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Cette deuxième édition du KSIS nous ramène en avril 1982, lors de la plus grande tuerie à la chaîne de l’histoire de Corée. La personne à l’origine de ce tragique évènement se nomme WOO BUM KON, aussi surnommé « tigre fou » en raison de sa réputation des plus violentes, qui sera prouvée des plus véridiques ce triste soir de printemps.

L’origine même de WOO BUM KON est mystérieuse. Après le massacre qui le rendra célèbre, la police et le gouvernement cherchant à faire disparaître son existence, il n’est pas clair aujourd’hui s’il est né le 24 février, ou le 18 mars 1955. Ouvrant les yeux pour la première fois dans la région de Busan, il est le troisième enfant d’une fratrie de quatre garçons, et se distingue rapidement comme étant le plus introvertis. En grandissant, c’est presque naturellement qu’il se désintéresse des études et commence à régulièrement manquer les cours. Pourtant, en tant que fils de policier, il rêvait de marcher dans les pas de son paternel, mais, malheureusement, ce dernier décédera soudainement d’un cancer du côlon avant de pouvoir voir son fils revêtir lui aussi l’uniforme.
À la mort de son père, WOO BUM KON devient un adolescent violent et perturbé. Plongeant dans la dépression, il commence à s’automutiler et c’est de justesse qu’il obtient l’équivalent coréen du baccalauréat, le « suneung ». Lorsqu’il rejoint les rangs de l’armée pour effectuer le service obligatoire, c’est à sa plus grande surprise qu’il devient la star du régiment, en sa position de tireur d’élite. Lui qui était la coqueluche de l’école pour être un cancre devient une star de la marine pour son œil aiguisé. Accomplissant son rêve, il devient policier à la fin de son service.
À cette époque, il était très simple d’entrer dans les forces de l’ordre. En effet, le parcours scolaire n’était pas regardé, et aucune évaluation psychologique n’était effectuée au préalable. C’est donc en 1981 qu’il prend fonction dans un commissariat du district de Gamman, à Busan. Là, sa violence s’amplifie, si bien qu’il gagne le nom de « tigre fou », car il est connu pour frapper les villageois le regardant de travers, ou les suspects lors d’interrogatoires. Mais c’est avant tout pour ses qualités de tireur qu’il se démarque.
En avril de la même année, il est transféré sur Séoul dans l’unité spéciale en charge de la protection de la maison présidentielle, « Chongwadae ». Être affecté à l’unité présidentielle est consécration pour tout policier. La vie à la capitale est bien différente de celle plus rurale où WOO BUM KON a grandi. Mais là encore, le « tigre fou » refait surface. Frappant, insultant, et agressant de nombreuses personnes, le policier est en quelques mois seulement renvoyé à Uiryeong, un district campagnard au nord-ouest de Busan. Le 30 décembre, il débute son nouvel emploi dans le commissariat local, et avec son maigre salaire suivant sa chute vertigineuse, il sombre encore une fois dans la dépression.

