s’être disputée avec son petit-ami, pour s’ôter la vie. Jugée inapte à témoigner à la barre, elle fut conduite à l’hôpital pour recevoir des soins, et le procès fut retardé jusqu’à son rétablissement.

À son retour, le public découvrit SUNNY sous un nouveau regard. Elle défendait à présent GINA, implorant les juges de ne pas la condamner lourdement, car elle était persuadée que sa sœur ne l’aurait jamais tuée. De plus, elle avait engagé un attaché de presse et un manager afin de vendre les droits de son histoire pour en faire un film pour une valeur de 10.000$, fit grand nombre d’interviews et apparaissant même à la télé dans l’émission « DAYTIME TALK, LEEZA EXCLUSIVE ». Elle avoua aux juges faire en sorte de générer le plus d’argent possible de cette affaire, qu’elle qualifiait à présent d’absurde. Le public pensa donc qu’elle avait tenté de mettre fin à ses jours afin de s’attirer de la sympathie, et ainsi, plus d’argent.
GINA fut diagnostiquée avec une personnalité borderline et antisociale, et les deux sœurs furent considérées comme étant des sociopathes : trouble de la personnalité caractérisé par le mépris des normes sociales, avec une difficulté à ressentir des émotions, un manque d’empathie, et une grande impulsivité [Larousse]. Il fut également reconnu que GINA avait essayé d’enrôler une femme pour l’aider à mener à bien son plan, avant de rencontrer les deux garçons. Cette même femme ayant vu que GINA tournait autour d’ARCHIE et JOHN, les avait prévenus de ne pas lui faire confiance, car elle avait senti que quelque chose était louche dans son plan pour récupérer ses affaires chez SUNNY.
Les jumelles vivaient dans la ville d’Irvine, une des villes avec le taux de criminalité le plus faible du pays. Mais là-bas, une tentative de meurtre encourt la même peine qu’un meurtre, car la tentative n’est que l’échec d’un meurtre aux yeux de la loi. Ainsi, les juges considérèrent qu’il y avait préméditation, car GINA avait demandé de l’aide à plusieurs reprises, achetés du matériel et une arme. Elle fut donc condamnée le 17 novembre 1997 à 26 ans de prison pour tentative de meurtre. ARCHIE reçu 16 ans, et JOHN n’ayant que quinze ans au moment des faits, 8 ans et quatre mois. Alors que la plupart des jurés considérèrent que GINA avait voulu tuer sa sœur pour lui voler son identité, les médias coréens trouvèrent la peine trop lourde, car au bout du compte, GINA n’avait ni tué sa sœur ni même eu le temps de la toucher, car la police était arrivée à temps.

Une fois le procès terminé, SUNNY disparut et ne fut plus jamais médiatisé. On su qu’elle fut à plusieurs reprises arrêtée pour divers chefs d’accusation, dont le vol et le recèle d’argent majoritairement. GINA passa un diplôme des sciences du comportement social lorsqu’elle était en prison. Populaire, elle reçut tout au long de sa condamnation de nombreuses lettres d’admirateurs, et reçu même 100.000$ d’un homme qu’elle n’avait jamais rencontré. Après quatre ans de prison, JOHN fut libéré, dix ans pour ARCHIE, et c’est au bout de vingt ans, en mai 2018 et âgée de 44 ans, que GINA fut libéré. À sa sortie, elle déclara :
« J’ai ressenti beaucoup de culpabilité et de honte pour la vie de ma sœur, parce que je sais qu’elle a lutté. Ne pas pouvoir être là pour elle et le traumatisme que ma sœur a dû endurer… Je sais que c’était difficile pour elle. Je me sentais très, très, très coupable et honteuse pour ce que j’ai fait à ma sœur. » — GINA
Libérée, GINA reprit contact avec sa mère, qui était toujours dans l’addiction, et n’entendit plus parler de sa sœur. Lors d’interviews après sa sortie, elle déclara même que le silence depuis des années de SUNNY l’avait convaincue de son décès, la vie d’auto-destruction qu’elle menait ne pouvant mener qu’au pire. Bien que cette histoire se termine bien, elle prouve que l’entente entre frères et sœurs, et même des jumeaux, n’est pas toujours des plus évidentes. Bien que les jumelles ne pouvaient pas vivre l’une sans l’autre, elles ne pouvaient pas vivre ensemble pour autant. L’une devait donc disparaître pour que l’autre puisse vivre sa vie en paix.
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, voir sous photos