머니투데이
49 jours. C’est le temps qu’il fallut pour capturer toute une troupe de soldats cachés aux abords de la ville portuaire de Gangneung. Mais ils n’étaient pas n’importe quel soldat, non. Ils étaient Nord-Coréens !

DISCLAIMER : Des photos de corps sont présentes dans l’article, âmes sensibles s’abstenir.
Un soir de septembre 1996, le 18 plus particulièrement vers deux heures du matin, un chauffeur de taxi du nom de LEE JINKYU se rend dans un poste de police à Gangneung afin d’émettre un signalement. Sur une plage, il avait aperçu un peu plus tôt une forme qui ne semblait pas s’apparenter à un bateau de pêcheur, c’était beaucoup plus gros, et plus opaque. L’obscurité n’aidant pas, il préféra mettre sa découverte dans un coin de sa tête, jusqu’à ce qu’il repense à une étrange rencontre plus tôt dans la soirée. Alors qu’il arpentait les routes de la côte, il avait croisé le chemin d’un groupe d’hommes assis sur le bas-côté, le crâne rasé. Qu’est-ce que cela pouvait-être… Son sang ne fit qu’un tour, et son taxi le mena à la police. Au même moment, un premier classe de l’armée coréenne émit un signalement à son tour :
« Le matin du 18, alors que j’effectuais une patrouille mobile depuis mon poste de garde, j’ai découvert un sous-marin et je l’ai signalé à mon chef de section. » – PARK MANGWON
Un sous-marin avait échoué dans la nuit du 17 au 18, appartenant au Bureau de Reconnaissance de l’Armée Populaire de Corée du Nord ! Le temps que les signalements remontent aux supérieurs, c’est vers cinq heures du matin qu’une alerte nationale de haute sécurité retentit dans le pays : des militaires ennemis se cachaient sur Gangneung, il était primordial de les trouver au plus vite ! Débute alors une véritable chasse à l’homme qui dura près de cinquante jours, à l’issue de laquelle 26 soldats nord-coréens seront arrêtés ou tués.
Le sous-marin retrouvé est un Sang-O, s’apparentant au terme sangeo en coréen qui signifie « requin », et appartenant à la flotte de la marine nord-coréenne. On estime en 2024 que le pays en possède une quarantaine, caractérisé par une vitesse maximale de 9 nœuds, de seulement quatre mètres de large pour trente-cinq de longueur et propulsés par un système diesel-électrique pour les modèles les plus récents. Leur construction remonte en 1991, et celui de l’incident de 1996 fut saisi par le Sud afin de l’exhiber fièrement dans le parc de l’unification de Gangneung qui fut commémoré en septembre 2001.

L’armée sud-coréenne n’en crut pas ses yeux lorsqu’elle découvrit le Sang-O sur une plage, c’était un incident sans précédent qui rassembla près de 43 mille soldats en quête de la petite troupe nord-coréenne. Les trois corps d’armée furent dépêchés, car qui sait ce dont est capable l’ennemi, d’autant plus qu’au moment de la découverte, personne d’autre que LEE n’avait une idée de la taille du groupe de soldats. Rapidement, on se mit à parler de « l’incident d’infiltration par sous-marin de Gangneung », ce qui fit escalader considérablement les tensions entre le Nord et le Sud, à l’équilibre si précaire depuis la fin de la guerre quatre décennies plus tôt.
PARK MANGWON indiqua qu’il avait découvert des traces pouvant correspondre comme appartenant à six ou sept personnes se rendant vers la montagne Gwaebang, mais immédiatement après que l’alerte fut donnée, et que l’information d’un groupe de Nord-Coréens caché quelque part se répandit, on découvrit vers 16h30 à la montagne Cheonghak le corps de onze soldats. On les identifia rapidement comme étant de la marine, et leurs plaies indiquèrent un suicide de masse. En effet, ils avaient des plaies par balle (AK47/pistolets Tokarev TT) sous la mâchoire pour certains, laissant ainsi supposer qu’ils avaient retourné leur arme contre eux-mêmes. Une autre supposition suggère que leur supérieur les exécuta pour éviter qu’ils ne révèlent des informations sensibles avant de se donner la mort.
Seulement dix minutes précédant la découverte du groupe de corps, on arrêta un soldat ; LEE GWANGSU. Il révéla qu’ils étaient vingt-six au total, il n’était donc pas possible de manquer de vigilance, car l’ennemi courait toujours sur le territoire. Il indiqua que le suicide était une ruse, pour faire croire qu’il n’y avait plus de soldats à chercher, mais dès le lendemain, le 19, sept soldats furent retrouvés et tués : trois le matin, trois en début d’après-midi, et un quelques heures plus tard. Le 20 septembre, un hélicoptère en surprit deux sur la montagne Cheonghak, mais l’armée au sol ne parvint pas à les intercepter.

