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Les nombreux KSIS présentés au fil des mois vous ont sans doute appris quelque chose de crucial quant à la police coréenne ; elle a parfois, si ce n’est souvent, fait preuve de faiblesses, se montrant aveugle face à certaines preuves accablantes au profit d’une résolution d’affaires plus rapide conduisant à des emprisonnements d’innocents, ou menant sur des cold case qui s’éternisent dans le temps.

Le profiling est une méthode d’investigation qui a cherché à répondre à ces faiblesses, permettant de mettre en lumière les défaillances d’un système établies depuis des décennies, afin que justice soit rendue au plus grand nombre avec de meilleurs moyens. Le KSIS du mois vous plonge donc dans ce corps de métier tout particulier, en s’intéressant au profil de KWON ILYONG, considéré comme le tout premier profiler officiel de Corée du Sud.
De nombreuses séries policières telles que « NCIS », et « Esprits Criminels » par exemple, on tendance à dépeindre les profilers comme étant des héros aux casquettes de policiers qui d’un seul regard parviennent à interpréter le comportement et le raisonnement de sociopathes et psychopathes afin d’expliquer le cheminement poussant à commettre des crimes sordides. Pourtant, c’est un métier bien plus complexe que ça, et qui dans le cas de la Corée, n’est que très récent. Qu’est-ce donc alors qu’être profiler ?
« Les profilers peuvent être définis comme ceux qui analysent le comportement des gens » — KWON ILYONG
Un profiler (éponyme en coréen, 프로파일러), est un officier de police spécialisé dans l’analyse comportementale criminelle, aidant aux enquêtes aussi bien sur le plan analytique que psychologique, afin de souligner un élément répétitif ou caractéristique dans les agissements ou le comportement d’un criminel. Il représente un soutien primordial dans de grandes affaires criminelles autour de tueurs en série dans la plupart des cas. C’est un corps de métier pouvant être qualifié de très rare, qui a pris racine aux États-Unis dans les années 1970 au sein FBI. En effet, la technique du profilage criminel a été adoptée aux États-Unis en 1972 pour enquêter sur les tueurs en série lorsque le FBI créa l’unité des sciences comportementales (BSU).
Aux États-Unis à l’époque, on observe un taux élevé de tueurs en série, crimes d’ordre sexuels, et homicides non élucidés ou ne démontrant pas de mode opératoire évident, mais dont émerge l’idée qu’un comportement criminel a forcément un schéma répétitif, et qu’il est ainsi possible de déterminer des traits caractéristiques chez un individu. Dans le cadre du FBI, les profilers les plus éminents sont JOHN E.DOUGLAS, ROBERT RESSLER et ROY HAZELWOODG, développant à grande échelle ce domaine d’activité pour le populariser aujourd’hui.
À l’autre bout du globe, en Corée du Sud, c’est à la fin des années 1980 qu’explose la criminalité, observant également une montée en flèche des agressions, homicides, et tueurs en séries. D’autres pays sont impactés par ce phénomène, notamment le Japon qui même depuis 2004 désigne une personne en charge du profiling dans des commissariats centraux. Toutefois, plutôt que d’être considéré comme des officiers de police à part entière, ils sont avant tout formés dans des études de psychologie ou en médecine. En outre, le profiling s’appuie davantage sur des statistiques et hypothèses que de réelles données scientifiques, faisant que cette discipline est parfois remise en question.

La Corée suit le mouvement à l’image du Japon, et c’est donc en 2005 qu’est recruté le tout premier profiler du pays, KWON ILYONG. Six ans plus tard, en 2011, on dénombrait une quarantaine de profilers sur tout le territoire. Au fil des ans, il a su se créer une réputation sans précédente, étant régulièrement présenté comme étant « quelqu’un qui a joué un rôle primordial dans la résolution de crimes en profilant plus d’un millier de criminels », comme il a été introduit dans l’émission « SHOCKING LIAR » où, grâce à son expérience, il devait débusquer qui était l’intrus dans un groupe de 50 personnes.
Toutefois, être profiler n’était pas la voie qu’il avait initialement choisi d’emprunter. Travaillant initialement comme policier, on lui découvrit un talent certain pour le prélèvement d’empreintes digitales, ce qui le fit se rediriger vers la police scientifique plutôt que criminelle. Puis, naturellement, il se mit à enquêter sur les points de similarités entre les scènes de crimes ou d’un criminel à un autre, mettant donc en avant ce concept de schéma répétitif et comportemental. Puis, il enseigna ses techniques à de jeunes confrères pour par la suite les former en tant que profilers.
KWON ILYONG n’est d’ailleurs pas le seul profiler à être apparu dans des émissions ou à la télévision au fil de sa carrière. En effet, KIM YUNHEE, toute première profileuse recrutée publiquement, a fait le choix de changer de carrière pour devenir actrice, continuant de donner des conférences sur son ancien métier dans la police. Dans un interview accordé au média « Donga Science », elle explique qu’il est nécessaire d’obtenir un diplôme en sociologie ou psychologie à l’université, mais aussi passer des épreuves physiques similaires à celles dans les camps militaires. Maîtriser un art martial est un plus, mais elle avoua que :
« Il est également crucial de trouver ses propres moyens de soulager le stress et d’apprendre à rester concentré sur les dossiers malgré des situations chaotiques » — KIM YUNHEE.
D’autres profilers choisissent des voies plus singulières. Prenant l’exemple de PYO CHANGWON, ce profiler célèbre a rejoint les rangs des politiciens en intégrant le parti de la Nouvelle Alliance Politique pour la Démocratie (NPAD) en 2015. Lors de sa démission de la police, il affirma « vouloir, par la politique, instaurer la justice, garantir la sécurité et redonner le bonheur aux enfants et aux adolescents ». Il est également directeur d’un institut de recherches en sciences criminelles.
Concernant KWON ILYONG, il travailla dans les forces de police de 1989 à 2017, mais son impact fut tel qu’il participa à la création des premières unités officielles de profiling coréennes. En Corée, un crime est prescrit au bout de quinze ans, mais grâce à l’impact des profilers qui ont su prouver leur utilité, cette limite a été levée pour les crimes d’ordres sexuels ou envers des mineurs. Ils permirent également d’établir certaines caractéristiques récurrentes chez les serials killers : impuissance économique, sentiment d’inégalité et d’injustice sociale, idée que leur malheur est causé par leurs conditions sociales, sentiment de victimisation, et relations familiales conflictuelles.

