Yonhap News
20 octobre 2008. Alors que le soleil se lève, une fumée s’échappe dans l’air, symbole d’un incendie au cœur de Séoul.

Tandis que les habitants du logement en flammes s’échappent pour sauver leur vie, six morts sont retrouvés, et sept finissent blessés. Mais comment cet incendie meurtrier a-t-il éclaté ? Découvrez sans plus attendre l’affaire du Nonhyeon-dong Goshiwon Murders.
Un goshiwon est un hébergement composé de chambres individuelles restreintes, situé généralement aux alentours d’universités et proposant des loyers peu coûteux. Outre les étudiants, des personnes aux revenus modestes peuvent également y séjourner, accueillant ainsi des profils variés. C’est dans ce goshiwon que résidait JEONG SANGJIN depuis 2003, un homme né le 27 février 1978 et ayant déménagé en 2002 sur Séoul où il commença plusieurs petits emplois à temps partiel, notamment en tant que serveur, valet de parking, ou livreur de nourritures. Ces jobs ne lui permettant pas de percevoir un salaire suffisant, il aménagea rapidement dans un goshiwon, demandant régulièrement à sa sœur de lui prêter de l’argent pour subvenir à ses besoins. En avril 2008, il démissionne de son travail de serveur, et une spirale débute, où il sombre petit à petit, se retranchant dans ses pensées les plus noires.
JEONG avait déjà commis des infractions dans le passé. En effet, il avait été condamné en 2007 à verser une amende de 1,5 million de wons pour ne pas s’être présenté à plusieurs reprises à ses entraînements militaires lors de son service obligatoire. En outre, des enquêteurs ont établi que JEONG avait des preuves remontant jusqu’en 2004 quant à l’élaboration de son funeste plan qui coûtera la vie à six personnes, ce triste 20 octobre. Ce jour-là, c’est à 8h15 du matin qu’il allume un feu dans sa chambre au troisième étage du goshiwon (incendie qui ne dura que trente minutes), avant d’attaquer les habitants qui tentent de fuir. JEONG n’était alors âgé que de trente ans, lorsqu’il fit le choix de ne plus vivre, en emportant d’autres personnes avec lui.

L’égoïsme dans cette mort a été observé quelques années auparavant, lorsqu’en 2003, KIM DAEHAN décide de mettre le feu dans le métro de la ville de Daegu afin de se suicider, tuant par la même occasion 192 personnes. JEONG enflamme son lit, se saisit d’un couteau à sashimi (doté d’une lame de 50 cm), et parcourt le troisième et quatrième étage en attente d’une victime. Il tua de sang-froid par arme blanche cinq personnes, et une, effrayée, sautera par la fenêtre du quatrième étage, mourant sur le coup. JEONG, vêtu d’un masque, d’une lampe frontale et de lunettes, est rapidement arrêté, et sera inculpé le 11 décembre de la même année pour meurtres, tentatives de meurtre et incendie ayant entraîné morts et blessés. Il précisera lors du procès avoir attaqué des gens au hasard, sans raison particulière.
« Un homme est sorti en courant, les intestins presque à l’air. Je crois qu’il avait été tailladé au couteau. » – Témoin anonyme
L’incendie était un prétexte pour faire sortir les habitants de leur chambre, avant de se jeter sur eux. JEONG commence par attaquer une mère de famille d’origine sino-coréenne, venue en Corée dans l’espoir de trouver un traitement médical pour son fils. Il s’en prit ensuite à un chercheur d’emploi qu’il poignarda trois fois dans l’abdomen, mais qui parvint à s’enfuir et se cacher dans un des bureaux du goshiwon où il appela les secours. JEONG se tourna vers une autre victime, aussi mère de famille dans la quarantaine, qui s’interposa entre lui et une jeune étudiante de Chine, mais les deux femmes furent poignardées à mort. Un étudiant fut ensuite attaqué au bras et au flanc, mais il réussit à sortir du goshiwon. Le temps que les secours arrivent ainsi que les policiers environ trois quarts d’heure s’était écoulé.

Bien qu’il niera avoir ciblé des personnes en particulier lors de cet épisode, les enquêteurs révéleront que plusieurs victimes étaient des femmes d’origines chinoises. C’est une chance qu’il y eut si peu de victimes, car selon différents articles de l’époque, le goshiwon, situé dans le district de Gangnam, abritait entre 70 et 100 occupants au moment des faits. Lors de son arrestation, JEONG se cachait dans un local de stockage au quatrième étage, et reconnut les faits immédiatement, alors qu’il possédait sur lui des couteaux de légumes accrochés sur ses chaussures et des révolvers, ainsi qu’un pistolet à peinture. Ce crime choqua profondément le quartier de Nonhyeon-dong, JEONG étant connu comme quelqu’un de discret et sans histoire. Pourtant, plus jeune, il avait tenté de se suicider lorsqu’il était au collège, car mal dans sa peau, mais n’avait pas reçu d’aide ni de thérapie à cette époque.

Après l’incendie, la police effectua des fouilles dans sa chambre, où elle découvrit différents cahiers faisant mention du mal-être de JEONG, et de son ressentiment envers la société, considérant comme étant injuste sa précarité contrairement à la majorité des gens qui l’entouraient dans son travail. Il y dit se sentir méprisé et rejeté par la société, et se sentir acculé par l’amende militaire qu’il a reçue. Une expertise psychiatrique lors du procès déclara JEONG saint d’esprit lors de l’incendie et des meurtres, mais atteint d’une profonde dépression chronique.

Une reconstitution des faits prend place le 23 octobre, tandis que le procès le déclare coupable le 11 décembre de la même année. On découvrit dans la chambre de JEONG une grande quantité de peluches et objets provenant de machines à pinces, dépeignant un comportement addictif qui devait aggraver son endettement. De plus, ayant acheté ses couteaux et son pistolet à peinture en 2004, le parquet retiendra la préméditation, ce qui conduira le 12 mai 2009 à une condamnation à mort. JEONG accepta son verdict, qui fut rendu définitif en août 2009 après qu’il eut refusé de faire appel. Néanmoins, aucune peine de mort n’a été appliquée en Corée depuis décembre 1997.
« Le monde m’ignorait. Je ne voulais plus vivre. Je subissais une pression liée au loyer, aux factures de téléphone et à une amende pour avoir manqué un entraînement de la réserve. » – JEONG
Malgré tout, comme nombre d’affaires abordées dans les KSIS, ce cas permit de faire progresser la loi et les réglementations coréennes. Par exemple, en 2013, les assurances devaient inclure dans la responsabilité civile les dommages causés par les incendies dans les goshiwon. Ce type de logement est encore très fréquemment utilisé en Corée, et cette affaire souleva des questions entourant les dispositifs de sécurité et d’évacuation. En l’espace de seulement cinq ans, entre 2003 et 2008, vingt-cinq personnes seraient mortes lors d’incendies dans des goshiwon. Certaines sources tentent d’établir un possible lien entre l’incendie de JEONG et le massacre d’Akihabara au Japon, le 8 juin 2008. Lors de cette tragédie, le jeune TOMOHIRO KATO (25 ans) a tué trois personnes en leur roulant dessus, puis en a poignardé à mort quatre, laissant derrière lui dix blessés. Condamné à mort en 2011, il fut exécuté le 26 juillet 2022.

D’autres sources encore parlent du film coréen « A Bittersweet Life » de 2005, un film qu’aimait particulièrement JEONG et évoquant la vie d’un tueur au sein d’un gang la nuit, tenancier d’un hôtel le jour. Dans un article de SBS, sortie en 2023 pour établir une rétrospective sur l’affaire du Nonhyeon-dong goshiwon, on y lit que les familles des victimes ont entrepris des démarches contre le propriétaire du goshiwon concernant les conformités du bâtiment, de sécurité incendie et d’évacuation, ce qui a sans doute encouragé le changement des réglementations dans le pays. Une émission (꼬꼬무) a également été diffusée pour reconstituer les faits, également tournée par SBS.
→ Qu’advient-il de la peine de mort en Corée ?
La peine de mort étant toujours suspendue, il est très probable que JEONG purge toujours sa peine dans le couloir de la mort à l’heure actuelle. Au début du mois, un article de 서울신문 détermina qu’un condamné à mort sur trois est âgé de plus de soixante ans, statistique concernant cinquante-deux prisonniers. Plusieurs condamnés sont, depuis 1997, décédés de maladies ou de vieillesse dans le couloir de la mort, le plus vieux ayant été OH JONGGEUN, mort à l’âge de 87 ans en 2024. Quant à la dernière personne à avoir été condamnée à mort, il s’agit de LIM DOBIN en 2014. Tous deux ont été reconnus coupables du meurtre de plusieurs personnes. Depuis la dernière exécution reconnue en 1997, des manifestations ont eu lieu en Corée afin de reconsidérer le cas des prisonniers dans le couloir de la mort. De ce fait, la loi actuelle propose une peine d’emprisonnement à vie avec possibilité de libération conditionnelle après une peine de sûreté de vingt ans pour certains rares cas, mais la majorité des condamnés tombent sous la loi interdisant une libération conditionnelle.

Récemment, le 19 février 2026, l’ancien président YOON SUKYEOL a été condamné à la prison à perpétuité après que la demande de condamnation à mort par le parquet le 13 janvier pour son implémentation de la loi martiale du 3 décembre 2024 fut rejetée. Il fut reconnu coupable d’avoir dirigé une insurrection, pouvant être considéré comme un coup d’État, et la peine de mort fut une nouvelle fois demandée lors de la procédure en appel datant du 25 juin. Le procès est actuellement toujours en cours.
Considérez-vous qu’un président mérite une condamnation aussi sévère pour l’implémentation de la loi martiale ? N’hésitez pas à nous partager vos impressions sur cet article en commentaire !
Journaliste : Pillet Anaïs
Sources : KSTATION TV, sous les photos, en hyperliens

