조선일보
Au fil des mois, les KSIS nous ont prouvé la noirceur de l’esprit humain, et les terribles secrets que renferme son cœur. Aujourd’hui ne fait pas exception à la règle, puisque nous plongeons dans des travers plus sombres encore, parmi un gang actif seulement un an, mais qui marqua la société pour toujours : la CHIJON FAMILY (지존파).

Les sanctions reçues pour les membres de ce clan concernant l’horreur des crimes commis sont unanimes : la peine de mort, rendue effective un an après le procès. Mais qu’a bien pu faire cette « famille » pour en arriver là ? Découvrez sans plus attendre cette nouvelle affaire ! Veuillez toutefois prendre en considération que certaines informations, comme les noms ou certaines actions, varient d’une source officielle à une autre.
« J’ai mangé une partie d’une jambe humaine. Je l’ai mangée seul pour renoncer à mon humanité. » — KIM HYUNYANG
Tout débute en septembre 1994, lorsque plusieurs personnes se mettent mystérieusement à disparaître, se volatilisant dans la nature sans laisser de traces. Un des premiers cas à alerter la police est celui d’un homme, qui après avoir disparu quatre jours est retrouvé sans vie dans une voiture, à l’autre bout du pays. Plus curieux encore, il a été retrouvé au fond d’un ravin, mais il n’avait aucune trace de l’accident sur son corps, que ce soit des égratignures ou des fractures, comme si son corps était intact lors du choc. Un policier rapportera que le corps sentait fortement l’alcool donc on en conclut à un accident dû à l’ivresse et ce fut classé sans suite.
Néanmoins, une deuxième disparition survint, et pas n’importe quel jour, non. Précisément le jour où on retrouva la première victime, le 13 septembre. SO, nom de la deuxième victime, se volatilisa aux côtés de son épouse. Fait plus étrange, SO, à la tête d’une usine sur Ulsan (alors qu’il vivait sur Séoul), téléphona à un de ses subalternes afin de lui demander une somme conséquente d’argent, qu’il devait lui remettre sur Gwangju. Les trois villes sont on ne peut plus éloignées les unes des autres, rendant la requête des plus étrange, précisant au téléphone qu’il aurait eu… un accident de voiture.

Lorsque l’employé rencontra son patron afin de lui remettre l’argent (80 millions de won, sur une somme de 100 millions demandés), le patron se saisit avec empressement du sac, et eut juste le temps de dire « j’ai été kidnappé » avant de repartir aussitôt pour ne pas éveiller les soupçons. Puis, une nouvelle victime apparaît peu de temps après, une femme du nom de LEE dans la vingtaine, appelant la police en affirmant avoir été kidnappée et avoir assisté à des actes de tortures, notamment sur un couple à la tête d’une usine. Elle confie que le couple aurait été tué par balle et arme blanche, ainsi qu’une troisième personne qui aurait été placée dans une voiture puis poussée dans un ravin pour faire croire à un accident.
La police pensa dans un premier temps à un canular, se disant que LEE avait sans doute lu les informations dans le journal afin d’attirer l’attention, d’autant plus que la jeune femme rapporte des faits de viols répétés et de cannibalismes. Toutefois, l’affaire entourant l’homme de la voiture n’avait pas été révélée au public, car classée comme mort accidentelle pour cause d’ivresse, comment LEE pouvait-elle donc être au courant ? Éclate donc à grande échelle l’affaire « MASCAN » (마스칸).
Le terme Mascan en grec se rapproche de l’idée de l’ambition selon le fondateur du gang, bien qu’aucun mot grec n’existe de la sorte. Au sein du clan, sept personnes seulement ; le patron, deux hommes de main, et quatre membres. LEE apporta d’autres détails, une fois qu’elle rencontra un membre de la police. Elle indiqua que ce gang mystérieux possédait une cachette d’armes contenant notamment des fusils et des haches, mais aussi une vingtaine de dynamites. En effet, plus de 70 armes et objets furent saisis une fois le groupe arrêté. Avec leur adresse révélée, la police s’empressa d’enquêter, et on envoya une équipe de policiers d’élite, faisant partie d’une division aéroportée de l’armée (parachutisme par exemple), ou experts en art martial et autres sports de combat comme la lutte.

Curieusement, leur cachette n’avait rien de la réputation de ces criminelles : murs d’une teinte mentholée, recouverts de fleurs roses de l’extérieur avec une cour intérieure et un jardin. L’équipe attendit le bon moment, et un des membres finit par se rendre en ville où il fut arrêté : KANG DONGEUN, l’homme de main. Il permit de confirmer les propos de LEE, ainsi que la présence de dynamite rendant impossible pour la police d’entrer dans la cachette afin d’arrêter les autres membres sans danger. La police eut alors l’idée d’attirer le gang en dehors, appelant et annonçant « innocemment » que KANG eut un accident de voiture et était à l’hôpital. Pour se rendre crédible, le policier appelant utilisa du dialecte de Gwangju, et une partie du gang décida de se rendre au poste de police pour récupérer le prétendu sac de KANG qui s’y trouvait.
Avec cette technique, la police est arrivée à intercepter quatre membres au total : KANG DONGEUN, MOON SANGROK, BAEK BYEONGOK, et KANG MOONSUB. Ne restait que les deux membres qui étaient en voiture se rendant au poste de police : KIM HYEONYANG et LEE KYUNGSOOK. Les deux derniers furent finalement interceptés à une station essence puis… on découvrit la CHIJON FAMILY. Au moment de l’arrestation, aucun remords pour les trois meurtres leur étant alors reprochés, KIM HYUNYANG allant même jusqu’à déclarer aux journalistes :
« C’est dommage que je ne puisse pas tuer ces riches salauds irrespectueux parce que je me suis fait prendre trop vite. Je le referais [si c’était à refaire]. »
MASCAN est le nom originel de la CHIJON FAMILY, dirigée alors par KIM KIHWAN, dont le surnom était Jijon. Le but de cette organisation devient clair : s’en prendre aux riches et ceux que l’on appelle des « Yata » (야타족) qui est un terme argot visant les jeunes aisés au comportement superficiel, conduisant des voitures de luxe achetées par leurs parents et vêtus de tenues ostentatoires, ainsi que les « Orange » (오렌지족) qui pointait du doigt le comportement luxueux des jeunes important et utilisant des produits et des denrées alimentaires de l’étranger. À l’époque, la population coréenne ne voyait pas d’un bon œil ces fils de bonnes familles, qui profitaient de leur richesse au détriment de la pauvreté des autres. KIM KIHWAN s’est donc donné pour objectif de « nettoyer la population », notamment après l’explosion d’un scandale sur le taux d’admission frauduleux dans les universités, où l’on mit en lumière les admissions rendues possibles grâce à des pots-de-vin.

Ce dernier est né dans une famille défavorisée. Brillant par son intelligence, il était noté comme étant le 5° meilleur de son école. Malgré tout, il a été contraint de quitter le collège et de commencer à travailler jeune, n’ayant pas les moyens d’aller au lycée. La genèse de MASCAN apparaît, et des individus aux parcours similaires se sont liés, joints par une haine de la richesse, s’étant tous rencontrés autour d’une table de poker en mai 1993. Les membres du groupe doivent alors subir un entraînement particulier, afin de se montrer dignes d’intégrer le clan : survivre en montagne avec une bouteille d’eau, pendant une semaine en été. C’est ainsi qu’en 1993, le gang se forme, et décide de commencer ses agissements le 18 juillet de la même année ; ils kidnappent une jeune femme (CHOI) de vingt ans à un arrêt de bus vers 23h et l’agressent sexuellement, avant de la tuer. KIM décrivit l’acte comme un « entraînement », visant à former ses recrues.
« Je vais vous montrer un exemple, regardez bien. Étranglez. Voilà comment on tue des gens, d’accord ? » — KIM KIHWAN.
KIM KIHWAN tirait son surnom Jijon d’un film hongkongais très populaire à l’époque en Corée du nom de « Jijon Musang » (« Casino Raiders »). Afin d’établir sa position de leader invétéré dans le groupe, on considère qu’il utilisa CHOI, qui ne correspondait pourtant pas à la tranche de la population visée par MASCAN. Son corps fut découvert par un villageois en mai 1994. Mais les membres du gang étaient très jeunes, entre 26 ans pour le leader, jusqu’à 18 ans pour le plus jeune, du nom de SONG BEONGUN. Ce dernier ne supportant pas l’idée d’avoir tué une innocente, car choisi comme étant une proie facile et non par sa richesse, il finit par s’enfuir en août, emportant 3 millions de wons du gang au passage avant de se réfugier chez un de ses proches. La CHIJON FAMILY le retrouva, et le tua pour lui faire payer sa lâcheté avec une pioche.
Curieusement, les membres restants du gang gagnèrent en confiance, et se lièrent davantage, et sur les lieux du crime, ils s’en prirent à un chien qu’ils tuèrent également avant de le manger puis abandonnèrent le corps de SONG, qui fut retrouvé l’année d’après lors des fouilles de la police avec le clan pour indiquer sa localisation. Il était au fond d’un trou de près de 60 cm de profondeur, les mains liées par du fil de cuivre.
Parmi les règles mises en place par le leader, trois faisaient autorité : nous détestons les riches, nous tuerons ceux qui nous trahissent, et nous ne pouvons pas faire confiance aux femmes, pas même nos mères.
Mais faire partie d’un gang n’est pas chose simple lorsque l’on est issu d’une famille pauvre, alors tous les membres devaient travailler à côté afin de rapporter au clan. Le jour, les membres travaillaient sur des chantiers, et le soir, ils construisaient ce qui deviendra leur cachette, l’agrémentant d’une prison, une armurerie et un incinérateur, si bien qu’en moins d’un an, MASCAN réussit à mettre de côté 20 millions de wons. Quant au chantier de leur cachette, il fut complété l’année suivante. L’accès à la cachette se trouvait dans les sous-sols d’une maison de campagne, dans un petit village aux abords de Gwangju. Il suffisait de soulever une trappe dans le garage, une voiture étant généralement garée dessus, puis de descendre des escaliers qui menaient à une porte rouge donnant sur la prison et l’incinérateur. Tout était prêt pour commencer les méfaits.

