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Un an et demi après le lancement de cette série d’articles KSIS, un constat peut être fait : celui que près de la moitié des cas recensés touchent des enfants. Aujourd’hui en est encore l’exemple, puis que nous remontons le temps une nouvelle fois pour découvrir la tragique histoire de LEE HYEONGHO, disparu et assassiné alors qu’il n’était âgé de seulement neuf ans.

Apgujeong est un quartier résidentiel assez tranquille de Séoul, connu aujourd’hui pour ses cafés branchés et ses boutiques chics. C’est pourtant là, dans un air de jeu pour enfants, que le jeune HYEONGHO se fait kidnapper le 29 janvier 1991, sans laisser de traces. C’est ainsi que débute un jeu du chat et de la souris, entre les parents affolés d’avoir perdu leur fils et le kidnappeur, un homme identifié comme étant dans la trentaine. Seulement trois heures après le kidnapping, qui a eu lieu dans les alentours de 18h, l’homme passe un coup de fil à la famille, demandant une rançon de 70 millions de won (environ 44.500€) ainsi qu’une voiture dotée d’un téléphone fixe en son sein (car phone).
Puis, en l’espace de deux semaines, 60 appels furent passés.
C’est à l’aide de cette voiture possédant un téléphone intégré que le kidnappeur n’a pas pu être tracé par la police, et les détectives menant l’enquête. Initialement, il avait été convenu que le père de famille apporte la voiture avec l’argent sur le parking de l’aéroport de Gimpo, avant de prendre un bus pour rentrer chez lui pendant que le criminel viendrait récupérer la voiture. Craignant toutefois d’être intercepté par la police, il ne se présenta pas au rendez-vous, mais en fut témoin d’une manière ou d’une autre, car lors d’un nouveau coup de fil au père, il se plaint de la présence de la police dans les environs. En effet, dans le coffre de la voiture, se trouvait un détective sous couverture caché et attendant de piéger le kidnappeur.
La voiture fut donc changée de place, à la demande de l’homme, mais deux autres personnes qui passèrent dans le coin virent l’argent sur le siège avant et tentèrent de le voler à leur tour, avant d’être appréhendées par la police qui pensa qu’ils étaient les véritables coupables. Une nouvelle fois en colère, le kidnappeur ordonna à la famille de cesser d’impliquer la police, sous laquelle elle ne reverrait jamais HYEONGHO.

Comme il sembla compliqué pour l’homme de récupérer l’argent en personne, il décida d’ouvrir un compte en banque spécialement pour l’occasion sous le nom de YOON JEONGSOO et un autre sous le nom de KIM JOOSUN, afin de brouiller les pistes. À la suite d’un énième appel, il indiqua à la belle-mère du petit-garçon de se rendre à un endroit précis où elle trouverait un papier dans une poubelle avec les numéros de compte en banque dessus, afin de faire un virement de 20 millions de won sur chacun, baissant la rançon totale à 40 millions de won, soit 25.500€. La police lui conseilla toutefois de ne verser que la moitié par précaution, enquêtant alors pour retrouver le véritable propriétaire des comptes.
L’homme découvrant l’implication des forces de l’ordre une nouvelle fois posa un ultimatum à la famille, exigeant qu’elle aille déposer le reste de l’argent dans un sac sous un pont de Séoul, avec une note laissée à l’endroit où elle devait le mettre. La police au courant, elle ne parvint quand même pas à attraper le criminel, qui repartit avec le sac et décida de couper tous liens avec les parents quand il découvrit que les billets étaient des faux. Le 13 février, le dernier appel fut passé.
Le 19 février, un homme chercha à récupérer l’argent présent sur le compte en banque, mais malgré qu’il fût coupé dans ses actions par un agent de la banque, il put s’enfuir. À l’époque, comme les caméras de surveillance n’étaient pas aussi répandues que maintenant, on ne retrouva jamais la trace du kidnappeur. En outre, il n’était pas non plus nécessaire de donner ses empreintes digitales pour ouvrir un compte bancaire, rendant cette piste-là aussi nulle.
C’est alors que le 13 mars, aux alentours de midi, un petit corps est retrouvé dans un canal de drainage des eaux usées, sans vie.

