KATHY & SANDRA - CBS NEWS
Dans un monde en perpétuel mouvement, les échanges internationaux et les expatriations fusent et deviennent monnaie courante. Les envies de voyager se développent, et il n’est plus rare de rencontrer des étrangers ayant fait le choix de partir vivre leur rêve dans un pays à l’autre bout du monde.

C’est le choix qu’à fait CAROLYN JOYCE ABEL, qui tout juste âgée de 26 ans décide en 1988 d’accepter un poste de professeur d’anglais sur Séoul, dans l’établissement ELS — English Language School —.
CAROLYN a toujours eu des rêves de voyages et d’évasion. À sa sortie de l’université, la jeune Américaine part sillonner le monde, vivant sporadiquement au Pakistan, en France, en Allemagne, avant de commencer à enseigner l’anglais au Népal. Elle finit par trouver un emploi au Japon, où elle fait la rencontre de TOMOYUKI AYAGAKI avec qui elle tisse des liens étroits, jusqu’à ce qu’il la demande en mariage. Se considérant encore jeune, et ayant toujours soif d’aventures, la perspective d’une vie calme, mariée, l’effraya, et pour prendre du recul et peser le pour et le contre, elle décida de se rendre en Corée en septembre 1988, où elle débute son nouveau travail, après avoir laissé TOMOYUKI seul au Japon.
« Ma mère disait qu’en rétrospective, c’est comme si [CAROLYN] savait qu’elle n’avait plus beaucoup de temps… Elle souhaitait faire tout ce dont elle était capable avec le temps qui lui restait, et ne pas perdre une seule seconde » – WANDA ABEL, sœur de CAROLYN.
CAROLYN débute rapidement son poste, et sympathise avec ses collègues qui lui font visiter Séoul et les environs. Elle gagne la réputation d’une professeur drôle et aimante, chantant régulièrement avec ses élèves, et de quelqu’un de sociable, voir peut-être trop, ne se méfiant pas à l’approche d’un inconnu. KATHY PATRICK, une des enseignantes principales de la ELS, se positionne rapidement comme son amie proche, voyageant ensemble, et se retrouvant régulièrement pour faire la fête dans le quartier d’Itaewon qui à l’époque avait la réputation d’être le quartier rouge de la capitale coréenne.
Le 20 octobre, CAROLYN ne se présente pas à son travail, après l’avoir quitté la veille vers 22h30. Trois jours plus tôt, TOMOYUKI avait pris un avion pour la Corée dans l’espoir de rencontrer la femme avec qui il veut passer le restant de ses jours, afin de lui demander une réponse à sa demande en mariage. Toutefois, n’ayant pas réussi à trouver le temps de se voir, le japonais ne pourra jamais obtenir de réponse à sa question fatidique. KATHY, inquiète car CAROLYN ne répond pas au téléphone non plus, décide avec quelques élèves de se rendre dans son appartement aux alentours de 12h30, qui à la surprise de tous n’était pas fermé, et dont les affaires avaient été mises sens dessus dessous. Dans la chambre, effarée, KATHY découvre le corps sans vie de CAROLYN.