En 1993, les agissements du gang restent relativement calmes. Pas de kidnapping ou de meurtre, mais KIM KIHWAN trouve une victime en juin 1994, une collégienne qu’il agresse sexuellement. Arrêté par la police pour viol et coups et blessures (la collégienne ayant survécu) une peine de cinq ans de prison est requise. Contre toute attente, le clan resta soudé, et KIM HYEONYANG s’imposa comme « leader provisoire » le temps que KIM KIHWAN sorte de prison. Les membres étant à cette époque déjà très soudés, notamment depuis le meurtre de SONG, ils possédaient un compte bancaire commun où ils stockèrent leurs économies, afin d’avoir une réserve pour le clan si nécessaire. MASCAN put commencer ses méfaits et visa quiconque posséderait une voiture considérée comme riche, à savoir d’une valeur de 20 millions de wons minimum. On apprit même qu’une liste de plus de 1200 clients VIP de Hyundai a été vendue au gang, rendant encore plus simples leurs investigations des personnes à éliminer.
Le 8 septembre 1994, la CHIJON FAMILY se rendit sur Séoul, en quête de sa première « vraie » proie. Ils se focalisèrent sur un couple au volant d’une voiture considérée de luxe, une Grandeur de la marque Hyundai. LEE, l’informatrice de la police, était passagère de ce véhicule, et à ses côtés, l’homme retrouvé au fond d’un ravin dans une voiture. Mais le couple n’était pas riche, au contraire. La voiture qu’ils conduisaient avait été achetée d’occasion, car assez spacieuse pour répondre au besoin de son propriétaire qui était musicien. Le gang força l’homme à boire une fois que le couple fut ramené dans la cachette à Gwangju, et la femme due le tuer, afin d’être aussi impliqué que le clan dans son crime, après avoir été violé par le gang au complet.
« Pour qu’elle devienne l’une des nôtres. J’ai dit aux gars que je voulais la former pour qu’elle soit forte, comme un robot. » — KIM HYEONYANG
Elle fut alors contrainte d’étouffer avec un sac plastique son compagnon, afin d’avoir elle la vie sauve. Leur but était de la rendre complice, pour s’assurer de son silence. Mais comme MASCAN n’avait pas ciblé les bonnes personnes, ils se remirent en chasse, et prirent pour cible le couple SO. Là encore, déception, car malgré le fait qu’ils possédaient une usine, ils venaient tout juste de l’acquérir et que de ce fait, n’avaient pas encore de revenus concrets. L’homme promit d’amasser le plus d’argent possible d’ici le 15 septembre, à condition que le gang laisse sa femme et sa fille tranquille. L’argent donné par le couple permis au gang d’acheter de nouvelles armes, ainsi que de la dynamite et des tasers. Mais 80 millions n’ayant pas convenu aux malfrats, le couple fut tué des mains de LEE qui n’avait pas encore réussi à s’échapper à ce moment. L’homme fut tué par arme à feu, et la femme par hache. Le couple fut ensuite incinéré.