Ce qui surprit l’armée sud-coréenne le 19, c’est qu’aucun soldat ne fit preuve de résistance, comme s’ils avaient accepté de mourir pour avoir failli à leur mission. En y réfléchissant, la dictature dans laquelle était plongée la Corée du Nord pouvait impliquer toute une famille pour la faute d’une seule personne. En somme, si un soldat venait à être capturé, comme LEE GWANGSU, toute sa famille pouvait payer pour sa lâcheté et pour avoir divulgué des informations au gouvernement sud-coréen. Un risque que la plupart des autres soldats ne souhaitaient visiblement pas prendre.
Dans le Nord, la situation était catastrophique. Une famine s’abat sur le pays de 1995 à 2000, que beaucoup qualifièrent comme étant la plus dévastatrice du vingtième siècle. On estime qu’en l’espace de cinq ans, entre 480.000 et 3.5 millions de Nord-Coréens perdirent la vie des causes de la famine et de la malnutrition. Les données officielles n’ayant jamais été révélées, il est difficile d’avoir une idée précise du nombre de victimes. Cette période fut nommée « HARD MARCH ». Les impacts de la famine s’étalèrent jusqu’en 2004, quand le taux de natalité recommença à augmenter significativement.
La Commission des Droits de l’Homme s’arrêta sur le chiffre de deux millions de morts entre 1995 et 1998 seulement. On considère alors que la mission d’infiltration permettait de surveiller les installations militaires sud-coréennes et collecter des renseignements gouvernementaux, dans l’idée de réaliser potentiellement une tentative d’assassinat du président de l’époque : KIM YOUNGSAM, dont le mandat débuta le 25 février 1993. De plus, lorsque le sous-marin fut découvert, une explosion eut lieu à l’intérieur pour détruire des preuves et du matériel dedans. Ainsi, sur vingt-six soldats, à l’aube du 21 septembre il n’en restait que sept dans la nature, dix-huit étant morts et un capturé. Mais c’est également le 21 qu’un premier soldat sud-coréen fut abattu, avant qu’un autre soldat nord-coréen soit tué sur le mont Chilsung, puis un autre le 22.

Il en reste cinq. La Corée du Nord choisit ce moment pour intervenir, demandant au Sud de rendre le sous-marin, le corps des soldats morts, et les soldats encore vivants. Elle déclara que ce n’était en aucun cas une mission d’infiltration, mais un entraînement de la marine qui avait mal tourné, car le sous-marin serait tombé en panne. Le Sud n’y prêta pas attention, se focalisant sur les soldats toujours en fuite, dont un autre fut retrouvé et tué le 28 septembre, puis un autre quelques jours après. Douze jours après que l’alerte nationale retentit dans le pays, il n’y avait plus que trois survivants du sous-marin. LEE GWANGSU continua de coopérer avec les autorités sud-coréennes pour s’assurer de sa survie, et révéla qu’une mission similaire prit place en septembre 1995, à Gangneung également, pour rapporter des informations militaires et balistiques sans s’être fait repérer.
Concernant les vingt-six soldats, le groupe était en réalité constitué de vingt et un soldats, trois membres des forces d’opérations spéciales, et du vice-directeur ainsi que du directeur du département maritime, tous membres du 22° escadron du département maritime du bureau de reconnaissance. On reprocha alors au Nord d’avoir commandité l’assassinat d’un diplômât Sud-Coréen à Vladivostok, après que l’on ait retrouvé dans son corps des traces de poison également trouvé à bord du sous-marin. Le Nord nia les allégations, mais captura le 6 octobre un Américain du nom de EVAN CARL HUNZIKER venu « prêcher la paroisse » dans le Nord, et demanda son échange contre les soldats encore vivants.

Le mois d’octobre s’écoula sans trace des trois soldats. Avec l’automne, et les feuilles recouvrant le sol, les efforts du Sud pour les retrouver s’essoufflent, de peur de se faire tuer si les soldats se cachaient sous les feuilles. Les recherches en suspens, se faisant principalement par l’air, il fallut attendre le 5 novembre pour retrouver les fugitifs à seulement 20km de la DMZ, la frontière entre le Sud et le Nord. Là, deux soldats furent tués après qu’ils aient réussi à abattre trois soldats sud-coréens et blessé quatorze autres avec des grenades. On retrouva dans leurs affaires personnelles un journal qui raconta leur escapade, parlant de leur cachette souterraine de deux semaines avant de se rendre dans la station de ski de Yongpyong. Ils volèrent des denrées alimentaires dans des maisons de villageois, jouèrent à des jeux vidéo, et tuèrent quatre autres personnes sur leur chemin, trois civils par arme blanche, et un soldat du Sud par strangulation. Ils possédaient également un appareil photo, de clichés de bases militaires sud-coréennes.