HYEONGHO avait les extrémités liées. Ses yeux, son nez, et sa bouche, maintenus par du scotch. Après avoir été agressé, il serait mort d’asphyxie, ne pouvant pas respirer à cause du ruban adhésif. L’autopsie révéla qu’il avait été assassiné le jour de sa disparition en se basant sur les restes de nourriture dans son estomac, mettant en lumière la torture psychologique qu’a fait éprouver le criminel aux parents, leur faisant garder espoir alors qu’ils ne reverraient jamais leur fils.
C’est à la découverte du corps que l’enquête devint publique, la police cherchant d’éventuels témoins dans l’affaire. Deux personnes dirent alors avoir vu le garçon avec un homme ayant la vingtaine, trahissant l’image que l’on se faisait de lui au téléphone quand en ayant dix ans de plus. Après des recherches plus poussées, les pistes quant à ces deux témoignages furent écartées. L’institut national de la police scientifique demanda de récupérer les bandes-son des appels téléphoniques, afin d’analyser la voix du meurtrier.
« Je veux savoir pourquoi tu as fait ça. Si tu as besoin d’argent, je t’en donnerai, mais excuse-toi auprès de HYEONGHO et ensuite je te pardonnerai » — Père de HYEONGHO

Coup de rebondissement : la voix du criminel correspond à la voix du cousin de HYEONGHO, âgé de 29 ans au moment des faits. On dit de lui qu’il aurait une relation tumultueuse avec le père du garçon après qu’il ait divorcé de sa mère. Le cousin constatant la détresse de sa tante qui se retrouva dans une situation précaire sans le sou décida de la venger. Il se serait plaint aussi que le grand-père de HYEONGHO coupa les vivres de sa tante après le divorce, lui qui était le plus riche de la famille. Étant un membre de la famille, l’enfant ne se serait sans doute pas méfié et aurait suivi son cousin, menant à son kidnapping par la suite.
Le cousin apporta toutefois l’alibi comme étant à Gyeongju ce jour-là, une ville dans le sud-est de la Corée, ce qui fut confirmé grâce au témoignage d’une autre personne, que la police suspecta de mentir pour le protéger. Mais faute de preuves incriminantes, il fut relâché. Même si la voix semblait être la même que celle du kidnappeur au téléphone, cette technique n’est pas infaillible et donc ne peut pas avoir le même poids pour accuser quelqu’un.
On apprit alors qu’un détective aurait pu appréhender le tueur, lorsqu’il avait cherché à récupérer la voiture, mais qu’ayant peur de se faire remarquer et être en danger, préféra ne pas le suivre. Ainsi, cette affaire n’est à ce jour pas résolue, et le délai de prescription expira en 2006. On avança aussi l’hypothèse que deux personnes étaient impliquées dans l’enlèvement, mais cette piste ne put être examinée davantage. Une nouvelle analyse plus poussée de la voix fut réalisée en 2001, et détermina que le cousin n’en était pas l’auteur.
Lors de l’émission « I WANT TO KNOW THAT » diffusée en 2011, on insista sur le fait que potentiellement il n’y avait pas un coupable, ni deux, mais peut-être en réalité trois : un pour les appels, un complice pour l’alibi, et un pour essayer de récupérer l’argent et la voiture. Le suspect, devenant multiple, peut donc très bien être un proche de l’enfant ou de sa famille après tout. Différents portraits-robots furent réalisés en se basant sur la description de l’agent de la banque, ainsi que des analystes qui estimèrent la forme du visage de la personne appelant basé sur sa hauteur de voix et sa diction, des portraits-robots qui divergeaient sur plusieurs points comme la longueur du visage et de la mâchoire par exemple.

En outre, on pointa du doigt un détail crucial : au téléphone, le criminel s’exprimait toujours à l’aide de « nous » et non « je ». Ainsi, le cousin aurait pu passer les coups de fil depuis Gyeongju, tandis que d’autres auraient agi sur Séoul. Quant aux différences remarquées sur la voix entre le cousin et les appels, on supposa qu’il aurait pu porter un masque pour camoufler sa voix. Le coupable n’étant jamais trouvé, le père de HYEONGHO sombra dans l’alcoolémie, se sentant coupable de ne pas avoir pu aider son fils.
En 2007, PARK JINPYO réalisa le film « Voice of a Murderer », parlant de cette histoire. Troisième film le plus rentable cette année-là en Corée, certains détails ont été modifiés (comme le montant de la rançon passant à $100.000), mais semble malgré tout fidèle dans la chronologie des évènements. À la sortie du film, le réalisateur déclara :
« J’espère qu’il [le criminel] regardera le film, qu’il sache que nous n’oublions pas ses actes » —PARK JINPYO
Il tenait à faire parler de cette histoire afin de montrer le caractère absurde d’un délai de prescription aussi court pour les affaires concernant les mineurs. Il jugea toutefois nécessaire de demander l’accord des parents avant de faire le film, et eu le droit d’utiliser les bandes-son originales des appels. Au final, il ne resta rien d’autre comme preuve que ces bandes-sons. Pas d’empreintes, pas d’ADN, pas de vidéos de surveillance, rien.

Au total, les appels passés par le tueur durèrent 1h25, mais le délai de prescription étant passé, cette enquête est et restera à jamais classée sans suite, un énième cold case marquant tristement la Corée.
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources: KSTATION TV, sous les photos