KWON ILYONG travaille depuis sa retraite de la police en tant que professeur à l’université Dongguk de police et de justice, mais apporte encore régulièrement sa pierre à l’édifice quant à la criminologie coréenne. Il est auteur de livres, mais apparaît surtout dans des émissions pour apporter un œil critique à certaines grandes affaires criminelles, pouvant citer par exemple « UNANSWERED QUESTIONS » (membre régulier depuis des années), « BRAVE DETECTIVES » (2022-2026) ou encore « FULL PROFILER » (2022-2023). Il fit également des apparitions dans certains films et séries ; « EMERGENCY DECLARATION » (2022), ou encore « THROUGH THE DARKNESS » (2022).
« THROUGH THE DARKNESS » est une série particulière puisqu’elle se base sur un livre écrit par KWON ILYONG et le journaliste KO NAMU, se basant sur les expériences de carrières de KWON. La série met en avant comment il est devenu le tout premier profiler de Corée, qui fut très bien reçue par le public coréen, cumulant une moyenne de 7.1% d’audimat sur l’archipel lors de sa diffusion de janvier à mars 2022, et gagnant plusieurs prix et awards, en particulier lors des SBS DRAMA AWARDS tenus la même année, avec quatre prix reçus.
Au fil de sa carrière, il permit d’aider à la résolution de quatre affaires célèbres :
- YOO YOUNGCHUL; KWON ILYONG aida à son analyse comportementale, réalisa des entretiens psychologiques, et détermina ses schémas de sélection de victimes.
- JEONG NAMGYU ; il obtient de sa part des aveux après avoir déterminé ses schémas de répétitions et une structure comportementale singulière.
- KANG HOSOON ; il put perfectionner les techniques d’interrogatoire psychologiques ainsi que les analyses comportementales de tueurs organisés.
- LEE CHUNJAE ; participa à son analyse rétroactive et sa relecture comportementale.

KWON ILYONG se fit un nom dans le métier notamment grâce à ses techniques d’interrogatoires avec les criminels bien loin de l’agressivité parfois rencontrée lors de certaines affaires ou mise en scène dans des films et séries. En effet, il était connu pour ses tentatives de création de lien émotionnel, tout en flattant l’ego des criminels afin qu’ils soient plus enclins à avouer leurs crimes. Les profilers utilisent souvent des techniques cherchant à faire preuve d’une empathie simulée, car nombreux sont les tueurs qui aiment parler d’eux et se considèrent comme des êtres à part entière.
« Les criminels suivent certains schémas. Cela repose sur le principe que ceux qui commettent des crimes similaires ont des traits de personnalité similaires également » – KWON ILYONG.
Le tout premier profiler de Corée a donc fortement influencé la justice coréenne, mais aussi tout un système, permettant de mettre en lumière un domaine de profession jusqu’alors inconnu sur la péninsule. Son impact reste très présent encore aujourd’hui dans les dramas policiers, les émissions d’enquêtes ainsi que les documentaires criminels, où son expertise permet de tirer au clair de grandes affaires et enquêtes. C’est également à la fin des années 1990 que la police commence à développer les bases de données ADN, qui, si développées plus tôt, auraient permis de résoudre plus d’affaires, ou d’innocenter des civils, comme nous l’a prouvé l’affaire de LEE CHUNJAE.
Mais aux yeux de l’expert en tueurs lui-même, qui selon KWON ILYONG est le pire criminel qu’a connu la Corée ? Il vous faudra attendre le mois prochain pour découvrir l’histoire du tueur en série… JEONG NAMGYU.
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, en hyperliens, sous les photos