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Le 26 Avril 2006. C’est à cette date mémorable que s’achève enfin une chasse à l’homme qui a duré vingt-huit mois, pendant lesquels la police sud-coréenne ne parvenait pas à mettre la main sur un des tueurs en série les plus prolifique du pays : JEONG NAMGYU.

JEONG NAMGYU est un homme au passé mystérieux. Du haut de ses 1m70 pour 63kg, il correspondait aux descriptions de ce que l’on pouvait appeler d’un homme banal, et pourtant. En près de deux ans et demi, il agressa vingt personnes, et en tua de sang froid treize autres, principalement dans le sud-ouest de Séoul. Et malgré toutes ces victimes, il déclara lors de son arrestation :
“J’espérais ne pas être attrapé avant d’avoir tué au moins une centaine de personnes, peut-être mille” – JEONG NAMGYU
C’est dans la contrée de Changsu qu’est né JEONG NAMGYU le 17 avril 1969. Aîné d’une fratrie de sept enfants, il a décrit son enfance comme sordide : père violent, le méprisant régulièrement lui et ses frères et sœurs, il n’a que dix ans lorsqu’il se fait agresser sexuellement dans des bois par un de ses voisins. En grandissant, ce n’est pas mieux, puisqu’il se fait harceler à l’école, et agresser à nouveau, même par son colocataire de l’époque. C’est donc à quinze ans qu’il déménage, avec sa famille, à Incheon.
Cinq ans plus tard, il commet son premier crime : vol aggravé. Écopant initialement d’une peine de deux ans et demi de prison, il est à la place envoyé à l’armée pour effectuer son service obligatoire. Mais le cercle vicieux continu, entre bizutage et agressions sexuelles répétées. En 1995, après avoir terminé son service et récidivé avec des infractions, il est cette fois-ci envoyé en prison où il se fait, de nouveau, violer.

En 1996, il se montre alors violent, et tente d’agresser quelqu’un à son tour. Il reçoit une peine de deux ans de prison pour ça, mais en 1999, après un vol et un viol, il écope de deux nouvelles années derrière les barreaux. Il ne s’arrête pas là, puisqu’en 2002 il vol une voiture et purge dix mois pour son infraction. Puis, après avoir violé une adolescente, c’est à 34 ans qu’il ressort de prison avant d’entamer sa série de crime qui le rendra tristement célèbre dans la péninsule.
JEONG NAMGYU passa donc la grande majorité de sa vie en prison, commettant la plupart de ses crimes entre 1989 et 2003, ce qui avait déjà à l’époque interpellé celui qui deviendra le tout premier profiler du pays : KWON ILYONG. Étudiant avec attention son schéma répétitif d’allers et venues en prison, le policier en était certain ; JEONG NAMGYU allait représenter à court terme un réel danger pour le pays. Cette date fatidique arriva ainsi, le 14 janvier 2004.
“Il imposa à ses victimes ses propres traumatismes” – KWON ILYONG
Deux enfants de treize et douze ans sont retrouvés morts à seulement 3km de chez eux, après avoir été agressés sexuellement. On retrouva les corps des enfants les mains liées par des lacets de chaussures, exactement ce que JEONG NAMGYU avait subit lors de son premier viol à dix ans par son voisin. La police finit par trouver leur dépouille le 30 janvier, morts étranglés. Ce même jour, il s’introduit dans le domicile d’une dame de 44 ans sur Séoul, qu’il attaqua avec un couteau, la laissant vivante mais grièvement blessée. Le tueur commence alors une routine où il court pratiquement tous les jours dix kilomètres afin de rester en forme, et pour développer son cardio. Il avait au fil des mois développé une endurance digne d’un marathonien.
Le 6 février, on retrouve le corps d’une femme de 24 ans poignardée à plusieurs reprises et s’étant vidée de son sang. 26 février, c’est au tour d’une adolescente de 17 ans de perdre la vie par arme blanche, puis le 22 avril et le 5 mai, deux étudiantes toutes deux de 20 ans sont poignardées. Pendant quelques mois, JEONG NAMGYU semble calmer ses pulsions, mais il ne tardera pas à recommencer, cette fois dans la ville d’Anyang où il agresse un homme de 50 ans chez lui. Il le frappa de manière répétée à la tête avec un objet contendant, le laissant lui aussi en vie, mais avec de multiples fractures au crâne. Chaque agression et meurtres se sont déroulés la nuit, entre minuit et quatre heures du matin, la plupart à l’aide de tuyaux, marteau, clef de bricolage ou couteau. Pour ne pas éveiller les soupçons, il prenait l’habitude de descendre plusieurs stations de métro à l’avance, et de marcher jusqu’à la zone où il comptait commettre son crime. De plus, il cachait ses armes dans ses quartiers de prédilections, afin de ne pas les porter sur lui en cas de problème.

À la même époque, de septembre 2003 à juillet 2004, un autre tueur en série sévit sur Séoul : YOO YOUNG CHUL. Tueur en série le plus célèbre du pays (surnommé le raincoat killer), il tua en seulement dix mois vingt-et-une personnes. Ce dernier ainsi que JEONG NAMGYU avaient les mêmes comportements, accumulant les condamnations pour vol et viol avant de commettre des meurtres. On attribua donc les victimes de JEONG NAMGYU à YOO YOUNG CHUL avant son arrestation en juillet, la population prenant conscience de l’existence d’un second meurtrier quand il recommença à tuer en août. Mais JEONG NAMGYU était méticuleux. Il avait par exemple coupé les semelles de ses chaussures afin de ne pas laisser d’empreinte de pas sur les scènes de crime.
“Je peux arrêter la cigarette, mais je ne peux pas arrêter de tuer.” – JEONG NAMGYU
Un fait différenciait pourtant les deux hommes. YOO YOUNG CHUL tuait principalement des riches, notamment aux alentours du quartier de Gangnam, à Séoul. JEONG NAMGYU, lui, préférait des quartiers plus calmes et pauvres, là où il n’y aurait pas beaucoup de caméras de surveillance pour observer ses méfaits. Son terrain de chasse favori devint rapidement un des quartiers les plus défavorisés, Guro, et les endroits alentour. Pour choisir ses victimes, rien de plus simple. Il s’en prenait aux jeunes filles qui rentraient chez elle tard le soir seules, ou agressait des personnes qui avaient oublié de fermer à clef leur domicile la nuit. Les agressions étaient donc des plus aléatoires.
La police découvrit plus tard à son domicile de nombreuses coupures de journaux parlant de ses crimes, ainsi que des articles sur la police scientifique à proximité de son lit et des livres sur le sujet. Il avait ainsi pour habitude de s’endormir en lisant sur lui, mais aussi sur ceux de YOO YOUNG CHUL, qu’il considéra comme un rival. Il déclara même que ce dernier n’était qu’un amateur à côté de lui et de ses “crimes parfaits”. JEONG NAMGYU présentait toutefois plus de traits sociopathes que YOO YOUNG CHUL, le premier tuant pour le plaisir tandis que le deuxième pour le contrôle. Dans les deux cas, il est très compliqué d’appréhender un serial killer s’il n’est pas arrêté rapidement, car il développe son mode opératoire et devient plus méticuleux et discret au fil du temps. Une course contre la montre débute donc à chaque fois qu’un meurtrier sévit.

À partir du printemps 2005, soit un an après le début des meurtres, il commença à mettre le feu aux appartements qu’il visitait, afin de faire disparaître les preuves de ses actes, en plus de porter des gants pour ne pas laisser d’empreintes. Le 6 avril, il attaque une dame de 71 ans et sa petite-fille de 13 ans chez elles, avant de mettre le feu. Par chance, les deux victimes s’en sortirent avec seulement des brûlures et blessures. Le 18 avril, une mère et son fils sont violemment attaqués la nuit alors qu’ils dormaient, souffrant de blessures traumatiques à la tête. En mai, il essaie de mettre le feu à une église, mais par chance ne fit aucune victime.
30 mai. JEONG NAMGYU s’en prend à une dame de 41 ans qui était en train de livrer des bouteilles de lait dans une rue et la tue. Le 19 octobre, après plusieurs mois de silence à nouveau, il s’introduit dans un appartement et viol une fille de 26 ans, puis l’étrangle, avant de s’en prendre à son frère de 23 ans en le frappant à la tête à l’aide de baguettes en bois, il bloqua la serrure de la porte d’entrée depuis l’extérieur pour éviter que le frère n’arrive à s’échapper après qu’il ait incendié la maison. Leur petite sœur, qui avait été épargnée des agressions, parvient à s’enfuir avec de graves brûlures.
Après avoir identifié ses zones de prédilections, s’élargissant à Anyang, Singil, Gwangak Yeongdeungpo, Gumcheon et Bongcheon, la police constata que la plupart des meurtres et des agressions se déroulaient les mardis pluvieux, donnant naissance à des légendes dans les zones touchées. Puis une nouvelle année débute, avec de nouveaux meurtres. Le 14 janvier 2006, deux ans jour pour jour après le meurtre des deux enfants, il viol chez elle une enfant de sept ans, mais s’enfuit lorsque son père arrive, alerté par les cris. Le 18 janvier, JEONG NAMGYU entre dans le domicile d’une famille dont aucun membre n’en ressortira indemne. Il commence par la fille de 17 ans qu’il frappa avec un objet contendant, comme à chaque fois, avant de l’étrangler. Il s’attaque ensuite aux autres enfants de la fille, de 21 ans et 12 ans, avec le même mode opératoire, pendant que le père de famille dort. Ce dernier se réveillera dans l’incendie de sa maison, souffrant de brûlures sur 76% de son corps.
La police est à cran dans les villes et districts concernés. Aucune trace du tueur, que ce soit par ADN, empreintes, ou caméras. Aucune piste, rien ne permettant d’émettre des suppositions sur l’auteur de ces crimes épouvantables. Mais par chance, il est finalement arrêté le 26 avril lorsqu’il attaque un homme de 24 ans, ripostant et aidé par son père. Tous deux parvinrent à le mettre à terre, et le maintinrent immobile en attendant la police. Ci-dessous, la carte de Séoul où il a réalisé ses crimes :

Lorsque de son arrestation, on appela KWON ILYONG, qui reconnut immédiatement JEONG NAMGYU. Le profiler fut chargé de son interrogatoire, et il prit soin de se focaliser tout particulièrement sur la jeunesse du meurtrier. Il constata qu’il ne le regardait pas dans les yeux lors de leurs confrontations, se focalisant sur le sol, prouvant un manque de confiance en lui et des difficultés de communication. Contre toute attente, JEONG NAMGYU collabora et avoua ses crimes, les uns après les autres, dénombrant pas moins de 33 victimes. Il s’exprimait alors en adoptant le point de vue d’une tierce personne plutôt que le meurtrier, se détachant de ses crimes. Mais la seule chose qu’il dit pour justifier ses meurtres, sans le moindre remords, fut :
“Je souhaitais sentir plus de sang, car le sang a une odeur merveilleuse comme le parfum” – JEONG NAMGYU
Il continua d’avouer ses meurtres, innocentant certains attribués à YOO YOUNG CHUL dont le dernier avait même dû faire des reconstitutions. Ainsi, des reconstitutions ont dû être refaites avec JEONG NAMGYU qui, lors d’une d’entre elles, reçut un pot de fleurs qu’une mère de victime lui a lancé. En réponse, le tueur en série rigola, prouvant à nouveau son absence de remords. Il fallut ensuite attendre le 21 septembre pour que se tienne le procès qui le condamna à mort. Ses avocats firent appel, prétextant qu’il avait une altération du jugement ne le rendant pas pleinement coupable de ses actes compte tenu des sévices qu’il a subis dans l’enfance. On lui fit passer des tests psychiatriques et psychopathiques, positifs dans les cas, lui attribuant un cas sévère de personnalité antisociale.
Il agissait donc en pleine connaissance de ses actes. On lui donna le titre de “tueur en série hédoniste”, quelqu’un tuant simplement pour le plaisir. Lors du procès, il avoua ne pas se sentir désolé pour les victimes car il avait ressentis du plaisir à chaque meurtre et agression, et même une certaine fierté. Il accusa simplement la société qui ne l’avait jamais aidé dans son enfance, et c’est ainsi que le 12 avril 2007, la peine de mort fut prononcée une seconde fois, sans possibilité de faire appel, représentant un danger de récidive certain. Toutefois, la Corée n’a pas prononcée de peine de mort depuis 1997, et plutôt que d’attendre dans le couloir de la mort sans raison de vivre, les meurtres étant sa seule forme de plaisir, JEONG NAMGYU se pendit dans sa cellule le 21 novembre 2009 avec une corde faîte de sacs plastiques.

On l’emmena à l’hôpital pour tenter de le réanimer, mais il fut déclaré en mort cérébrale le lendemain, son cerveau ayant été privé d’oxygène trop longtemps. C’est à 40 ans qu’il décède, vingt ans après avoir commis son premier crime. Une vie qui oscilla donc entre l’ombre et la lumière, laissant derrière lui de nombreuses victimes. En réponse, la ville de Séoul a mis en place de nombreuses caméras de surveillance dans toute la ville, en particulier dans les quartiers pauvres qui avaient été touchés pour cette raison précise.
On reprocha à la police d’avoir négligé leurs enquêtes, attribuant les meurtres de JEONG NAMGYU à YOO YOUNG CHUL sans recherches plus approfondies. Mais JEONG NAMGYU n’aimait pas que ses crimes soient attribués à d’autres, son but ayant même pu être d’avoir souhaité devenir le tueur le plus prolifique de l’histoire. Lorsqu’on lui demanda pourquoi il n’avait pas cherché plutôt à se venger des agressions subies dans le passé, il répondit qu’il avait préféré s’en prendre à plus faible que lui, démontrant une volonté de supériorité. Malheureusement, le nombre de victimes qu’il laissa derrière lui était en réalité plus grand, certains proches se suicidant après avoir perdu un membre de leur famille dans de si horribles circonstances.
Cette affaire relança la question de la peine de mort : doit-elle être appliquée, ou doit-on laisser dans le couloir de la mort les coupables des années durant ? De 1948 jusqu’en 1997, la Corée du Sud a exécuté 920 personnes et 82 se sont suicidés dans le couloir de la mort entre 2004 et 2009. La peine de mort est une question qui a souvent été soulevé, encore une fois cette année lors de la condamnation de l’ancien président YOON SUKYEOL pour avoir proclamé la loi martial le 3 décembre 2024. Donnez-nous votre avis sur la question en commentaire !

Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos, en hyperlien