History
Nouveau hors-série pour la rentrée, nous plongeant dans les coulisses de la guerre qui déchira la péninsule en deux. Comment, et pourquoi, la guerre a éclaté ?

Alors que le 6 et le 9 août 1945 les deux bombes atomiques sont lâchées, le Japon capitule et la Corée est libérée d’une occupation de 35 ans. Mais aussitôt la fin des hostilités déclarée, les US et l’URSS décident de couper la péninsule en deux, au 38° parallèle. Ainsi, les troupes militaires américaines élisent domicile dans le Sud, et les troupes russes dans le Nord. Ceux sont les US qui ont proposé à l’URSS de couper équitablement au 38° parallèle, bien que les forces de frappe russe soient plus fortes et pouvaient demander plus. Mais l’URSS étant davantage intéressée par l’acquisition de la Mandchourie, elle accepta l’accord. En août, à la suite des deux bombes, les Russes prirent possession du nord de la Corée, avec à leur tête le Général IVAN CHISTYAKOV, et les Américains firent de même en septembre, puis les conflits commencèrent entre le Nord et le Sud. La Corée était libérée d’une occupation, pour retomber sous les couperets d’une autre, coupant le pays en deux.
Au Nord, le régime adopté est le socialo-communisme, alors qu’au Sud, le capitalisme, deux régimes que tout oppose. Les Coréens avaient pourtant préparé l’établissement d’un nouveau gouvernement dans la perspective qu’un jour, ils soient libérés du Japon. Le CPKI fut créé le 15 août 1945 par LYUH WOONHYUNG, Comité pour la Préparation de l’Indépendance de la Corée. Le jour où le Japon capitula, 5.000 Coréens se sont retrouvés dans une école, où LYUH déclara :
« Le jour de la libération de la Corée est maintenant arrivé. Maintenant que nous avons fait nos premiers pas dans la liberté, nous devons oublier la douleur et la rancune du passé pour construire un paradis rationnel et idéal dans ce pays. Nous devons marcher vers l’avenir dans l’union et la solidarité. »
Mais les US ne reconnaissant pas la légitimité du gouvernement provisoire de Shanghai dirigé à l’époque par KIM GU, ils proclamèrent que seul leur gouvernement nommé USAMGIK (United States Army Military Government in Korea) était le seul gouvernement reconnu dans le sud de la péninsule. Le but des US était alors d’utiliser cette partie du pays à leur avantage pour contrer éventuellement l’URSS en cas de conflit, et non pas la reconstruction du pays. Deux ans plus tard, LYUH fut assassiné. Mais avant cela, en décembre 1945, les ministres des Affaires étrangères des US, UK et de l’URSS se retrouvèrent à Moscou pour discuter du futur de la Corée. Les US proposèrent de placer la Corée sous protectorat de quatre pays, ajoutant les UK ainsi que la Chine, pour cinq ans, mais les URSS votèrent en faveur de l’établissement d’un gouvernement provisoire.

Quelques années avant la libération du Japon, ROOSEVELT avait proposé une période de tutelle de 20 à 30 ans pour gouverner la Corée, considérant que le pays ne serait pas à même de le faire une fois le Japon défait. Cette proposition fut acceptée par STALINE, les deux pays étant intéressés pour étendre leur sphère d’influence, et la rencontre à Moscou en décembre découla sur l’établissement du gouvernement provisoire à l’image d’une tutelle, ce qui rendit fou de rage les Coréens qui ne voulaient pas être contrôlés à nouveau. Des mouvements anti-tutelle virent le jour, ceux s’y opposant étant considérés comme des patriotes, et ceux pour comme des traîtres. Quatre points ont été acceptés lors de la conférence de Moscou :
- Un gouvernement démocratique provisoire doit être établi en Corée afin que le pays se reconstruise en état indépendant.
- Afin d’aider à la mise en place du gouvernement provisoire, un représentant américain de la Corée du Sud et un représentant russe de la Corée du Nord doivent se rencontrer au sein d’une commission Américano-Russe jointe.
- Les propositions de la commission jointe, après avoir été discutée avec le gouvernement provisoire coréen, seront soumises aux US, UK, à l’URSS et à la Chine en accord avec la période de tutelle décidée de cinq ans.
- Les représentants américain et russe devront tenir une réunion d’état d’urgence d’ici deux semaines pour discuter des points urgents à régler entre le Nord et le Sud.
Le pays commence à se déchirer entre capitalistes et socialistes, les anciens pro-japonais se rangeant du côté des capitalistes, alimentés par la Guerre froide qui prendra place de 1947 à 1991. Alors qu’ils étaient alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, les US et l’URSS se tournèrent le dos et devinrent des rivales de par leur politique trop éloignée. Ce schéma où deux politiques coupèrent un pays en deux s’observa au même moment en Allemagne et au Vietnam, mais ces deux pays ont réussi à surpasser les différends pour être à nouveau unis aujourd’hui, contrairement à la Corée.

Trois ans après sa libération, la Corée n’avait toujours pas réussi à mettre en place un état indépendant, n’arrivant pas par exemple à créer une Assemblée nationale où le Nord et le Sud pourrait voter leurs représentants. Le gouvernement provisoire était alors gouverné par KIM GU, considéré comme un activiste pour l’indépendance très respecté, et était contre les élections seulement dans le Sud, conscient que cela scinderait le pays davantage. Toutefois, des élections finirent par être tenues dans le Sud, résultant de la pression observée par les US et l’URSS, à la suite des débuts de la Guerre froide. La fin de la tutelle approchant dans deux ans, les deux pays cherchaient chacun une solution afin que la Corée tombe sous leur gouvernance totale. Les conditions de la conférence de Moscou n’étant pas respectées, les US avertirent les Nations Unies, et une commission temporaire sur la Corée fut créée, afin de superviser des élections générales dans le Nord et le Sud, avec des places à l’Assemblée attribuée proportionnellement au nombre d’habitants dans chaque partie de la péninsule.
L’URSS s’opposa alors à ce que les troupes des Nations Unies pénètrent au nord de la Corée, contrairement à la demande de KIM GU pour l’aide à l’établissement d’un gouvernement rendant la Corée libre, indépendante, et unie. Face au refus russe, les US exigèrent des élections dans le Sud, approuvées par le comité intérim de l’assemblée générale des Nations Unies en février 1948. Les premières élections du 20° siècle en Corée, au Sud, furent fixées à la date du 10 mai. En réponse, KIM GU fit une annonce avant de se rendre dans le Nord, devant son domicile, où il dit :
« Je ne coopérais jamais avec l’établissement d’un gouvernement pour le Sud uniquement, même si je suis coupé en deux par le 38° parallèle en essayant de créer une patrie unifiée. Mes trente millions de frères et sœurs coréens, c’est la seule chose que je peux dire après aveuglée de larmes de regret. Je vous conjure de considérer notre situation difficile avec prudence, et de penser au futur du pays. »

Résolu à discuter avec les politiciens du Nord, KIM GU leur fit passer une lettre par l’intermédiaire des UK et de l’URSS, où il proposa de tenir une conférence pour que les leaders du Sud et du Nord se réunissent et décident d’une élection conjointe entre les deux pays. Le Nord accepta, proposant une réunion le 14 avril à Pyongyang. KIM traversa le 38° parallèle quelques jours plus tard, le 19 avril, avec son secrétaire SEONU JIN et son fils KIM SIN, puis rejoint par KIM GYUSIK, le leader d’un groupe activiste. Après avoir rencontré KIM ILSUNG au Nord, ils se mirent d’accord sur différents points :
- Les troupes militaires US et URSS doivent être retirées de la péninsule au même moment au Nord et au Sud.
- Un parlement unifié doit être créé à l’issue d’élection démocratique dans tout le pays.
- Un gouvernement démocratique unifié doit être implanté avec sa constitution.
- Rejet des élections du Sud le 10 mai 1948, et si elles sont passées de force, rejeter les résultats.
De retour dans le Sud le 5 mai, KIM GU demanda le retrait des troupes américaines et l’annulation des élections, mais ses demandes furent rejetées. La République de Corée fut alors inaugurée dans le Sud à la suite des élections, où SYNGMAN RHEE devint officiellement le tout premier président le 24 juillet 1948. En réponse, le Nord proclama la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre avec à sa tête KIM ILSUNG, rendant la séparation du pays en deux définitive. SYNGMAN RHEE et KIM GU étaient tous deux des activistes influents et respectés, mais SYNGMAN RHEE fut préféré par les US. Quelque temps avant, le 3 avril, éclata une révolte à Jeju, s’opposant au vote du 10 mai, interdisant l’accès à deux des trois bureaux de vote présents sur l’île. Une fois SYNGMAN RHEE président, l’armée fut envoyée à Jeju pour chercher si s’y trouvait des sympathisants du Nord et du régime socialo-communiste. La situation leur échappant des mains, beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants furent tués et deux tiers des villages de l’île furent réduits en cendre. Un mémorial a depuis été inauguré.

KIM GU naquit en 1876 dans un petit village sous le nom KIM CHANGAM et se battit au sein de l’armée paysanne lors de la révolte paysanne de Donghak. Lorsque la reine MIN fut assassinée, il tua un japonais se faisant passer pour un coréen dans un port, certain qu’il était l’assassin. Faute de preuve, KIM GU fut arrêté et condamné à mort, puis fut gracié par le roi KOJONG. À sa sortie de prison, il vit reclus en tant que moine dans le temple Magoksa avant de rejoindre un mouvement pro indépendant. Il partit ensuite pour Shanghai et devint président d’un bureau provisoire pour la libération de la Corée. SYNGMAN RHEE fut né à Pyeongsan en 1875. Pendant que KIM GU se battait au sein de l’armée paysanne, SYNGMAN RHEE était étudiant dans une école proposant des cours d’anglais de la part d’émissaires étrangers, et fut membre d’une compagne reprenant les codes du siècle des Lumières et intégra un club indépendantiste. Il finit lui aussi en prison, et fut relâché grâce à l’aide de missionnaires avant de voyager aux US. En 1910, il reçut un doctorat à la Princeton University et déménagea à Hawaii où il travailla comme journaliste. Pour lui, les relations avec les US étaient importantes pour arriver à atteindre l’indépendance en Corée, à l’aide de la diplomatie. À la libération de la péninsule, ils retournèrent tous deux en Corée.
À son retour, KIM GU publia une autobiographie qui commence par les mots : « Ni Washington ni Moscou ne pourra devenir notre capitale, et ne devrait l’être. Tous ceux pensant qu’ils devraient l’être ne sont pas différents de ceux ayant souhaité devenir notre capitale à Tokyo avant notre libération. Séoul est notre seule capitale. Nous devons trouver, établir et affirmer notre propre philosophie. » De son côté, SYNGMAN RHEE déclara en juin 1946, près d’un an après la libération : « Même de son côté, le Sud doit créer une sorte de gouvernement ou comité temporaire et chasser l’URSS au-delà du 38° parallèle. » Bien que les deux hommes souhaitassent l’indépendance de la Corée, SYNGMAN RHEE ne voulait pas collaborer avec le Nord, même si cela signifiait que la Corée ne pourrait pas être réunie. C’est cette déviance d’idéologie qui fit qu’il fut préféré par les US pour devenir président. KIM GU finira assassiné à son domicile, le 26 juin 1949.