Plus horrible encore, le gang conserva des morceaux du corps de l’épouse afin de les consommer, forçant LEE à se joindre à eux en lui faisant, notamment, manger son foie cru. Lorsqu’ils brûlèrent les corps, les membres du clan invitèrent les villageois à se joindre à eux dans le jardin pour un « innocent » barbecue, dont l’odeur permettait de masquer celle de l’incinérateur. Le barbecue, lui, ne contenait pas de chair humaine, mais c’était un moyen astucieux de ne pas alerter le voisinage et d’acquérir une meilleure réputation pour éviter de futurs soupçons. LEE restait enfermée dans la prison pendant ce temps-là, gardée en vie par KIM HYEONYANG.
À ce moment, des rivalités éclatèrent concernant la jeune femme, meurtrière malgré elle : fallait-il la tuer à son tour, ou la faire intégrer la CHIJON FAMILY ? Les tensions escaladèrent, mais le clan se focalisa sur la confection de dynamite, KIM HYEONYANG se brûlant la main, ce qui nécessita d’aller à l’hôpital le lendemain. Il en profita pour emmener LEE, qui était devenue sa protégée. Une fois à l’hôpital, il lui laissa le choix : enfuis-toi, ou reste. C’était une manière pour lui de tester sa loyauté, et elle prit le risque de s’enfuir, quittant précipitamment l’hôpital et montant dans un taxi, mais ne se sentant pas en sécurité, car se mettant à soupçonner tout le monde, elle sortit de la voiture en marche et se cacha pendant huit heures parmi des vignes, attendant que la nuit tombe. Cela faisait une semaine qu’elle avait été kidnappée, elle pouvait bien attendre quelques heures en plus pour s’assurer de ne pas être suivie.

Puis, coup du destin. KIM HYEONYANG avait laissé son téléphone, et son portefeuille à LEE le temps de sa consultation à l’hôpital. LEE en profita pour appeler un service de location de voiture, et se rendit immédiatement à Séoul, traversant le pays dans la nuit. Pendant ce temps-là, et les trois jours qui suivirent, le gang attendit aux alentours d’un poste de police, afin de vérifier si LEE allait s’y rendre pour confesser les meurtres. Ils ne s’étaient pas attendus à ce qu’elle retourne sur Séoul, et confiants qu’elle ne parlerait pas, rentrèrent dans leur cachette. Une fois que l’affaire éclata et que MASCAN fut arrêté au complet le 19 septembre, LEE fut relâché par la police, reconnaissant le caractère forcé des meurtres qu’elle avait commis. Elle ne fut donc pas jugée coupable de ses actes.
Malgré tout, une émission de la SBS (“꼬꼬무”) rechercha sa trace, et on apprit qu’elle développa un cancer plus de vingt ans après les faits, montrant le fort impact psychologique de ce qui lui est arrivé. Quant à la CHIJON FAMILY, elle fut jugée le 1er novembre 1994 à la Cour Criminelle de Séoul, et ses membres furent reconnus coupables de différents chefs d’inculpations, dont kidnappings et meurtres, et furent exécutés l’année suivant le procès.
Une septième personne fut reconnue coupable d’être membre du gang ; la petite amie de KANG DONGEUN, LEE KYUNGSOOK. Toutefois, elle reçut seulement trois ans de prison, car ayant rejoint en septembre MASCAN et n’ayant pas pris part aux meurtres. À cette occasion, on découvrit que KANG DONGEUN a déjà été condamné deux fois pour vols, et MOON SANGROK ainsi que BAEK BYEONGOK une fois. On arrêta également les vendeurs d’armes ainsi que la personne ayant transmis la liste des clients VIP de Hyundai.
« Il s’agissait probablement de personnes asociales, et non de psychopathes » — BAE SANGHOON, analyste en psychologie criminelle.
Alors que le clan s’est éteint il y a trois décennies, son impact en seulement un an d’activité reste encore très fort dans la société coréenne. Actif de juillet 1993 à septembre 1994, c’est avant tout la motivation des membres que de se débarrasser des personnes privilégiées qui marqua les esprits, tuant trois hommes, deux femmes, et en ayant enlevé une troisième. Plus marquant encore, leur âge, ne dépassant pas les 23 ans hormis le leader. La CHIJON FAMILY fut étudiée par beaucoup d’étudiants en psychologie et en criminalité, ainsi que par des experts. Le plus navrant dans cette histoire, c’est que les victimes de leur acte n’auraient jamais dû l’être, car ayant été arrêtées pour leur voiture qui ne renfermait pas le luxe ni la richesse, mais simplement des gens ordinaires. Fait marquant, l’employé qui a remis les 80 millions de wons à SO ne fut pas écouté par la police, car jugeant que ce n’était pas au commissariat d’une autre ville de s’occuper de cette affaire. En sommes, des meurtres auraient peut-être pu être évités si, dès le départ, on avait jugé l’accident de voiture comme homicide volontaire, et pris au sérieux la demande de rançon de SO.

D’autres gangs émergèrent après la dissolution de MASCAN, tels que MAKGAPA qui s’attaquait aussi aux Yata, prouvant l’influence considérable de la CHIJON FAMILY dans les années 1990. Cela remit en question la peine de mort, qui a été alors considérée comme une manière de « glorifier » ce gang, en les plaçant en tant que martyres de la société, symbole des pauvres contre les riches.
Qu’avez-vous pensé de cette affaire criminelle ? Partagez vos impressions en commentaire !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos