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Prudence est de mise, surtout lorsque l’on se fie aux apparences.

Une jeune femme marche le long de la route. Arrivée il y a peu dans la ville de Cheongju en 2004, elle n’a pas encore eu le temps de faire la connaissance de beaucoup de personnes. Âgée d’à peine 22 ans, elle possède une certaine déficience intellectuelle et de ce fait, ne se méfie pas lorsqu’un taxi s’arrête à sa hauteur pour lui proposer une course. Elle monte alors dans l’insouciance, pensant rentrer un peu plus tôt chez elle ce soir-là, mais il n’en fut rien d’autre. Derrière le volant se trouve AHN NAMGI, né en 1967 et chauffeur de taxi pour la ville depuis plusieurs années, pour qui le vice s’empare de tout son être.
Derrière son siège se trouve sa toute première proie, JEON, celle qu’il emmènera chez lui avant de la violer puis de l’étrangler avant de se débarrasser de son corps qui sera retrouvé le 16 octobre de la même année, sur les abords d’une rivière. Faute de preuve, ce meurtre sera classé sans suite, et ce, pendant plusieurs années. Il aura fallut attendre jusqu’en 2009 pour que le crime frappe encore la ville de Cheongju. KIM, 41 ans, monte dans le taxi aux allures tout à fait banal, et indique une adresse. Alors qu’elle s’endort à l’arrière du véhicule, NAMGI en profite pour l’attacher, avant de la violer et de lui prendre son portefeuille. La plaçant ensuite dans le coffre, elle finira par s’asphyxier et son corps sera retrouvé peu de temps après. C’est en utilisant la carte bleue de la victime que des CCTV captèrent des images du coupable, images qui se révéleront utiles lorsqu’il sera arrêté. C’était le 21 septembre 2009.
Son mode opératoire se dessine : une femme seule monte dans son taxi, sa profession faisant office d’alibi, puis il l’emmène chez lui ou reste dans la voiture pour les agresser sexuellement avant de les mettre dans le coffre. Plus troublant, il aurait avoué lors de son procès qu’il partait travailler normalement avec les corps encore dans la voiture, caché dans le coffre pour éviter toutes formes de suspicion jusqu’à ce qu’il trouve où jeter les cadavres. Comme il est difficile d’obtenir des preuves vidéo à l’intérieur d’un véhicule, c’est l’usage des caméras de surveillance dans la ville qui permettront son arrestation.

Le 26 mars 2010, NAMGI s’attaque à SONG, 24 ans. Même procédé, il l’attache, la viole, la tue, puis va retirer de l’argent avec sa carte. Son corps sera abandonné dans un parking, dans la ville de Daejeon et bien que les CCTV n’ont pas capté les déplacements du corps de la voiture au coffre, puis du coffre au parking, elles ont pu filmer les allers et retours de NAMGI au distributeur. Puis, en janvier de l’année suivante, peut-être le point de non-retour arrive, lorsque le 20 janvier il kidnappe une femme de 30 ans qu’il finit par relâcher lorsqu’elle lui apprend qu’elle est enceinte.
Le « taxi killer » né dans un milieu familial modeste avec une scolarité limitée est arrêté. Lors du procès, il est très rapidement déclaré coupable et la peine de mort est prononcée. Toutefois, elle fut réduite en peine à perpétuité en appel, incarcéré à Cheongju. Puis, certaines émissions d’investigation comme « 그것이 알고 싶다 » ont soulevé la « pause » entre le premier et le deuxième meurtre entre 2004 et 2009, essayant de rapprocher NAMGI à d’autres affaires non résolues dans la région, mais il n’a jamais reconnu d’autres meurtres. En effet, en février 2005 une femme au foyer nommée JO SANGMOOK a disparu un soir à un arrêt de bus sur la nationale 36 de la ville de Cheongju. Il est dit qu’elle aurait raté son bus, et que dans l’intervalle de dix minutes jusqu’au prochain elle se serait volatilisée.
« Tout le monde dans le village pleurait. C’était une femme si respectable et gentille, qui traitait les aînés si bien. Nous avons entendu toutes sortes de rumeurs, que son corps a été retrouvé, puis non, que c’était des mensonges, etc. Nous ne savons même plus ce qui est vrai à présent. » — résident de Cheongju.
De l’argent a été retiré à un distributeur utilisant la carte de la victime, mais la qualité des CCTV n’a pas permis l’identification du suspect. Cold Case, le mystère reste entier. Concernant NAMGI, il fut incarcéré en 2000 pour tentative de viol, lorsqu’il débuta sa carrière de chauffeur de taxi. Initialement, il travaillait dans une usine. L’émission dans laquelle a été diffusé ce reportage est reconnue depuis ses débuts en 1992. Elle se spécialise dans l’étude d’affaires criminelles non résolues et des scandales de corruption.
NAMGI avait, semble-t-il, l’habitude de demander à ses occupants s’ils étaient salariés ou étudiants, et a été signalé quelques fois comme étant particulier, voire inquiétant. Cette question peut sembler anodine, mais elle lui permettait surtout de savoir si sa victime potentielle avait de l’argent ou non. De ce fait, il privilégiait les salariés ou autres travailleurs pour être assuré de pouvoir retirer de l’argent après ses méfaits. Lors de son procès, il raconta les détails du meurtre de sa dernière victime, SONG.
Après qu’elle soit montée dans son taxi à la suite d’une soirée d’anniversaire, il lui posa ladite question. Apprenant qu’elle travaillait dans un service public, il l’emmena dans une ruelle sombre, lui vola son portefeuille, puis la viola sur les sièges arrière du taxi. Après lui avoir attaché poignets et chevilles avec des câbles en nylon, il lui scotcha la bouche et la plaça, encore vivante, dans son coffre. Puis, il se mit en quête d’un distributeur pendant plusieurs heures, et une fois le compte de la victime bloqué, car il n’avait pas tapé le bon code pin, ouvris le coffre où il la découvrit morte, asphyxiée. Il se débarrassa du corps le lendemain, après avoir passé une bonne nuit de sommeil chez lui tout en laissant le désormais cadavre dans la voiture.

NAMGI n’a officiellement reconnu que deux meurtres, ceux de 2009 et 2010. Il a été également inculpé du tout premier, car son ADN a été retrouvé, mais n’ayant pas admis avoir tué JEON, il n’est donc pas impossible qu’entre 2004 et 2009 il ait commis d’autres meurtres. De plus, il avait gardé des affaires de sa victime de 2009 : une casquette et des chaussures. Il confia qu’il avait préféré tuer toutes ces femmes, car il ne voulait pas qu’elles dénoncent les viols. Un expert judiciaire ne put donc s’empêcher de noter les détails similaires entre les meurtres de NAMGI et la disparition de JO SANGMOOK, mais aucun corps n’ayant été retrouvé, on ne peut pas le prouver.
On tenta de rapprocher un autre cold case, celui du meurtre d’une esthéticienne à Cheongju le 9 septembre 2000. Son corps fut retrouvé six heures après avoir quitté un dîner d’affaires, le corps mutilé et nu au bord d’une route à seulement 3km de chez elle. Son petit-ami était un suspect potentiel qui fut écarté, car le crime avait semblé purement sexuel. Une nouvelle fois, l’émission « 그것이 알고 싶다 » cita le « taxi killer », si bien que la sœur aînée de la victime demanda à le rencontrer au parloir. Il lui dit ne pas trop se souvenir s’il était emprisonné ou non à cette période, puis demanda plus tard une photo de la victime pour essayer de se remémorer quelque chose. Mais, aucune suite ne fut donnée.
« Je n’avais pas l’intention de tuer » —AHN NAMGI
Pourtant, NAMGI avait de quoi être heureux et comblé. Bien qu’il soit né dans un milieu défavorisé, quittant l’école au collège, il trouva une épouse après avoir réalisé son service militaire et eu même trois garçons. C’est quand il déménagea à Cheongju qu’il plongea pourtant dans la criminalité. En septembre 2000 il tenta de violer YEON, jeune fille de 19 ans, à l’arrière de son taxi, ce qui le condamna donc à sa première peine de prison, et également à son divorce. On lui découvrit une certaine instabilité au travail, puis qu’après avoir travaillé dans une usine et être sortis de prison, il devient chauffeur de taxi, puis commis son premier meurtre, démissionna en 2005, puis recommença en 2007.
Les sommes d’argent qu’il retirait n’étaient pas non plus très hautes, cherchant à ne pas rendre les retraits trop suspects. Il retira 220,000 wons avec la carte de KIM. NAMGI eu le droit à un avis de recherche, et une prime de 5 millions de won (~3.000€) fut même offerte à quiconque permettrait l’arrestation de l’homme dans une image camouflée fut captée par une CCTV. Il eût fallu attendre le troisième meurtre, celui de SONG, pour qu’il soit enfin arrêté. En effet, la police identifia et interrogea chaque chauffeur de taxi des 67 véhicules filmés par les caméras de surveillance le jour où le corps a été retrouvé. On retrouva le sang de SONG sur un couteau dans le taxi de NAMGI, ce qui ne put remettre en cause sa culpabilité.

NAMGI passa le test de psychopathie, où il obtenu le score de 25/40 ce qui permis de l’incarcérer. Il fut reconnu coupable des chefs d’accusation suivants : kidnappings, vols, viols, meurtres, et abandons de corps. Les différents meurtres eurent droit à des reconstitutions, en la présence de NAMGI pour expliquer pas à pas toutes les étapes des meurtres. À l’annonce de la sentence, la Cour déclara :
« Malgré les crimes brutaux qu’il a commis, l’accusé nie toute intention de tuer, change constamment ses déclarations concernant des circonstances précises, ne montre aucun remords sincère pour ses actes. Certaines familles des victimes souhaitent ardemment la peine la plus sévère. Compte tenu des souffrances physiques et psychologiques endurées par les victimes et leurs familles, et du fait que l’accusé a commis ses actes cruels en utilisant un moyen de transport public, un taxi, ce qui a choqué et horrifié la société, l’imposition de la peine maximale afin d’isoler définitivement l’accusé de la société était un choix inévitable ».
Toute cette affaire permit de mettre en avant un réseau illégal de chauffeurs de taxi. Une compagnie aurait embauché illégalement près de 100 chauffeurs à Cheongju, les chauffeurs pouvant gagner jusqu’à 30.000 wons par jour en moins qu’un chauffeur sous un contrat légal. Comme aucune vérification d’identité n’était faite au préalable, on découvrit d’anciens criminels dans le réseau. En 2012, après le procès de NAMGI, une loi fut passée afin que toute personne ayant un casier judiciaire en lien avec des actes de violences sexuelles, vols ou drogues ne puisse un jour devenir chauffeur de taxi. Il est également nécessaire de fournir son casier judiciaire pour éviter tout soupçon.

Même s’il fallut que des femmes perdent la vie, des lois visant à protéger le reste des citoyens ont pu être mises en place, même si parfois leur application laisse à désirer. Qu’avez-vous pensé de cette histoire ? Faites-le-nous savoir en commentaire !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos