HANG MIOKU
En Asie, la beauté est au centre de tout.

Conversations, magasins, rues et affiches publicitaires, c’est impossible de passer une journée sans être au contact de la beauté. Parfois rassurante, parfois oppressante, en Corée elle tient une place centrale dans la société, et tout particulièrement auprès des jeunes coréennes qui sont parfois prêtes à tout pour convenir aux standards de cette dite beauté. Ce n’est pas pour rien que la péninsule du matin calme est réputée pour être la capitale asiatique de la chirurgie esthétique.
HANG MIOKU en est le tragique exemple. Ancienne chanteuse, et mannequin, elle qui avait l’avenir devant elle plein de grâce et de réussite est tombée dans l’addiction de la chirurgie, mais à quel prix ?
Avant de se plonger dans son histoire, intéressons-nous à une pathologie mentale : la dysmorphophobie. Catégorisée comme trouble psychiatrique par certains, elle est « caractérisée par une obsession excessive relative à un ou plusieurs défauts physiques ». Les personnes souffrantes ont tendance à voir un défaut qui parfois est minime aux yeux des autres, et en deviennent folles, cherchant par tous les moyens à camoufler le défaut ou le faire disparaître. HANG MIOKU a rapidement dans sa jeunesse présentée des signes d’une dysmorphophobie, commençant à subir des interventions esthétiques dès l’âge de 28 ans, tout particulièrement sur son visage.
Naissant le 8 juillet 1963 dans une famille assez pauvre, elle avait depuis petite la volonté de devenir chanteuse afin de pouvoir apporter une aide financière à ses parents. Dans les années 80, elle réussit à obtenir un emploi de chanteuse de cabaret au Japon, gagnant rapidement en popularité grâce à sa beauté. Elle gagna alors le surnom de « Mirror Princess », en référence aux heures qu’elle passait devant un miroir pour être sûre d’être toujours parfaite. Au fil du temps, elle développa un complexe vis-à-vis de son menton, qu’elle trouvait trop carré pour une femme. La graine du mal-être était plantée.
« Lorsque je regardais mes collègues, je pensais qu’elles étaient mieux que moi. » – MIOKU
Les injections commencent. Une ride apparaît sur le front ? Injection. Une aux coins des yeux ? Injection. Injection sur injection, il devient évident que MIOKU est addicte quand elle entre dans la trentaine. Sa condition physique se dégrade, sa tête commence à être disproportionnée par rapport à son corps, mais elle n’arrive pas à arrêter et pour cause. MIOKU est atteinte de schizophrénie. Au quotidien, elle entend des voix lui disant ô combien elle était moche, et qu’elle devait faire des injections encore et encore. Elle perd donc malheureusement son travail, sa beauté qui lui valait tant de compliments désormais cachée derrière un visage trop gonflé pour son public.

Les soins esthétiques étant trop chers, elle réalise ses injections auprès de médecins non qualifiés. L’addiction s’intensifia, si bien qu’elle eut recours à des procédures tous les mois. Alors, elle décide de rentrer en Corée vivre chez ses parents, où elle retrouve un peu de notoriété. Néanmoins, après dix ans passés au Japon, et son addition aux injections, sa famille eut du mal à la reconnaître lors des retrouvailles tant son apparence avait commencé à changer.
À son retour, elle n’est pas accueillie comme elle le pensait. Ses proches n’ont pas de peine pour sa pathologie, la santé mentale étant très mal encadrée en Corée. Plutôt que de la voir pour ce qu’elle est réellement ; une jeune femme souffrant de troubles psychiatriques, sa famille considère qu’elle a un problème d’ego et de confiance en elle et son apparence. Contre toute attente, ils lui financent une opération de chirurgie esthétique en 1998, pensant que ça la débarrassait de son addiction. L’opération ne fait qu’aggraver son état, MIOKU recommençant aussitôt les injections, et ne se rendant pas aux rendez-vous avec un psychologue payé par ses parents également.

Lorsque la planète fête son entrée au XXI° siècle, MIOKU est profondément isolée. Vivant désormais seule, sans emploi, elle n’a plus l’argent nécessaire pour recevoir ses injections qui atténuent les voix dans sa tête. Elle se dirige donc vers le marché noir, mais là encore les ressources viennent à manquer. Désespérée, et surtout malade, elle prend une décision radicale, qui impactera le reste de sa vie.
La main tremblante, mais persuadée de faire le bon choix, MIOKU s’injecte de l’huile de paraffine*, puis de cuisson dans le visage. Quand l’huile vient à manquer, elle passe au silicone, puis au ciment…
Son visage, double, puis triple, puis quadruple de volume. Plus rien ne l’arrête, et bientôt, même son cou se met à gonfler jusqu’à entraver ses voies respiratoires. Le ciment se solidifie, et l’ancienne miss beauté se retrouve complètement défigurée. Affublée d’un nouveau surnom, elle se fait connaître dans son quartier comme « The fan lady », assimilant la taille de sa tête à celle d’un ventilateur tant elle devient grosse. En 2004, la chaîne SBS entend parler de son histoire à la suite d’un appel d’un voisin, et lui dédie une section dans une émission jusqu’en 2006 afin de rassembler de l’argent pour lui payer une chirurgie réparatrice. Bien que l’émission ne soit plus disponible désormais en ligne, des extraits existent toujours sous forme d’archive sur le site de la SBS. Vous pouvez toutefois retrouver cette émission publiée sur YouTube tout récemment :
À cette époque, MIOKU vit dans une telle détresse financière qu’elle n’a même plus d’électricité chez elle depuis des mois, et l’émission met en avant le manque de meubles chez elle. En effet, la schizophrénie ne s’attaque plus seulement à son apparence physique, mais lui somme également de se débarrasser de ses meubles. Lasse des voix, elle s’exécute. Son corps s’élargit alors que son domicile se vide petit à petit, ne parvenant pas à distinguer le vrai du faux. L’émission lui fait voir un médecin, qui l’alarma de sa situation.
« Si son cou continue de gonfler, elle aura des difficultés à respirer. Elle peut mourir par étouffement. » – JANG CHONGHYUN (médecin)
Le médecin tenta de lui faire comprendre qu’elle était très chanceuse d’être en vie. En comparant la quantité de peau sur le crâne d’une personne normale et celle de MIOKU, la différence fut sans appel : alors qu’un individu lambda possède environ 5mm de peau et tissu, MIOKU, elle, avait 3cm ! De plus, c’était un miracle qu’elle ne soit pas aveugle à cause des injections, sa tête faisant le triple d’une taille de visage normale. La peau pendante sur son cou lui procurait régulièrement des douleurs et à cette époque, elle déclara ne pas avoir d’autres amis dans sa vie pour prendre soin d’elle que son chien, ayant coupé les ponts avec sa famille à cause de son addiction et les dures conséquences qu’elle a engendrée.

Lors de la diffusion, l’émission devient la plus regardée de l’année dans toute la Corée, si bien que 27 millions de wons ont été récoltés pour son opération (environ 15.000€ aujourd’hui). Elle subira plus d’une dizaine d’opérations avec cet argent afin d’extraire les tissus endommagés et réduire la taille de sa tête. Ainsi, plus de 4kg de tissus sont retirés, ne lui rendant pas son visage, car définitivement détruit, mais lui apportant à nouveau un peu de confort de vie. Elle obtient même une carte de handicape de niveau deux, éprouvant des difficultés à s’exprimer, et les médecins ayant dû lui couper les paupières, la laissant obligée d’utiliser des gouttes pour s’hydrater les yeux au quotidien.
La SBS permit de recréer des liens avec sa mère, qui lui rendit visite à l’hôpital pour la première fois en plusieurs années, lui intimant de ne pas abandonner les procédures et de continuer de persévérer dans le traitement. Malheureusement, sa mère décéda pendant le tournage du reportage, mais MIOKU continua de s’accrocher pour elle, à sa demande. Pour fêter la fin de 33 mois de quinze chirurgies réparatrices, elle est invitée pour remonter sur scène et chanter devant 500 personnes, afin de lui prouver qu’il y a encore du positif et qu’il faut vivre.
Quelques années plus tard, lors d’une nouvelle émission pour aller à sa rencontre, c’est une MIOKU plus apaisée que l’on découvrit, en paix avec elle-même et ayant fini par se détacher de la chirurgie et des injections, et entourée d’amies. Conservant le surnom de « The fan lady », elle avait trouvé sa place dans son quartier, même si retrouver un travail fut très compliqué dû à son apparence physique. Mais c’est en décembre 2018, à seulement 55 ans, qu’elle rendit son dernier souffle à la suite de circonstances inconnues. Il fut aussi révélé qu’elle ne s’appelait pas HANG MIOKU, pseudonyme choisi pour préserver son anonymat. Elle s’appelait en réalité HAN HYEGYEONG.
Son cas marqua profondément la Corée, mais aussi la presse internationale qui utilisa son histoire pour montrer les dangers de l’addiction à la beauté et à la chirurgie esthétique, particulièrement lorsqu’elle est exercée en dehors d’un cadre professionnel contrôlé. Avez-vous entendu parler de son cas ? Que pensez-vous des dérives de la chirurgie ? Partagez-nous votre avis en commentaire !

*L’huile de paraffine est obtenue à partir du pétrole après raffinage, et est utilisée principalement dans le laxatif, lubrifiant, pommade et crème et ne doit en aucun cas être injectée, car non absorbée par l’organisme.
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, SBS, en hyperliens