Le tout dernier soldat ne fut jamais retrouvé. On partit donc du principe qu’il avait réussi à s’échapper par la DMZ. Contre toute attente, le Nord émit un communiqué le 29 décembre, soit près de deux mois après la fin de la chasse à l’homme, pour s’excuser de l’incident ayant conduit à la perte de vie humaine :
« La RPDC s’efforcera d’empêcher qu’un tel incident ne se reproduise et œuvrera avec les autres pays pour une paix et une stabilité durables dans la péninsule coréenne » — Porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC).
Cette affaire est reliée à celles des tunnels d’infiltration retrouvés le long de la DMZ. En effet, entre 1974 et 1990, quatre tunnels ont été retrouvés aux abords de la frontière, laissant entendre que le Nord prévoyait d’envahir le Sud grâce à ces tunnels, dont un est ouvert au public pour ceux souhaitant visiter la DMZ. Les tunnels ont été découverts notamment grâce à la coopération d’un Nord-Coréen ayant déserté dans le Sud. De plus, selon des données de la CIA, 3.800 Nord-Coréens auraient été tués, capturés ou renvoyés entre 1953 et 1995 sur le sol sud-coréen lors d’autres tentatives du Nord de mener des missions d’infiltration.

Concernant la mission de Gangneung, trois soldats avaient en réalité foulé le sol du Sud le 15 septembre, pendant que le sous-marin les attendait au large, mais le soir du 17, en essayant d’aller à leur rencontre, le sous-marin se heurta à des roches aux bords du littoral, ses propulseurs s’étant pris dans des algues ce qui força tous les soldats à quitter le Sang-O. On estime que l’impact a eu lieu vers 21h, et l’abandon du sous-marin vers minuit. Concernant le Sud, l’armée déployée se composait de soldats au sol, d’hélicoptères, d’équipes cynophiles, de rangers et de patrouilles d’infanterie.
« La plupart des gens pensent que le submersible s’est échoué sur un récif en reculant, mais en réalité, il est arrivé en marche avant, mais les vagues étaient trop fortes, il a donc été poussé sur le côté, s’est accroché à un récif et s’est échoué lorsque l’hélice a été endommagée. » – LEE GWANGSU
Au total, sur les 49 jours de cette chasse à l’homme, quatorze soldats, un réserviste, un officier de police et quatre civils sud-coréens trouvèrent la mort, et vingt-sept personnes supplémentaires furent blessées. Quant à la rumeur entourant le prétendu assassina du président de l’époque, LEE GWANGSU affirma que les trois soldats descendus le 15 septembre étaient des snipers qui devaient se rendre à la cérémonie d’ouverture du 77° festival national de sports de Chuncheon afin de viser le président qui devait y faire un discours. Les personnes qui n’avaient pas « participés » au suicide de masse ont été choisies comme devant mener la mission à son but, car considérées comme de meilleurs soldats que les autres. Au moment de son arrestation, LEE GWANGSU était âgé de 31 ans. Le président des opérations était lui âgé de 50 ans, tandis que le plus jeune soldat en avait 27.
Veuillez trouver ci-dessous un extrait du journal de l’époque retraçant les premiers jours de l’infiltration. Vigilance, car on y voit les corps des soldats nord-coréens, notamment ceux du suicide de masse :
LEE GWANGSU continua par la suite de vivre en Corée du Sud, et s’est même lié d’amitié avec le sergent qui l’a arrêté à l’époque, CHOI WOOYOUNG. Au moment de son arrestation, et pour l’inciter à coopérer, on lui demanda ce qu’il souhaitait manger, ce à quoi il répondit du gwangeohoe, soit du poisson plat cru, considéré comme un plat de luxe dans le Nord, mais pas dans le Sud. En octobre 1996, deux ans après l’incident, il déclara vouloir rester dans le Sud, offrant sa coopération la plus totale, et il finit par devenir instructeur personnel dans la marine sud-coréenne. Il participa également en 2011 à des entraînements de sécurité pour former de jeunes soldats, et donna régulièrement des informations sur la mission d’infiltration ainsi que le procédé derrière.
Cette mission reste aujourd’hui connue comme étant l’une des longues opérations de poursuites et de chasse à l’homme depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. Elle marqua les esprits, la coopération internationale, les relations intercoréennes, mais aussi le monde médiatique qui se servit de cette histoire pour créer des œuvres audiovisuelles et littéraires. On peut ainsi citer « Becoming a Cooking Soldier Legend » (webtoon), « Declaration of War » (film), « Campus Love Story » (jeu) ou encore « Lobbyist » (drama) pour ne citer que quelques exemples s’inspirant de l’affaire. Aujourd’hui diplômé, marié, et devenu papa, LEE GWANGSU reste la figure emblématique d’une tentative de putsch militaire du Nord envers le Sud, qui permit de renforcer la sécurité sur le territoire sud-coréen pour éviter que naisse un jour une nouvelle mission d’infiltration.

Aviez-vous entendu parler de cette histoire ? Seriez-vous prêt lors d’un voyage en Corée à découvrir le célèbre sous-marin Sang-O lors d’un passage à Gangneung ? Donnez-nous vos impressions en commentaire !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos, en hyperliens