Début 1982, il fait la rencontre d’une jeune femme et c’est le coup de foudre. Trop pauvres pour se marier, ils décident d’emménager ensemble chez les parents de sa petite-amie, prévoyant une cérémonie officielle pour l’automne, le temps d’économiser de l’argent. Même si c’est un peu moins le cas aujourd’hui, il était très mal vu à l’époque pour un couple de vivre ensemble sans s’être marié, d’autant plus que WOO BUM KON semblait vivre pour beaucoup grâce à ses beaux-parents. Dans le village, il est connu pour être un officier raté de la capitale, violent, et à la vie privée douteuse. Des années de colère et de détresse sont déjà installées en lui suite à la mort de son père, et il suffit d’un malheureux petit incident pour faire déborder le vase.
Le 26 avril 1982, alors qu’il faisait une sieste avant d’aller travailler, une mouche se pose sur son torse. Sa petite-amie voyant cela, décide de lui assener une violente tape, pour écraser la mouche, réveillant en sursaut WOO BUM KON. Fou de rage, il se met en tête que la mouche n’existe pas, et qu’elle a délibérément voulu le frapper, et commence alors à la battre, ainsi que sa cousine alertée par les cris de la jeune femme qui a accourue pour l’aider. Une fois sa pulsion de rage passée, et les mains en sang, le policier fou se rend dans un bar où il boit à n’y plus compter. C’est ivre qu’il se rend ensuite au commissariat aux alentours de 19 heure, s’empresse de prendre les clefs de l’armurerie, et se munit de deux carabines automatiques M1, 180 cartouches et 7 grenades. Le massacre peut commencer.
À peine sortie du commissariat, qu’il abat un jeune homme de 26 ans qui passait par là, puis un jeune de 18 après avoir bu un coca avec lui aux abords d’une supérette. Il se rend ensuite dans un magasin, blesse le gérant, et tue sa femme et ses deux filles, ne se rendant pas compte que le gérant était encore vivant. En traversant un marché, il abat trois passants, puis se rend chez sa petite-amie pour tenter de la tuer. Là encore, il ne se rendra pas compte qu’elle survit. Il continue sa funeste quête dans un bureau de poste servant aussi à gérer les lignes de communication entre Uiryeong et les autres villes et villages aux alentours. Il abattit deux opératrices et coupa tous les câbles téléphoniques, sans remarquer qu’une des deux opératrices réussit à en rétablir une juste avant de mourir. Les lignes étant coupées, il était impossible pour la population d’appeler la police, ni pour le commissariat d’appeler du renfort une fois que les policiers constateront les méfaits de WOO BUM KON.
Fier de ses premiers meurtres, il se rend ensuite à la mairie vers 20h où se tient au même moment une fête, et y tuera sept personnes après avoir tiré sur une dizaine d’entre-elles. Quant à 20h20 le chef de la défense civile arriva à la mairie pour se joindre à la fête, il tenta de joindre des commissariats de la région sans succès, et sera blessé, mais réussis à rejoindre celui de Uiryeong en voiture. Pendant les quarante minutes suivant son arrivée, les policiers cherchèrent les clefs de l’armurerie que WOO BUM KON avait bien pensé à fermer avant de commencer son massacre. En réalité, les policiers du commissariat d’Uiryeong étaient si occupés à jouer aux cartes ensemble qu’ils n’avaient pas remarqué que leur collègue s’était volatilisé avec des armes, et était en train d’abattre tous les villageois.

En cas de force majeure, comme le cas ici présent, la police à le droit de faire appel à l’armée, mais pour une raison inexpliquée, ne le fit pas. Libre de ses mouvements, le tueur se rendit dans un autre marché et tua à nouveau sept personnes, puis arriva dans un autre village à 22h50 où il assista à une veillé funèbre. Après avoir mangé et discuté avec les proches en deuil du défunt, quelqu’un lui fit la remarque que ses armes paraissaient factices pour un policier, s’étant présenté à la veillé sous son titre de fonction. Énervé par cette remarque, il dégoupilla une grenade, causant la mort de 24 civils. Il passa alors de maison en maison, et tua quiconque lui ouvrait la porte, la plupart la lui ouvrant car étant face à un policier. WOO BUM KON leur disait qu’il était à la recherche d’espions nord-coréens. Parfois, agacé qu’on ne lui ouvre pas, il entrait par effraction, une famille de quatre ayant été retrouvée morte dans leur lit, probablement tuée pendant leur sommeil.
Après autant d’escapades et fatigués et ses actes, il alla demander l’hospitalité chez un de ses amis, qui n’avait aucune idée de ce qui se tramait dehors. Il arriva vers deux heures, et y dormit jusqu’à cinq heures. À son réveil, il alla dans un autre village, et pris une famille en otage, conscient que ses crimes allaient bientôt le rattraper. La veille, le chef de police arriva au commissariat à une heure du matin, alors qu’il était censé être de garde toute la nuit. En réalité, il s’était rendu à une réception à Busan, puis passa un moment dans un sauna, inconscient du massacre. À son retour, il décida dans un premier temps de ne pas intervenir, car il faisait nuit. Puis, constatant que la tuerie continuait, réquisitionna 37 policiers du village et des environs pour les déployer sous un pont à deux heures du matin, attendant et surtout espérant que WOO BUM KON passera dessus. Pendant une heure ils attendront tous là, alors que des renforts se mirent en route, trop effrayés pour réellement intervenir en connaissant la réputation de tireur d’élite du « tigre fou ».
Aux alentours de trois heures du matin, les recherches commencent véritablement puis la police finit par trouver WOO BUM KON vers six heure, caché dans la maison de ses otages. Lorsque ce dernier se sent acculé, les meurtres prennent fin. Il dégoupille deux autres grenades, se tuant ainsi que trois des quatre otages. En tout, le « tigre fou » vola la vie de 57 personnes, âgées entre une semaine et soixante-dix ans. Cinq personnes supplémentaires décéderont des suites de leurs blessures à l’hôpital, ramenant le total des victimes à 62. Considérée encore aujourd’hui comme la pire fusillade du pays et même du monde à l’époque, elle figura au Guinness World Record Book jusque dans les années 1990 où le Guinness supprimera cette catégorie.
Pourquoi WOO BUM KON a commis de telles atrocités ? Personne ne saura jamais, mais les hypothèses fusent. Beaucoup pensent qu’il avait un complexe d’infériorité s’étant accentué à son retour de la capitale et qu’il ne supportait plus les moqueries des villageois quant à son concubinage avec sa fiancée, avant le mariage. Le statut de dernier de la classe il y a des années et la mort de son père résulta en une rage prête à exploser jusqu’à l’épisode dérisoire de la mouche. Cette tragique soirée n’est d’ailleurs pas considérée comme une tuerie de masse, mais une tuerie à la chaîne. En effet, ce qui distingue une tuerie à la chaîne d’une tuerie de masse est une période d’accalmie entre les meurtres. Ici, bien que la tuerie ait eu lieu de 19h à 6h, il s’est reposé de 2h à 5h du matin. Si on enlève en revanche les temps de pauses et de marches, la tuerie dura environ huit heures.

Les villages d’Uiryeong et des villages touchés ont tous été grandement en colère contre la police et son inefficacité, comme le fait qu’ils ne trouvaient pas les clefs de l’armurerie pendant quarante minutes, puis qu’ils aient perdu du temps à attendre le chef du commissariat qui était dans un sauna. Pour les villageois, les coupables sont tout autant WOO BUM KON que la police. Il est important de souligner que des familles entières ont été tuées, sans pour autant être au même endroit, comme la famille du gérant de magasin, même si lui fait exception ayant survécu. Conscient du mal-être justifié de la population, rapidement les familles survivantes ont été indemnisées et des fonds ont été versés à la ville pour paver ses routes et les rénover. Les routes pourtant n’ont jamais été mises en cause dans la tuerie, n’ayant pas empêché les policiers de se déplacer. Le président de l’époque, CHUN DOO HWAN, se rendit même à Uiryeong pour y inaugurer la mise en place d’un comité d’indemnisation, qui n’existait pas jusqu’alors.
Des réformes ont également été faites dans la police, notamment le concours étant rendu plus strict. Il faut posséder un diplôme d’étude supérieure en plus du bac, et avoir un parcours exemplaire et assidu. Le chef de la police a dans un premier temps été poursuivi pour ne pas avoir respecté sa garde, puis a finalement été acquitté, car, même s’il avait été au poste, il n’aurait pu être au courant de la tuerie à cause des lignes de communication rompues. Quant aux policiers qui n’ont pas remarqué que WOO BUM KON quitta le commissariat au début de sa garde armée de carabines et de grenades, ils reçurent entre 10 et 12 mois de prison. Considéré comme une honte nationale pour le pays, ce tragique évènement poussa le ministre de l’Intérieur à démissionner, et on cacha pendant de longues années que le « tigre fou » avait travaillé pour la maison présidentielle.
Lors de son autopsy, le cerveau de WOO BUM KON fut envoyé dans un service d’investigation pour l’analyser et déterminer si certains facteurs pouvaient présager des déviances telles que le meurtre, sans succès. Enfin, dans les mois qui suivirent, beaucoup de villageois organisèrent des mariages d’âmes : les âmes de célibataires, couples, ou fiancés morts pendant l’attaque furent mariés à titre posthume pour qu’ils ne passent pas l’éternité seuls. Le massacre du tueur fou rappelle à chacun que derrière d’honnêtes membres des forces de l’ordre peut toujours se cacher un tueur tapi dans l’ombre, qui attend de pouvoir commettre les pires méfaits.

Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, voir sous photos
Merci beaucoup pour ce récit édifiant d’un parcours humain chaotique et de son final apocalyptique. Un destin qui invite effectivement à la méditation. Merci beaucoup Anaïs, fabuleuse conteuse. Isabelle