KATHY est la première à pénétrer dans l’appartement, essayant d’empêcher les élèves de voir le corps de CAROLYN. Cette dernière présente de nombreuses plaies défensives, et plus de trente coups de couteau, ainsi qu’une lacération à la gorge, d’une oreille à l’autre. Rapidement, TOMOYUKI est suspecté, la police envisageant une vengeance après que CAROLYN se soit « enfuie » en Corée. Toutefois, son alibi a permit rapidement de l’écarter de la liste des suspects, qui se recentra alors sur KATHY pour avoir trouvé le corps. Tous les enseignants et personnels travaillant dans l’ELS ont également été interrogés, la police leur demandant même si certains étaient envoyés en Corée en tant qu’espions pour le FBI.
Un jour, l’enseignante reçut un coup de fil anonyme, affirmant que CAROLYN a été assassiné par un officier militaire américain déployé dans le camp d’Itaewon. La police coréenne fit donc venir des États-Unis JOHN BOATWRIGHT, chef des détectives de la division des enquêtes criminelles de l’armée, afin d’enquêter au cœur du camp, mais on découvrit que l’appel provenait d’une coréenne qui, énervée d’avoir été quittée par l’officier américain, l’a dénoncé injustement afin de lui faire payer pour la rupture. L’homme fut blanchi, n’ayant même jamais rencontré CAROLYN de sa vie. Quelques semaines après le meurtre, KATHY décida finalement de quitter la Corée, et de rentrer à Washington, alors que la police se tourne vers une autre suspecte présente aussi lors de la découverte du corps : SANDRA AMES.
L’autopsie de CAROLYN établit qu’elle est décédé d’un coup de couteau au poumon droit, et que son égorgement est post-mortem. On comprit également que le meurtrier devait connaître la victime, car il n’y avait pas de traces d’effractions, et que deux tasses de café avaient été retrouvées dans l’appartement. SANDRA ayant accompagné KATHY et ses élèves le 20, elle fut placée au même titre que KATHY sur la liste des potentiels meurtriers, et pris rapidement un avocat après avoir hésité pendant son interrogatoire à répondre « non » à la question « Avez-vous tué CAROLYN ABEL ? ». Elle fut soumise à un détecteur de mensonges, qui statua sur le fait qu’elle ne disait pas la vérité, et qu’elle savait où se trouvait l’arme du crime. Finalement, après plusieurs jours d’interrogatoire, elle finit par déclarer que KATHY avait tué CAROLYN, puis l’implora pour l’aider à faire passer ça pour un cambriolage ayant mal tourné. Le soir du meurtre, quand SANDRA est arrivée à l’appartement après avoir été contactée par KATHY, elle a découvert le corps encore chaud de CAROLYN et par précaution, l’égorgea.
« Je suis allée dans la cuisine, pris un couteau, et après être revenu je lui ais tranché la gorge pour m’assurer qu’elle soit morte ». — SANDRA AMES
Pourtant, lors de sa déposition officielle, elle a déclaré que ce fut KATHY qui avait commis cet acte ultime. SANDRA, elle, n’aurait que nettoyé le couteau et aidé à mettre en désordre l’appartement. Au fil du temps, elle changea de versions plusieurs fois, afin d’être de moins en moins impliquée, mais cinq mois après le meurtre, elle plaida finalement coupable d’avoir hébergé un criminel, étant la colocataire de KATHY, et d’avoir supprimé et falsifié des preuves, notamment en ayant nettoyé le couteau. Elle reçut seulement un an de prison, mais fut relâchée au bout de six mois après avoir payé un juge pour qu’elle soit libérée plus tôt, et retourna aussitôt à Washington à son tour.
Un autre professeur, TAMARA DOAK, avança l’hypothèse que KATHY a tué CAROLYN par « amour ». En effet, KATHY aurait avoué ses sentiments à CAROLYN, qui la rejeta n’étant pas lesbienne, et dans une situation déjà compliquée avec TOMOYUKI, et de jalousie de ne pas pouvoir être avec elle, l’aurait tué. Un mandat d’arrêt fut déposé contre KATHY, mais aucun traité d’extradition entre les États-Unis n’existant, et près de quarante ans après le meurtre, jamais KATHY ne fut renvoyée en Corée pour être confrontée à la justice. Du point de vue des États-Unis, comme elle n’a pas commis le crime — dont elle reste présumée coupable — sur le territoire américain, il n’est pas possible de l’inculper.

Le FBI demanda donc au retour de SANDRA de les aider à coincer son ex-colocataire, mais en vain. Depuis, KATHY accuse SANDRA d’être la véritable coupable et vice-versa. Quant à la famille de CAROLYN, elle porte plainte contre le gouvernement et la justice américaine afin d’arrêter KATHY, qui là encore conduisit à un échec. Cette dernière chercha même à prendre contact avec la famille, mais effrayée des répercussions potentielles, celle-ci refusa toute rencontre. L’avocat américain en charge de l’affaire à l’époque, STEVEN SHROEDER, chercha à inculper KATHY pour parjure, fausse déposition, ou obstruction à la justice afin qu’elle soit derrière les barreaux, mais tout fut classé sans suite. Elle ne fut donc jamais arrêtée et continua d’être professeur des décennies durant.
Même si le crime de CAROLYN reste impuni, le Congrès américain passa une loi en 1994 afin de pouvoir inculper tous ressortissants américains sur leur territoire s’ils ont commis un meurtre d’un autre américain, quel que soit le pays dans le monde. Ainsi, si une affaire similaire se représente un jour, il sera possible d’arrêter le coupable. En Corée, l’affaire a depuis été classée sans suite, et le délai de prescription a expiré. La famille de CAROLYN n’obtiendra alors jamais de réponses à leurs nombreuses questions.
Journaliste : Pillet Anaïs
Photos : sous les photos
Sources : KSTATION TV