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Le tout premier KSIS de l’année 2025 nous plonge quelques siècles en arrière, dans les dédales de palais royaux au cœur même du pouvoir coréen. A une époque où la péninsule n’était pas divisée en deux pays, frères mais ennemis, vivait le Prince Sado, au nom aussi inhabituel qu’au destin tragique.

Il est né le 13 février 1735, après que ses parents ont pleuré de longues années la mort de leur premier fils, le Prince Hyojang, décédé en 1728. Le roi Yeongjo, alors 21e monarque de Corée, avait besoin d’une descendance et c’est par chance que naquit le Prince Sado, qui fut officiellement nommé prince héritier à l’âge de deux ans. Rapidement, il gagne en popularité de part son intelligence et son intérêt en politique.
A quinze ans, il commence à codiriger en tant que prince régent, mais seulement douze ans plus tard il sera exécuté par son propre père, en 1762.
Au 18e siècle, la situation politique de la cour royale était instable. Le roi Yeongjo faisait de son mieux pour résoudre des conflits entre son peuple et les différentes familles influentes dans le pays, mais le prince Sado était constamment pris pour cible par les clans présents à la cour après être devenu prince régent et être entré dans la vingtaine. Son épouse, la princesse Hyegyeong, a écrit dans ses mémoires que les clans et les ministres cherchaient à faire reconnaître Sado comme étant fou, auprès de son père le roi. De telles accusations survinrent dans un premier temps parce que Sado n’aimait pas les traditions, parfois trop sévères, de la politique royale. Mais rapidement, il est accusé de crimes graves dont n’importe quel homme, pas même un prince, n’en ressort indemne.

C’est aux alentours de 1752-1753 que le prince commença à montrer des signes précurseurs d’une maladie mentale, initialement interprétés comme étant une forme de rébellion de Sado afin de défier l’autorité de son père avec qui il n’entretient pas de bons rapports filiaux. En effet, chaque occasion était bonne pour le roi, pour blâmer son fils, qui était selon lui moins bon en tout point que son défunt grand-frère. Yeongjo lui rappelait régulièrement que Sado n’a vu le jour que parce qu’il avait besoin d’un héritier et non par amour, et ce manque d’amour Sado le ressentait au plus profond de son être, depuis la petite enfance jusqu’à sa mort.
Tout au long de la vie de Sado, son épouse fera tout pour le protéger des villes accusations qu’il subit, affirmant qu’il est un mari et un père exemplaire pour leur fils. Des médecins considèrent aujourd’hui qu’il aurait pourtant pu souffrir d’un trouble bipolaire, présentant des symptômes tels que des fluctuations de l’humeur, de l’anxiété, des tendances suicidaires et agressives, et un délire de persécution. Toutefois, les nombreux complots de la cour royale n’excluent pas l’hypothèse qu’il ait été exécuté pour l’écarter du pouvoir avant tout. De plus, quand Sado commença à se détacher des traditions, il se tourna vers les arts martiaux et la stratégie militaire, ce qui aurait pu effrayer ses rivaux.
Yeongjo était lui aussi réputé pour être un roi instable. Dès lors que ses ministres ne se pliaient pas à sa volonté, il les menaçait d’abdiquer et de laisser Sado, qui n’était alors qu’un enfant, monter sur le trône pour les gouverner comme des poupées. En grandissant, Sado commence à montrer des signes d’une divergence politique vis-à-vis de son père, soutenant ses ennemis et les protégeant de peines capitales lorsque le roi souhaite les exécuter. Les alliés du roi saisirent cette occasion pour accuser Sado de trahison, affirmant que lui aussi complotait dans le dos de Yeongjo pour le renverser du trône. D’autres faits troublants ont été reprochés au prince, concernant sa santé mentale.

La princesse a raconté dans ses mémoires à quel point Sado présentait une aversion pour les vêtements, et aimait se balader dans le palais nu. C’était aussi une parade pour ne pas avoir à confronter son père, qui lui refusait de voir son fils sans l’étoffe d’un prince. Lors d’une phase dissociative, le prince aurait même tué des domestiques et des eunuques, et mis le feu à plusieurs reprises au palais où il séjournait, dans la ville actuelle de Suwon à une heure de Séoul. Des années plus tard, lorsque le fils de Sado, Jeongjo, deviendra roi à son tour, il mettra un point d’honneur à rétablir l’image de son père, victime de la politique et de la froideur de son paternel.
Lorsque Yeongjo en eut marre de son fils, peut-être par pression des clans à la cour, il décida d’exécuter le prince Sado le 12 juillet 1762. Ne parvenant pas à le tuer lui-même de ses mains, il choisit de l’exécuter en suivant le protocole pour les mises à mort des coupables jugés de haute trahison envers le roi : être enterré vivant. Sado fut donc enfermé dans un coffre à riz et mis sous terre sans eau ni nourriture, où il finit par mourir d’asphyxie une semaine plus tard. Sur une épitaphe réalisée ultérieurement par Yeongjo, on peut y lire le regret qu’il a éprouvé de devoir tuer son fils, en mettant néanmoins l’accent sur le fait que c’est Sado qu’il l’aurait poussé dans ses retranchements et donc, qu’il n’a pas eu le choix.
Le roi aurait traité Sado toute sa vie de moins que rien, l’accusant de ne pas être assez intelligent pour gouverner alors qu’il excellait dans toutes les matières qu’on lui enseignait, mais lui reprochant également d’être prince régent alors que le roi était toujours sur le trône. Cette ambivalence constante conduisit à une anxiété chronique chez Sado, s’inquiétant à chaque prise de décision qu’il pouvait faire. Ce stress perpétuel est peut-être la source de sa sénilité, en devenant violent auprès des gens qu’il aimait tels une concubine qu’il tua de colère, et un de ses enfants qu’il projeta contre un mur.

Le Docteur LEE BYUNGWOOK du département psychiatrique de l’université de médecine Hallym établis une liste des raisons qui auraient pu conduire Sado à la folie :
- Il avait une peur maladive de la castration.
- Son père était envieux de son fils, mais le méprisait pour ça.
- Syndrome d’Oedipe.
- Rébellion du prince mettant en avant la faiblesse du roi.
- Isolement forcé du prince et manque de protection.
- Séparé dans la petite enfance de sa mère, conduisant à un syndrôme de l’abandon et une difficulté de faire confiance aux autres.
- Déviances sexuelles, violence, et meurtres.
- Difficultés dans son mariage à cause de différences politiques avec son épouse.
Une autre hypothèse qui a été soulevée par l’écrivain MARC HAMPSINK était que le prince souffrait potentiellement de syphilis. Cette hypothèse a émergé lorsque l’écrivain découvre que trois des consuls de la cour royale ainsi que le médecin privé de Sado se sont donné la mort, comme pour protéger un secret inavouable. Certains domestiques auraient également constaté des marques étranges sur la peau du prince, potentiellement dû à la maladie. Une autre théorie est qu’il aurait eu des relations incestueuses avec sa sœur, la princesse Hwawan. Ce qu’il est certain, c’est que le roi Yeongjo a enterré tous les secrets de son fils avec lui, dans cette fameuse boîte à riz.
La mort de Sado est une affaire continuant de bouleverser la Corée. Aujourd’hui, les touristes se rendant dans le palais Hwaseong Haenggung à Suwon peuvent y voir des boîtes à riz, présentées au public afin qu’il puisse se rendre compte du calvaire subi par le prince. De plus, sa mort fit l’objet de différentes séries, comme “Secret door” en 2014, ou encore le film très connu “The throne” de 2015. Il est également possible de lire les journaux de la Princesse Hyegyeong, publiés dans le livre “Mémoires d’une reine de Corée”.

Journaliste : Pillet Anaïs
Photos : Sous les images
Source : KSTATION TV