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Le paraquat. Ce terme ne vous dit peut-être rien, mais il correspond au nom d’un herbicide commercialisé à partir de 1961, largement utilisé dans l’agriculture européenne (dont française jusqu’en 2007). Également appelé gramoxone, il est considéré comme hautement mortel à cause de sa toxicité élevée, et est interdit en Corée en 2011. C’est ce même herbicide qui sera à l’origine d’une affaire d’homicides familiaux, commis par une mère de famille de 2011 à 2014.

En mai 2011, un homme du nom de KIM est retrouvé mort chez lui à Pocheon, que la police identifie comme étant un suicide par empoisonnement. Il aurait ingurgité une boisson trouvée dans son réfrigérateur et serait décédé peu de temps après. Il laisse derrière lui femme et enfant (une fille), choquées de sa disparition soudaine. Mais la famille endeuillée se ressaisit, et la femme finit par se remarier l’année d’après en mars avec un certain LEE. Quelques mois plus tard cependant, en janvier 2013, la belle-mère décède, d’une mort que l’on attribue à des complications pulmonaires à la suite d’une potentielle pneumonie.
C’est au tour du deuxième mari de perdre la vie, à cause de problèmes pulmonaires une nouvelle fois en août. Et enfin, une ultime victime : la fille de la famille, issue du premier mariage. Elle survit contre toute attente, mais en gardant de graves séquelles pulmonaires. C’est à ce moment que l’assurance se penche sur le cas « NOH », nom de la mère de famille. On décide d’exhumer un corps, les deux autres ayant été incinérés, et on y découvre la présence de paraquat.
« C’est presque un soulagement d’avoir été attrapé maintenant, je peux enfin m’arrêter » – NOH

Cet herbicide est caractérisé par son haut taux de comorbidité, même après une très faible absorption, et peut causer sur le long terme des maladies chroniques comme celle de Parkinson. On a pu observer comme effets secondaires des brûlures chimiques oxydatives, des pneumocytes (cellules épithéliales tapissant les alvéoles pulmonaires), concentration plasmatique, effondrement des systèmes antioxydants, et apoptose (autodestruction cellulaire) qui mènent à une nécrose. Selon la dose de paraquat absorbée, la mort peut survenir en quelques heures, tout comme survenir après plusieurs semaines, surtout si liée à une prise régulière et infime. On peut décrire l’atteinte pulmonaire sous trois phases distinctes :
- Phase aiguë : la première semaine
- Phase subaiguë : le premier mois
- Phase chronique : au-delà d’un mois.
Parfois, la toxine secrétée par l’herbicide étant si forte qu’elle peut même atteindre les reins et le foie, mais dans la grande majorité des cas, les médecins légistes ne se penchent pas sur une mort par herbicide, car trop peu commune pour nécessiter des tests quand les lésions sont pulmonaires. En d’autres termes, c’est un très bon procédé dans des cas d’homicides volontaires pour camoufler des traces et faire penser à des morts naturelles. NOH est alors pointée du doigt, car toutes les morts semblent graviter autour d’elle, dans la quarantaine au moment des faits (anonymisée par la police).
« Nous pensons qu’elle a tué les victimes à cause de conflits ou pour obtenir des prestations de décès [assurances] » – Officier de police
Quand les médias se sont emparés de l’affaire, on la connecta avec d’autres cas d’empoisonnement aux paraquat, qui avait débouché sur l’interdiction de l’herbicide sur le territoire sud-coréen. Le prétendu suicide de KIM n’avait pourtant alerté personne à l’époque, car même sa sœur rapporta à qu’il était criblé de dettes, même après avoir touché un important héritage à la mort de leurs parents. Après avoir épluché les versements reçus de la part d’assurances, NOH reçoit 450 millions de wons pour la mort de KIM, soit un peu plus de $400,000. Mais, la bénéficiaire des assurances n’était pas l’épouse, mais la fille du défunt, qui étant mineure, ne pouvait pas utiliser cet argent.

Après son remariage avec LEE, la famille recomposée accueille un petit garçon, qui sera lui aussi bénéficiaire des assurances vies du mari à hauteur de 530 millions de wons (environ $360,000). Quant à la fille, dont l’empoisonnement prolongé provoqua des séquelles chroniques, NOH reçut 7 millions de wons supplémentaires ($4,700). Son but n’était pas de tuer sa fille finira-t-elle par avouer, mais d’obtenir des versements réguliers de l’assurance afin d’avoir un complément de revenu, étant donc celle en charge de l’argent des enfants jusqu’à leur majorité.
NOH est arrêtée en février 2015 pour meurtres, tentatives de meurtre (sur sa fille), et fraude à l’assurance, à l’âge de 44 ans. Une analyse toxicologique fut réalisée sur les victimes, à l’aide d’un test colorimétrique appelé dithionite, test qui indique à l’aide d’une couleur bleue la présence de paraquat, et un test chromatographique via des échantillons sanguins et tissulaires post-mortem. Ces tests ont pu attester de la présence de l’herbicide dans le corps de la victime, et NOH est condamnée à dix ans de prison ainsi que port du bracelet électronique. Lors du procès, on souligna les motivations financières, ainsi que les achats réalisés grâce à l’argent des assurances (notamment un vélo d’une valeur supérieure à $10.000, des véhicules, et des vacances au ski à plusieurs reprises).
« En préparant de la soupe, j’ai ajouté de petites quantités de pesticide et je l’ai donnée à mon mari. Il est devenu de plus en plus faible, et a fini par mourir » — NOH
NOH ne chercha pas à justifier ses actes, si ce n’est concernant sa deuxième belle-mère, qu’elle décrit comme étant une femme qui faisait preuve de beaucoup de mépris à son égard ainsi qu’envers ses enfants. Plutôt que de répéter le même procédé qu’avec son premier époux KIM, NOH mis de l’herbicide dans la nourriture consommée quotidiennement par LEE, sa mère et sa fille. Sa fille fut hospitalisée à trois reprises, en juillet et août 2014 et janvier 2015, juste avant l’arrestation de NOH. Cette dernière rapporta avoir tenté d’empoisonner sa première belle-mère, mais que celle-ci avait constaté que quelque chose était louche. Ce qui l’incrimina définitivement fut la présence de paraquat à son domicile, alors que l’herbicide avait été interdit depuis quelques années déjà en Corée, sous-entendant un potentiel complice qui n’a jamais été démontré.

Le commissariat de Namyangju, qui travaillait sur l’affaire, considéra que NOH a pu être arrêté grâce à quatre facteurs cruciaux : suspicions de ses proches (première belle-mère), signalement des assurances, acharnement de la police pour trouver la vérité, et analyses toxicologiques. La chaîne télévisée SBS diffusa en 2024 une émission dédiée à cette affaire, ainsi que la chaîne YouTube Echannel. En outre, le journal 한국일보 a rapproché le cas des empoisonnements de Pocheon (포천 제초제 살인사건) à d’autres cas où des herbicides ont été utilisés, tels que le « Chungbuk Boeun pesticide bean sprout rice case » (충북 보은 농약 콩나물밥 사건) de février 2013, et le « Sangju pesticide cider case » (상주 농약사이다 사건), tous deux étant aujourd’hui des affaires non élucidées.
Finalement, NOH fit appel de la décision de justice, et fut condamnée à la prison à vie, prouvant que parfois, faire appel n’est pas dans l’intérêt de l’accusé, mais permet de rendre meilleure justice pour les victimes.
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Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos, en hyperliens