Deux ans après l’établissement des gouvernements du Sud et du Nord, la guerre éclata. À mesure que les tensions entre les US et l’URSS s’intensifièrent, les deux parties de la péninsule firent de même. À l’aube du dimanche 25 juin 1950, les chars du Nord traversèrent le 38° parallèle en direction de Gaeseong, Uijeongbu, Chuncheon, Gangneung and la péninsule d’Ongjin. Dans le déni, le Sud se disait supérieur au Nord, affirmant même qu’il occuperait Pyeongyang d’ici trois à cinq jours. Pourtant, le 27 juin, SYNGMAN RHEE pris la fuite, et diffusa un message affirmant que les US aideront le Sud qui en sortira vainqueur. Mais l’armée nord-coréenne gagna du terrain, et un mouvement de foule éclata sur le fleuve Han, un seul pont existant à l’époque pour le traverser. Le pont finit par s’effondrer le matin du 28 et des centaines de personnes furent emportées dans les eaux. Selon le Sud, c’est le Nord qui avait placé des explosifs pour empêcher la fuite des Coréens. De toute la guerre de Corée, cet acte est encore aujourd’hui considéré comme un des plus barbares puisqu’il visait activement les civils innocents cherchant à fuir. À 11h30 le 28, le Nord occupait Séoul, seulement trois jours après le début des hostilités.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies se rassembla pour déployer des troupes en Corée, l’Inde s’y opposant, craignant que le conflit ne s’aggrave avec la présence de troupes militaires étrangères supplémentaires. Mais la Commanderie des Nations Unies (UNC) fut créée, dirigée par le Général américain DOUGLAS MACARTHUR, avec en son sein des soldats de seize pays différents, dont US, UK, France, mais les US représentaient 98 % des forces de l’air, 83,3 % de la marine et 88 % de la terre. Deux mois après le début du conflit, le Nord occupait tout le Sud à l’exception de la rivière de Nakdonggang, et des régions de Gyeongsangbuk-do et Gyeongsangnam-do. SYNGMAN RHEE remit alors les pleins pouvoirs militaires à MACARTHUR, afin de protéger coûte que coûte les villes de Daegu et Busan. Après la chute de Séoul, Busan était devenu la capitale provisoire. MACARTHUR envoya des troupes à Incheon le 15 septembre, et le 28, Séoul fut libérée.
Le Sud traversa à son tour le 38° parallèle et remonta tout le Nord jusqu’à la Chine et la rivière Amnokgang. La Chine se sentant en danger, elle envoya des troupes, et MACARTHUR demanda à utiliser les bombes atomiques sur la Mandchourie, ce qui fut interdit et il fut remplacé par le Général MATTHEW RIDGWAY. À ce moment-là, l’URSS n’était toujours pas impliquée dans le conflit. Craignant une bombe, beaucoup de Nord-Coréens se précipitèrent dans des ports, espérant pouvoir s’enfuir par la mer. Le 4 janvier, Séoul retomba à nouveau, et fut libéré un mois plus tard et la guerre se restabilisa vers le 38° parallèle. Pendant les deux années qui suivirent, des discussions entre les deux parties de la péninsule cherchèrent à atteindre un cessez-le-feu. Les US bombardèrent le nord, notamment la ville de Wonsan qui subit un bombardement aérien pendant 861 jours. Il fallut attendre le 27 juillet 1953 pour arriver à un compromis : un armistice.

L’armistice fut signé par le Lieutenant général WILLIAM HARRISON JR. en tant que représentant du Sud, et le General NAM IL en tant que représentant du Nord. À la suite de la signature, une conférence s’est tenue à Genève entre la Corée du Sud, du Nord, les US, l’URSS, la Chine, et quatorze autres pays pour discuter de l’avenir de la Corée, qui ne découlèrent sur aucun compromis ni accord. Pendant les trois ans de guerre, le Sud dénombra 1 million de morts, alors que le Nord, 3 millions. Les deux pays ont été réduits en cendre, comme ce fut le cas lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. 200.000 femmes devinrent veuves, 100 000 enfants orphelins, 300 000 sud-coréen ont fini dans le Nord, et entre 500 000 et 1 million de nord-coréens dans le Sud. Beaucoup de Coréens se sont entretués dans les villes qui ont plusieurs fois étaient prises par le Nord ou le Sud, à cause des changements d’idéologies. Le Japon et les US ont bien profité de la vente d’armes pour s’enrichir pendant la guerre, le Japon gagnant près de 1,3 milliard de dollars et devenant une puissante économique sans pareil. Aujourd’hui, le traité de paix n’étant toujours officiellement signé, le Nord et le Sud sont toujours en guerre.
Que pensez-vous des causes de cette guerre tragique ? Aurait-elle pu être évitée ? Était-il nécessaire de séparer la Corée en deux protectorats ? Laissez votre avis en commentaire !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos