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On pense que la personne la plus proche de toute notre existence est notre mère, que rien ne peut ébranler la relation maternelle entre une femme et son enfant, alors que se passe-t-il lorsque celle en qui l’on doit avoir le plus confiance commet l’irréparable ?

L’affaire des bébés congelés… Ce n’est pas une affaire singulière, car elle a déjà fait la une de plusieurs pays, lorsque le monde découvre des bébés, morts et cachés dans des congélateurs et des frigos. Quand une de ces affaires créer un pont entre la France et la Corée, les choses s’ébruitent, évoluant autour d’un seul et même nom : VÉRONIQUE COURJAULT.
C’est à Parnay, en France, que nait VÉRONIQUE FIEVRE en octobre 1967. Elle fait la rencontre en grandissant de JEAN-LOUIS COURJAULT et après s’être tous deux mariés, ils ont eu deux fils nés en 1995, JULES et 1996, NICOLAS. Puis, le travail du couple fructifiant, la famille s’expatrie, changeant régulièrement de pays pour convenir au besoin professionnel des parents. En 2002, la famille COURJAULT décide donc de s’établir à Séoul, JEAN-LOUIS ayant trouvé un emploi chez Renault Samsung Motors en tant qu’ingénieur. Ils déposent donc leurs bagages dans le quartier résidentiel de Seocho-dong.
Tout se passe bien pour les quatre COURJAULT pendant plusieurs années, prenant leurs marques dans la péninsule sud-coréenne et sa capitale qui regorge de secrets et d’animations en délire. Pas une ombre au tableau, jusqu’en 2006 où la famille revient en France pour les vacances d’été. JEAN-LOUIS doit cependant faire un bref aller-retour en Corée pour le travail, et c’est avec effrois qu’en se rendant chez lui, la maison étant toujours bien fermée à clef après leur départ, il découvre le corps de deux nourrissons dans un sac plastique, dans le congélateur du garage. Paniqué, il appelle la police, et l’affaire éclate.
« J’ai ouvert [un tiroir] et je vois un sac blanc. Je l’ouvre avec mes mains et je vois qu’il y a quelque chose entouré dans une serviette. J’entrouvre, et je vois une main » — JEAN-LOUIS COURJAULT
La première chose que la police fait est un test ADN, et alors que la famille s’est réunie en France, les résultats tombent : les bébés sont bien des parents COURJAULT. Un mois après la découverte des corps, les parents tiennent une conférence à Tours, en France où se situe leur résidence secondaire, et nient les résultats en avançant même la possibilité que ce soit un coup monté contre la famille, de la part d’une société coréenne qui n’apprécierait pas la concurrence internationale sur son territoire. Lorsque la police coréenne se rend dans le domicile du couple, ils firent des prélèvements d’échantillons ADN dans la salle de bain du couple, après avoir constaté la présence de deux bébés morts dans des serviettes, placés dans des sacs dans le congélateur.
En Corée, l’enquête fait beaucoup de bruit, dans un pays où la famille, l’équilibre et la réputation règnent. Pour le père de famille, impossible de voir la réalité en face ; si sa femme avait été enceinte, à deux reprises qui plus est, il l’aurait forcément constaté ! Mais contre toute attente, en septembre 2006, VÉRONIQUE COURJAULT avoue tout. Elle reconnaît être la mère des bébés, mais surtout, de les avoir tués, mais ce qui effraya le plus la chronique c’est que la femme reconnaît trois meurtres…

Une expertise médicale est commissionnée, où l’on diagnostique chez la mère de famille des dénis de grossesse à répétition. Un déni de grossesse se caractérise par l’absence de manifestation des signes de grossesse habituels, lorsque la mère ne reconnaît pas ou n’a pas conscience d’attendre un enfant. Aucun signe physique ne laisse bien souvent penser que la mère est enceinte ; pas de prise de poids, le ventre ne gonfle pas, et les règles sont souvent toujours là. Sans prise de conscience véritable, la grossesse peut perdurer, jusqu’à terme, ce qui s’est passé pour VÉRONIQUE. L’accouchement arrive alors de manière soudaine, et l’on subit plus l’évènement qu’on ne le vit, perdu dans un sentiment de sidération et de dissociation.
« C’était comme si ce n’était pas moi. Je me voyais faire sans comprendre » — VÉRONIQUE COURJAULT
Dans certains cas de figure plus extrêmes, les nouvellement mères commettent des infanticides, choquées en découvrant être enceinte et ne sachant pas comment réagir. C’est ce qui a été retenu contre VÉRONIQUE COURJAULT lors du procès s’étant tenu en France en juin 2009. Bien que jugée pour meurtre sur mineurs de moins de 15 ans, le déni de grossesse fut reconnu comme facteur atténuant. Toutefois, la répétition des faits, au nombre de trois meurtres, ne plaida pas en sa faveur. Elle révéla que les trois nourrissons sont nés entre 1999 et 2003, le premier ayant donc vu le jour en France avant l’aménagement du couple en Corée.
Elle avouera avoir tué et congelé les deux bébés nés à Séoul à leur naissance en septembre 2002 et décembre 2003, alors qu’un autre aurait été brûlé dans la cheminée familiale en juillet 1999 lorsque le couple vivait encore en France. Un des meurtres ayant été perpétrés en France, et la famille étant de nationalité française, c’est pourquoi les autorités coréennes ont décidé de transmettre le dossier aux magistrats français pour le procès et la peine prononcée. La Cour d’assises d’Indre-et-Loire condamne VÉRONIQUE à 8 ans de prison ferme, mais elle sera libérée après avoir purgé la moitié de sa peine pour bonne conduite.
« On estime alors que sa détention ne devrait pas se prolonger de plus que quelques mois, ayant passé près de trois ans en détention provisoire » — Cour d’assises
JEAN-LOUIS fut d’abord mis en examen pour complicité de meurtre, mais fut finalement acquitté quand on considéra qu’il n’a jamais été mis au courant des grossesses de sa femme. Le Docteur DANIEL SCHECHTER, pédopsychiatre sur Genève, parle du déni de grossesse comme étant une forme de souffrance dissociée, et après la plaidoirie de l’avocat de VÉRONIQUE, la préméditation pour les infanticides ne fut pas retenue. Le journal « Le Figaro » décrivit l’acte de la mère comme ayant étouffé les bébés, juste après leur avoir donné naissance accroupie dans une salle bain, et déchiré le cordon ombilical.

On se plonge dans le passé tourmenté de VÉRONIQUE COURJAULT, grandissant au cœur d’une famille de sept enfants. Bien que n’ayant pas subi de violence verbale ou psychologique dans son enfance, elle reconnaît s’être sentie étouffée au milieu de ses frères et sœurs, alors que sa mère lui demandait parfois de s’en occuper. Elle ne se voyait pas élever à son tour une grande famille. Elle souhaitait offrir davantage un cadre chaleureux à ses enfants, et faire des dénis de grossesse aurait révélé des failles en tant que mère qu’elle n’aurait pas su admettre. Contre toute attente, son entourage l’a décrit comme une mère aimante et attentionnée.
« Enfance banalement terne, mariage platement morne, existence d’adulte malheureusement peu épanouie, époux sérieux qui ne la satisfait pas » – « Le Figaro»
Le quotidien de la famille COURJAULT était simple, mais loin d’être idyllique pour une femme fragile. Elle qui encourait la perpétuité a finalement écopé d’une peine des plus clémentes, trop selon la presse française et coréenne. La famille promet, en 2006 lorsque l’affaire éclate, de ne pas retourner en Corée, mais les réactions ne se sont pas fait attendre. En Corée, les enfants sont comme sacralisés. Trop peu nombreux dans une société en perpétuelle évolution, les crimes les entourant sont tout autant rares, bien qu’abordé via les KSIS. VÉRONIQUE COURJAULT a profondément choqué le pays, comment une mère peut-elle tuer de sang-froid trois de ses bébés, par compression faciale ?
Les médias soulignèrent l’aspect multiculturel de l’affaire, et surtout pointa du doigt que les dénis de grossesse sont beaucoup plus rares en Corée qu’en Occident, les suivis médicaux étant plus systématiques dans la péninsule. Lors de sa libération le 17 mai 2010, VÉRONIQUE eu l’interdiction de s’exprimer aux médias, comme clôturant l’affaire des bébés congelés. Lors de sa sortie de prison, son mari, JEAN-LOUS COURJAULT qui a patiemment attendu la sortie de sa femme, indiqua qu’il souhaitait reprendre une vie normale et dans le bonheur.

La belle-mère de VÉRONIQUE s’exprima également à la radio pour exprimer le bonheur de la famille à nouveau réunie, leur souhaitant de tourner la page pour avancer et se reconstruire après ces tragiques évènements. Tout au long du procès, la mère de famille ne se cacha pas de son acte, et sembla même en avoir honte, ne parvenant pas à expliquer les raisons l’ayant poussé aux meurtres. La seule chose qu’elle dit fut :
« Puisque cet enfant était de moi, je m’accordais tous les droits sur lui, même celui, extrême, de lui donner la mort » — VÉRONIQUE COURJAULT
Elle poursuivit, expliquant qu’elle ne les avait pas sentis ni bouger, ni grandir en elle, et que d’une certaine façon, ce n’était pas des enfants qu’elle avait tués, expliquant les avoir cachés dans le congélateur, car ne sachant pas quoi en faire. Au fur et à mesure, le spectre des nourrissons quitta son esprit, si bien qu’elle finit par oublier par moment leur présence dans le garage. Néanmoins, une expertise psychiatrique établit que VÉRONIQUE n’était pas atteinte d’une pathologie ayant aboli son discernement. En somme, elle était pleinement consciente de ses actes.
L’affaire, en plus de son retentissement international, permit de mettre en lumière de manière sérieuse le phénomène du déni de grossesse, et ses répercussions à grande échelle. Dans le cadre de VÉRONIQUE COURJAULT, on parlerait plus de dénégation de grossesse : prendre conscience de la grossesse, mais rester dans le déni et ne pas vouloir faire face à la réalité. La congélation des bébés aura permis de conserver toutes les empreintes génétiques apposées sur leur corps, qui permet de rendre évidente la culpabilité de VÉRONIQUE.

Hormis le choc de la société coréenne, la presse du pays chercha d’une manière ou d’une autre à expliquer le déni dans lequel était plongé JEAN-LOUIS, en n’ayant jamais remarqué les grossesses de sa femme. On l’accuse alors d’être volage, et d’inviter des femmes, voir des prostituées, pendant l’absence de sa femme et ses enfants, sans preuve fondée. Parmi les médias coréens qui se penchèrent sur l’affaire, NEWS1 et KBS accordèrent le plus d’intérêt, KBS faisant même une émission à propos du déni de grossesse. En Corée, on parla de « 서래마을 영아 사건/유기 », soit « l’affaire des nourrissons de Seorae Maeul », quartier français de Séoul où résidait la famille.
La résidence où la famille vivait à Séoul étant doté d’un système de vidéo surveillance, il n’était pas possible pour VÉRONIQUE de se débarrasser des corps comme le premier, brûlés un soir dans la cheminée alors que le reste de la famille dormait, les cendres jetées dans le jardin. Un gardien se chargeant du tri sélectif des déchets, il aurait forcément remarqué si un ou des nourrissons avaient été jetés dans des sacs plastiques.
Remontant à la naissance du premier enfant COURJAULT, on explique que les parents se sont mariés en apprenant la grossesse de VÉRONIQUE. Ce phénomène existe bien en Corée, où l’on parle de « shotgun wedding », quand on cherche à laver son honneur en épousant la fille que l’on a mise enceinte. Parmi les célébrités, on parla beaucoup du mariage inattendu entre MOON HEEJUN du groupe H.O.T, et de SOYUL de CRAYON POP, les internautes ayant du mal à croire à cette union inhabituelle.
Alors que VÉRONIQUE ne voulait pas d’une famille nombreuse, contrairement à JEAN-LOUIS, le couple reconnu des « oublis de pilule contraceptive ». Devenu tristement célèbre en Corée et en France, le souvenir de ces infanticides en série laissera une trace indélébile, à la suite de simples oublis. Plutôt que de pousser un cri de secours, un appel à l’aide, une mère en détresse a donc choisi de commettre l’inséparable, qui fut pourtant pardonné par son mari, et ses proches, dont ses parents.

Dix ans plus tard, en 2018 et 2019, une femme, coréenne, avoue avoir tué ses deux bébés par étranglement, avant de les placer dans le réfrigérateur de sa maison, et elle reçut en 2024 elle aussi une peine de 8 ans de prison pour meurtres et dissimulations de corps. L’affaire fut inévitablement rattachée à celle de VÉRONIQUE COURJAULT, mais aussi du phénomène des « ghost babies » ; des enfants non déclarés à la naissance. En effet, plus de 2.000 enfants n’ont pas été déclarés selon un article du « Korea JoongAng Daily » entre 2015 et 2022. La plupart de ces enfants auraient été au cœur de crimes ou de manquements au sein de foyers pauvres, rendant difficile d’identifier leur nombre exact, car souvent compliqué de retracer ceux qui ont pu mourir de ce phénomène par infanticide, ou maltraitance.
L’affaire des deux nourrissons tués par une Coréenne permit une réforme du Code pénal en Corée : la notion d’infanticide, ainsi que d’abandon d’enfant, fut révisée puis supprimée du Code pour renforcer la protection pénale des nouveau-nés, car étant auparavant une catégorie juridique avec peine allégée. Cela nous rappelle, que malgré l’horreur de certaines affaires, elles parviennent malgré elles à faire bouger la société d’un pays et à le réformer afin de protéger d’autres personnes, ou enfants, pouvant un jour être confrontées au même cas de figure.
Que pensez-vous de cette affaire, très médiatisée en France ? Considérez-vous que le procès et la peine auraient dû se dérouler en Corée, là où les corps ont été découverts ? Donnez-nous votre avis en commentaire sans plus attendre !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos